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Culture

Art brut et singulier dans l'écrin de la crypte Sainte-Eugénie à Biarritz

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10/06/2010

Clémence LABROUCHE

A Biarritz, l'écrin de la crypte Sainte-Eugénie accueille actuellement une soixante d'oeuvre à la singularité exceptionnelle réunies pour l'exposition L'oeil à l'état sauvage. Les délirants de la création. Première exposition d'art brut et singulier dans la ville, l'exposition est issue de la collection d'art contemporain de Jean-Claude Volot, propriétaire de l'Abbaye d'Auberive. Cette collection privée qui rompt avec l'habitude française selon laquelle la création artistique relève de l'autorité étatique est présente dans la cité biarrote jusqu'au 20 juin. Dans l'espace exceptionnel de la crypte, les peintures, sculptures et installations se dévoilent.

Volontairement éclectiques, les artistes de l'exposition collectent des objets de rebuts ou puisent dans la nature traces et empreintes. Parmi eux, on note la présence de Zoran Music, Robert Combas, Vladimir Velickovic, grands noms de l'art contemporain mais aussi Gaston Chaissac, Louis Pons ou encore Paul Rebeyrolle, un des plus grands artistes de l'art singulier.

Pas dans le conformisme ambiant

Se débarrassant des habitudes antérieures, cette collection privée contribue à définir un nouveau regard sur l'art contemporain.

En connivence avec le visiteur, elle dévoile la «sensibilité artistique» d'une époque. Avec des oeuvres de «professionnels de la profession» pour reprendre l'expression de Jean-Luc Godard ou «des autres», la collection se singularise en refusant le clivage des catégories artistiques qui répartissent la création en secteurs.

«Parmi les artistes apparus en 1945, le collectionneur privé a retenu Rebeyrolle, Music, le Dado des années 1950 et 1960, mais aussi Pierre Bettencourt, Deux et Pons» explique Philippe Dagen, dans La collection égotique, l'ouvrage consacré à la collection privée. «A l'autre extrémité de la chronologie, autres surprises : Volot propose Barrot, Pencréac'h et Ricol, cette dernière n'étant encore connue que d'un cercle réduit d'amateurs» poursuit-il. Refusant la distinction professionnelle comme un critère, le collectionneur privé offre ainsi une voix discordante dans le conformisme ambiant.

En écho à l'esprit de notre temps

Au début de l'exposition, la sculpture acte 3, scène 3 de Stéphane Pencréac'h est à l'instar des autres oeuvres «profondément en résonance avec l'esprit de notre temps, qui sait que les valeurs de l'art sont éphémères et destructibles» raconte Martine Lusardy, Commissaire de l'exposition et Directrice de la Halle Saint Pierre. Des corps cassés, expriment des affects fondamentaux tels le sexe, la violence et l'amour. Ces débris de vie vides laissent alors l'amère impression de survivre grâce au souffle plastique de l'artiste.

Une sensualité à fleur de toile

Parmi les artistes de cette exposition, on remarque entre autre, la présence d'oeuvres de Louis Pons, artiste proche de l'art brut. Assemblage de bois avec des objets recyclés, les montages de Louis Pons rusent avec le temps, l'angoisse d'être, «sans doute jouent-ils à se jouer d'eux-mêmes». Ils suintent le martyre de l'écartèlement. Entre humour et dérision, La Momie nous rappelle ainsi tendrement notre dépendance à la société moderne : le corps est prisonnier de l'usure quotidienne.

Imprégnée d'érotisme et de sensualité ou plus enclines à l'autodérision et l'espoir, la soixante d'oeuvres exposées se démarquent définitivement de la banalité contemporaine habituellement proposée. Déclinées autour de la question de l'existence, elles diffusent dans la crypte une sensualité mystique qui vous pousse à adopter une posture réflexive.

Crypte Sainte-Eugénie, à Biarritz. Ouvert tous les jours de 14h à 19h sauf le mardi. Tarif unique de 4 euros. Gratuit jusqu'à 12 ans. Renseignements au 05 59 24 67 93.

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