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Sujet à la une

Le gazoduc de Larrau au coeur de l'énergie européenne

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10/03/2010

Claire REVENU-JOMIER

La nouvelle est passée quasi-inaperçue : le 4 mars dernier, la Commission Européenne a accordé 1,39 milliard d'euros à 31 projets de gazoducs, dans le cadre du plan de relance économique de l'UE.

Parmi eux, le renforcement du réseau de gaz sur l'axe Afrique-Espagne-France et notamment de l'interconnexion de Larrau. Si la nouvelle réjouit les Catalans qui craignaient pour leurs plaines du Roussillon et de l'Empordà, à Larrau, on tombe des nues. Le maire, Sébastien Uthurriague, n'en a tout simplement «pas entendu parler».

L'agence Reuters avait pourtant relayé le 3 novembre 2009 une information de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE) selon laquelle la demande de gaz était suffisamment élevée pour plus que doubler la capacité d'interconnexion de Larrau dès 2013. Après réalisation des investissements, ce point d'entrée de gaz, représentant plus de 10% de la consommation de l'Hexagone, renforcerait la sécurité de l'approvisionnement et la concurrence. La mise en service de la nouvelle interconnexion d'une capacité totale de 11 milliards de mètres cube dans les deux sens serait prévue le 1er avril 2013. Actuellement, le gazoduc de Larrau d'une capacité de 3,3 milliards de m3 par an transporte du gaz du Nord vers le Sud.

Augmentation de 125%

Selon les informations publiées par l'agence de presse Servimedia, la capacité de l'Etat espagnol pour exporter du gaz naturel vers l'Etat français et, au delà, vers le reste de l'Europe, va augmenter de 4,4 % à partir de 2013, date à laquelle il est prévu que commence à fonctionner le gazoduc de Larrau, qui renforcera la connexion gazière entre les deux pays à travers les Pyrénées. Dans le sens contraire (Nord-Sud), ce projet supposera une augmentation de capacité de 125%.

Cette nouvelle s'ajoute au fait qu'à partir de 2010, le système espagnol de gaz disposera de 8 bcm (milliards de mètres cubes) de plus provenant d'Algérie, à travers le gazoduc Medgaz. Le projet d'interconnexion avec l'Hexagone implique un investissement associé de près de 3,14 milliards d'euros en tout (1,34 correspondant à l'Etat espagnol et 1,8 à l'Etat français), qui sera assumé par les espagnoles Enagas et Naturgas, et les françaises TIFG et GRTgaz.

«Le gazoduc qui existe à Larrau depuis 1993 était spécifié pour faire passer du gaz du Nord vers le Sud» explique Sébastien Demez de TIGF (Total Infrastructures Gaz France). «A partir de 2013, le gaz va aussi passer de l'Espagne vers la France, il s'agit de réversibilité. Nous allons effectuer des travaux sur le gazoduc existant».

Une information qui soulève un doute sérieux chez Jean-Dominique Iriart, ancien membre de l'association Gazpars qui avait lutté contre le premier projet de gazoduc à Larrau en 1993. «Faire passer du gaz dans les deux sens ne peut se faire qu'en doublant le gazoduc existant. Et bien sûr, je ne suis pas au courant de ce nouveau projet. Les choses se décident sans nous et pas dans notre intérêt. On récolte insécurité et terres inconstructibles. Et les décideurs se débrouillent pour faire passer leurs projets par les endroits qui offriront le moins de résistance possible et à moindre coût. Le premier projet devait rapporter 600 emplois, une pépinière d'entreprises et un tas d'avantages dont on n'a jamais vu la couleur...».

Conflits

Cette politique de développement des infrastructures voulue par l'Europe est la traduction concrète de son engagement de réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020, par rapport aux niveaux de 1990, en développant l'utilisation de sources d'énergie renouvelables et en limitant la consommation énergétique. Ces mesures permettront également de réduire la dépendance de l'Union vis-à-vis des importations de gaz et de pétrole et protègeront l'économie européenne contre la volatilité des prix de l'énergie et l'instabilité de l'approvisionnement. En effet, plus de 50 % de l'énergie consommée dans l'UE provient de pays extérieurs à l'Union, et cette proportion va croissante. Une grande partie de cette énergie est fournie par la Russie, dont les conflits avec les pays de transit ont perturbé les approvisionnements en gaz ces dernières années. Il est donc essentiel pour l'UE de surveiller plus étroitement son approvisionnement en pétrole et en gaz et de mieux se préparer à d'éventuelles perturbations.

Larrau pourra toujours s'enorgueillir de garantir chauffage et électricité aux foyers européens.

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