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J.Anza était à Toulouse
20/03/2010
Goizeder TABERNA
«Manifestement, certaines personnes ne disent pas la vérité». Réunis hier à Bayonne, les avocats de la famille de Jon Anza sont catégoriques et demandent que le juge d'instruction nouvellement nommé prenne en compte toutes les hypothèses. L'enquête engagée par la procureure de Bayonne relève de nombreux dysfonctionnements dans différents services et les éléments qui en ressortent «ne font qu'attiser l'hypothèse à laquelle croit la famille».
Cette hypothèse est explicitement apparue dans un article du quotidien Gara datant du 2 octobre ; il s'agit de la séquestration, la torture et la dissimulation du corps de J. Anza. Une manoeuvre derrière laquelle se trouveraient des agents de la Garde Civile espagnole, selon cette hypothèse. «Comment peut-on aujourd'hui appeler ce à quoi on vient d'assister des dysfonctionnements, pour justifier ces méandres ?», a demandé Me Xantiana Cachenaut. Effectivement, les cinq avocats présents ont énuméré dans trois langues toutes les zones d'ombres de l'enquête.
Difficilement acceptable
Des inconnues. Qu'est devenu Jon Anza du 18 avril au 30 avril (voir encadré) ? Comment cela se fait qu'il n'ait pas pris le train du retour le 20 avril ? Pourquoi n'est-il pas allé le 24 avril à son rendez-vous médical à Bordeaux ? La liste des questions que posent les avocats s'allonge.
Une coïncidence. L'identification grâce à un agent administratif, du corps qui demeurait à la morgue de l'hôpital de Toulouse depuis 10 mois n'est que le fruit du hasard. Un fait difficilement acceptable pour la famille qui avait demandé une enquête pour disparition inquiétante le 15 mai 2009.
Des déficiences. C'est précisément dans les domaines où la police judiciaire a mené son investigation que des interrogations se posent. Les avocats de la famille n'expliquent pas comment cet homme retrouvé inconscient sur la voie publique le 30 avril, aux environs de minuit, à Toulouse, n'a pas fait l'objet de recherches, alors qu'il était en possession de deux billets à destination de Toulouse puis de Bayonne. «Comment n'y a-t-il pas eu de connexion entre l'enquête préliminaire engagée par la procureure de Bayonne» et les trois signalements réalisés par l'hôpital de Toulouse auprès du commissariat (30/04/2009), du Parquet (04/05/2009) et à l'ancien Office central chargé des disparitions inquiétantes (07/05/2009) ? Ce dernier ayant été supprimé, reste à savoir qui a reçu ce courrier. Et les avocats concluent : «comment ne pas penser que le corps de Jon Anza n'a pas été caché?».
Les avocats de la famille considèrent qu'ils ont suffisamment d'éléments pour maintenir l'hypothèse de l'enlèvement et la dissimulation du corps du militant basque par les forces de sécurité espagnoles. Me Arantxa Zuluaga se demande : «de quoi se défend A. P. Rubalcaba», ministre de l'Intérieur espagnol, lorsqu'il engage des poursuites judiciaires à l'encontre des personnes qui avancent l'hypothèse de l'implication des gardes civils ? Elle rappelle que Michèle Alliot-Marie, actuelle ministre de la Justice, est la seule à avoir porté du crédit à la thèse de Rubalcaba consistant dans la fuite volontaire de Jon Anza avec l'argent d'ETA.
Spectateur
Maintenant qu'un juge d'instruction de Toulouse a été saisi, la famille va attendre de recevoir le rapport de l'autopsie et décidera alors si oui ou non elle demandera des analyses supplémentaires ou une contre-expertise. Cependant, elle a «peu d'espoir» sur les résultats.
Elle espère seulement que dorénavant, l'enquête apportera des réponses à toutes les questions énumérées, et surtout, qu'elle sera mieux considérée que jusqu'à présent, car, d'après les avocats, du moment où on trouve son corps jusqu'à son autopsie, «on lui a réservé une place de spectateur».
L'enquête est close à Bayonne. La procureure de Bayonne a transféré le dossier au procureur de Toulouse, Michel Vallet, qui a nommé un juge d'instruction. Lors de sa dernière conférence de presse consacrée à cette affaire, Anne Kayanakis a affirmé que le militant basque originaire de Donostia est resté à Toulouse du 18 au 30 avril, jour où il est retrouvé au Boulevard Strasbourg de Toulouse. Elle n'a cependant pas donné de précisions sur les preuves de ce qu'elle avance ; elle a simplement affirmé que ce n'est pas une déduction.
Nouvel élément révélé à la presse, le pantalon que portait Jon Anza lorsqu'on le retrouve et celui qu'il avait lorsqu'il quitte sa compagne le 18 avril ne sont pas les mêmes. Il aurait pu avoir un pantalon de rechange dans son sac, mais aucun élément ne permet d'avancer cela, d'autant plus que le sac dans lequel il portait suffisamment de médicaments pour un mois n'est pas réapparu. Les papiers d'identité non plus.
Dorénavant, le juge d'instruction devra déterminer dans quelle situation se trouvait Jon Anza du 18 au 30 avril, les circonstances qui ont entravé la découverte du corps à la morgue de l'hôpital de Toulouse et déterminer si des éléments postérieurs, comme la disparition du corps et la présence de gardes civils dans un hôtel de Toulouse le 20 mai, peuvent éclairer. Ce qui est certain, c'est que «les causes de cette mort ne sont pas strictement médico-légales», a précisé Anne Kayanakis.
Et pour mieux répondre aux besoins de l'enquête, elle a préféré transférer le dossier au Parquet de Toulouse. La procureure serait une sorte de «gare de triage» et le juge d'instruction, lui, se «penche de manière plus approfondie sur les dossiers», d'après ses explications. Elle relève, par ailleurs, que l'instruction du dossier par un juge offre un cadre juridique pour informer la famille. Cette dernière devient dorénavant partie civile. Enfin, la procureure de Bayonne a surtout mis en avant la localisation des faits, ce qui engendre le transfert du dossier au Parquet de Toulouse.







