Culture
Les Chèvres du Pentagone
Bob Wilton, journaliste, est à la recherche de son prochain sujet lorsqu’il fait la connaissance de Lyn Cassady, un étrange personnage qui prétend faire partie d’un département top secret de l’armée américaine. Cassady affirme que la New Earth Army changera la manière dont on fait la guerre. Ces “moines guerriers” possèdent des pouvoirs psychiques sans précédent : ils sont capables de lire les pensées de l’ennemi, de traverser les murs, et même de tuer une chèvre rien qu’en la regardant… Mais le fondateur de ce programme, Bill Django, a disparu, et Cassady a pour mission de le retrouver.
Intrigué par les histoires abracadabrantes de Cassady, Bob décide de l’accompagner.

17/03/2010
Réalisé par Grant Heslov
Scénariste Peter Straughan
Avec George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges, Kevin Spacey
Durée 1 h 30 min
“Comme un pétard mouillé”
Les Chèvres du Pentagone a été projeté à la 66e Mostra de Venise en septembre 2009. Il y était présenté Hors Compétition.
Le film est inspiré du livre du journaliste Jon Ronson The Men who stare at goats paru en 2004 aux Etats-Unis et traduit en français sous le titre Les hommes qui regardent les chèvres aux Presses de la Cité. Il y révélait l’existence d’expérimentations de l’armée américaine visant à développer des unités spécialisées dans le paranormal. L’Union Soviétique en avait fait de même, et était même en avance sur son concurrent Américain.
Les documents officiels sur le First Earth Battalion sont encore classés secrets.
Si les différents personnages du film n’ont pas véritablement existé, ils sont inspirés de vrais militaires ayant participé à la New Earth Army. Ainsi, le personnage de Jeff Bridges est en partie inspiré par Jim Channon. Jon Ronson, l’auteur du livre, raconte : “Jim Channon s’est intéressé aux techniques de combat alternatives après s’être battu au Vietnam. Il commença à étudier de nombreuses techniques New Age, dont le rebirth, les techniques de respiration issues des travaux de Reich, la lutte primitive et des sessions nues dans un jacuzzi pour révolutionner l’armée. En 125 pages agrémentées de dessins et de graphiques, le manuel décrit en détail la refonte complète de l’armée traditionnelle en s’appuyant sur des idées aussi diverses que celles de Buckminster Fuller, Léonard de Vinci et Bouddha. Il aborde de nombreux sujets comme les techniques de visualisation et le total fitness, et des domaines plus ésotériques comme le ‘Combat Éthique’ et les ‘Prières de la Terre’”.
Peter Straughan, scénariste, ajoute : “Les gens vont penser que nous avons ajouté tout ce qui est complètement dingue et loufoque, mais en fait tout est vrai. Toutes ces choses comme essayer de passer à travers les murs, ou tuer un hamster du regard, sont tirées d’expériences réalisées par l’armée ou la CIA dans les années 60, 70 et 80. Certaines des scènes les plus incroyables du film sont tirées mot pour mot des entretiens réalisés par Ron Jonson.”
Sachant cela, et avec la brochette de têtes d’affiche hallucinante du film, même si c’est le premier film de Grant Heslov, on se dit que peut-être nous allons voir la comédie de l’année… hélas, non. N’allez pas croire qu’un sujet en or suffit à faire un bon film. Certes on rit parfois de bon cœur avec certains gags très visuels, mais tout cela est bien loin de ce que l’on pouvait attendre d’une telle réunion de talents. Pour tout dire, on s’y ennuie un peu, car on hésite entre adorer les purs moments de comédie et détester toutes les scènes où l’on attend que ce film décolle enfin et où finalement, il ne se passe rien. Et on oscille ainsi durant une heure trente entre espoirs déçus et colère réelle de s’être fait avoir, avec cette histoire largement plus proche de série télé débile du genre, L’homme qui valait trois milliards que de l’excellence encore aujourd’hui inégalée d’un Docteur Folamour (1 963) de Stanley Kubrick.
L’idée de départ étant d’égratigner l’armée américaine et ses dérives les plus tordues pour en faire une sorte de parodie New Age, était pourtant sur le papier fort alléchante… Réunir à cet effet un casting de rêve composé de George Clooney (Lyn Cassidy : l’agent secret capable de tuer une chèvre d’un seul regard), Jeff Bridges (Bill Django : fondateur du programme sous emprise constante de substances hallucinogènes), Kevin Spacey (Larry Hooper : ennemi déclaré du gourou qui créera sa propre unité paramilitaire paranormale privée) et Ewan McGregor (Bob Wilton : journaliste raté et dépressif embarqué malgré lui dans l’aventure).
Sauf que Grant Heslov, le réalisateur manque cruellement d’un but clair avec son film qui semble hésiter entre le grand n’importe quoi et la critique motivée des orientations les plus farfelues de L’US Army. On aurait aimé que celui-ci se décide, car au final cela ressemble à du gaspillage d’acteurs, d’histoires et en bout de course de spectateurs. Mais tout le monde ne possède pas le talent des frères Cohen pour faire des comédies à la fois noires et critiques. Les Chèvres du Pentagone ne laisseront donc pas le souvenir impérissable qu’un tel sujet eut imposé. Mauvaise pioche.
François Rivière







