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L'opinion - Tribune Libre

Pampers libčre la femme !

16/02/2010

Laurent CAUDINE

La bonne mère écologique pour Cécile Duflot, c'est une femme qui allaite et qui lave elle-même ses couches (...) qui fait du brocoli bio. Ces petits faits (...) tracent un modèle de mère et en même temps suscitent un destin féminin qui me semble très régressif». (propos de Elisabeth Badinter à l'antenne de France Inter jeudi 11 février).

Je rêve ! Elisabeth Badinter est-elle aussi à l'ouest que cela, pour énoncer de telles sottises ? Est-elle si peu au fait des problèmes écologiques et surtout des positionnements des écolos de gauche ? Dont moi qui, en tant qu'homme, pourrais très bien m'attribuer le qualificatif de féministe. Concernant l'histoire des couches lavables, dans ma famille, c'est moi qui les pré-lave. Après, il faut rappeler que maintenant, les couches lavables, c'est quand même la machine qui s'en charge. Mais je ne voudrais pas entrer là dans des détails complexes, juste signifier qu'apparemment Mme Badinter ne connaît apparemment strictement rien en couches lavables. Cela dit, je ne nie pas le fait que c'est un investissement de temps supplémentaire, parce qu'il faut penser à beaucoup de choses auxquelles nous ne pensions pas lorsque nous jetions tout dans une seule poubelle. Mais faut-il prendre le problème sous cet angle ?

J'avoue n'avoir pas pu faire grand-chose en ce qui concerne l'allaitement faute des qualités requises, si ce n'est être présent physiquement et psychiquement pour accompagner le désir de ma compagne d'allaiter le plus longtemps possible et la seconder, sans l'influencer. Nous n'avons jamais eu de pression de quiconque, peut-être parce que nous sommes forts d'un libre arbitre, et que nous nous sentons capables de lutter à la fois pour que la nature soit respectée, mais aussi pour la justice sociale et contre les inégalités où qu'elles soient. Parmi les couples de parents qui donnent le biberon, peut-être, pourrait-on aussi poser la question de savoir lequel des deux, se lève la nuit pour préparer le biberon et le faire chauffer, qui va ensuite le laver, qui va choisir entre un biberon en verre et un biberon en plastique qui contiendrait du Bisphénol A et qui va acheter le lait en poudre. Encore une fois, sous quel angle poser le problème de l'égalité homme-femme ?

En attaquant Cécile Duflot et les écolos de gauche, Elisabeth Badinter a probablement fait l'erreur de sa carrière. Surtout, elle entre de facto dans la rhétorique du productivisme qui était de penser que Moulinex libérerait la femme. Tout concorde à dire qu'aujourd'hui nous avons fait d'énormes erreurs en croyant gagner du temps avec les machines, avec l'idéologie de la vitesse et de la compétition et autres raccourcis qui nous ont finalement plombés. C'était rapide par exemple de jeter tous les déchets dans une seule poubelle et de tout envoyer à la décharge nauséabonde où dans un incinérateur producteur de dioxine cancérigène. C'était facile aussi d'utiliser dans les chambres d'enfants des peintures qui contenaient du plomb. La société productiviste amène de nouvelles problématiques que Mme Badinter n'a pas l'air de prendre en compte. Autre gravité consiste à faire une dichotomie entre nature et femme : «Or les couches jetables ont libéré les mères. C'est faire passer la nature avant la liberté des femmes». écrit-elle. Ce qui est exactement le raisonnement actuel qui voudrait que l'on place l'homme ou la femme à l'extérieur de la nature, c'est-à-dire, dans l'environnement (environnement, c'est-à-dire tout ce qui est autour de l'humain) comme s'il n'y avait aucun rapport entre les humains et la nature.

Le soir, Mme Badinter, dans cette journée spéciale Badinter sur France-inter, en réponse à ses propos du matin, s'en sort avec une pirouette en disant qu'elle exprime une réalité actuelle. Elle a raison notamment de rappeler qu'aujourd'hui les tâches ménagères reposent encore à 80 % sur les femmes selon une étude de l'Ined, et le soin des bébés presque à 100 %. En attendant, ce n'est pas imputable aux écolos de gauche, surtout pas aux Verts qui dénoncent cette situation depuis trente ans.

Le problème n'est pas dans le dégoût qu'il faudrait avoir dans les taches domestiques. Il n'y a aucun déshonneur à laver des couches, trier les déchets, laver la vaisselle, ou passer le balai, que nous soyons homme ou femme. Au final, le problème aujourd'hui, est, encore et toujours celui des inégalités entre hommes et femmes. Mais cela doit-il nous exonérer de réfléchir aux problèmes écologiques dont l'urgence ne semble pas faire trembler le cil de Mme Badinter ?

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