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L'opinion - Tribune Libre

Le syndrome de l'esclave

09/02/2010

Xarlo ETXEZAHARRETA

Mon petit doigt me dit que je ne vais pas me faire que des amis avec ceci mais je dois avouer que je m'en fiche éperdument. Mes amis ne me quitteront pas, bien au contraire. Lorsqu'on «lève le nez du guidon» pour regarder ce qui se passe au Pays Basque depuis des années, on constate que les bagarres sectorielles n'en finissent pas, avec ce point commun : le manque de démocratie, le mépris des souhaits de la population, l'omnipotence des diktats de Paris, etc.... EHLG se plaint que l'agriculture du Pays Basque et son avenir sont plus qu'hypothéqués par la politique européenne relayée par Paris. OGM inclus...

Les pêcheurs traditionnels, canneurs/bolincheurs, se plaignent de l'aveuglement de la pêche industrielle subventionnée par Bruxelles/Strasbourg/Paris. En fait, je ne sais plus exactement où se prennent toutes ces décisions plus débiles les unes que les autres qui sanctionnent les victimes plus que les coupables puisque ceux-ci ont encore 18 mois pour fignoler leur massacre de thon rouge (ou ce qu'il en reste)... ça arrange tout le monde si on dit Bruxelles ?

Les enseignants et autres salariés de l'Education Nationale se plaignent de la fermeture aussi arbitraire qu'imbécile d'écoles, pour cause de rentabilité ! Les employés de La Poste se plaignent de fermetures de guichets et autres bureaux, de la dégradation de leurs conditions de travail et du service rendu ou qui n'est plus rendu. Les anti-LGV manifestent massivement contre l'arbitraire des décisions de RFF/SNCF/Gouvernement qui vont massacrer allègrement le Pays Basque Nord.

Les élus se plaignent de la suppression arbitraire de la Taxe Professionnelle avec en guise de compensation, une nébuleuse financière dont personne ne sait encore rien. Les maires se plaignent des menaces du Préfet qui voudrait les révoquer, eux élus du Peuple, si l'idée saugrenue leur prenait de mettre des urnes à la disposition de Batera. Batera, groupe multicolore aussi pluriel que flou dans ses objectifs, se plaint de l'autisme politique qui méprise la volonté du Pays Basque et de ses responsables politiques, économiques, sociaux, syndicaux... à l'exception de quelques valets locaux du jacobinisme franco-franchouillard. Les milieux hospitaliers se plaignent et se soulèvent épisodiquement pour attirer l'attention sur la dégradation évidente du système de santé, des conditions de travail déplorables et des salaires indignes... à l'exception de quelques pontes qui s'en sortent très bien, eux ! Les automobilistes se plaignent de la cherté du carburant. Les consommateurs se plaignent de la cherté des produits de base. Les salariés qui ont provisoirement conservé leurs emplois se plaignent des pressions au travail et du mépris de la hiérarchie... (A propos, qui c'est la hiérarchie depuis que les multinationales sont des multinationales ? le DRH ? le chef d'équipe ? le chef de rayon ?...) Les justiciables, les magistrats, les avocats se plaignent de la fermeture des tribunaux locaux, pour cause de rentabilité... encore ! Les bascophiles, les Ikastola, Euskal Konfederakuntza... se plaignent du peu de cas et de place faits à l'Euskara... Regardez, écoutez autour de vous : il s'agit bien d'un choeur unanime de doléances, de récriminations, de dénonciations de dénis de démocratie. Ils ont tous raison !

Voilà, j'en ai maintenant terminé avec la brosse à reluire. Passons à autre chose... Il y aurait bien une solution à tous ces dénis de démocratie. Mais il s'agit d'une décision politique qui casserait la routine qui consiste à demander à Paris de résoudre nos problèmes locaux ; les problèmes du Pays Basque en ce qui nous concerne. Et il est hors de question que tous ces «contestataires» prennent une décision politique : ils ne font pas de politique ! Individualistes, égoïstes, corporatistes, consommateurs compulsifs de biens matériels ou de feuilletons TV, d'accord... Mais ne leur parlez pas de politique ! Ne leur parlez pas de se prendre en main, de prendre en main l'avenir de leurs enfants (l'important étant de leur laisser un héritage matériel, pas un patrimoine d'Humanité : Avoir plutôt qu'Etre, voilà l'ambition ultime et prioritaire...)... Ne leur parlez pas de liberté, de souveraineté (qu'est-ce qu'on ferait sans l'argent de Paris ?... On pourrait en parler mais ce serait trop long de le faire ici, aujourd'hui). Ne leur parlez pas d'autonomie, d'autodétermination (c'est quoi, ce truc ?)... Ne parlez pas de grève administrative à nos élus, ne parlez pas de désobéissance civile à nos concitoyens. La Liberté pour eux, c'est une falaise vertigineuse : plus ils s'en approchent, plus ça leur fait peur. Le syndrome de l'esclave...

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