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L'opinion - Tribune Libre

Réponse à Mme Hacala

06/02/2010

Mixel Oronos / Président d’ Euskal Konfederazioak

Dans un entretien accordé au Journal du Pays Basque, Mme Germaine Hacala, ancienne inspectrice de l'Education Nationale et adjointe au maire d'Urrugne, nous livre son opinion quant à la présence et au développement de la langue basque en Iparralde et quant à la nécessité d'une loi sur les langues de France. Euskal Konfederazioa souhaite revenir sur certains sujets abordés dans l'entretien et montrer son désaccord avec Mme Hacala.

Les propos de Mme Hacala sont consternants. Pour Mme Hacala, il y aurait des langues «qui servent au monde du travail», d'autres «choisies par les Etats» et enfin des «langues de culture et de vie» dont la langue basque ferait partie au côté du français. Pour l'élue d'Urrugne, l'euskara est donc une sous-langue, réduite à l'espace privé. On croyait ce discours d'un autre temps révolu. En effet, les élus de toutes les familles politiques, de Max Brisson à Jean Espilondo, défendaient l'usage public de la langue basque lors du colloque organisé à Bayonne en septembre dernier. De même, des élu-e-s de toutes tendances participaient à la mobilisation DEIADAR le 24 octobre dans les rues de Bayonne et défilaient banderole à la main pour défendre un statut pour la langue basque. Les propos de Madame Hacala, qui n'est pourtant plus tenue au droit de réserve par ses fonctions au sein de l'Education Nationale, prennent le contre-pied de ces évolutions positives et nous rappellent que nous avons encore du chemin à faire pour convaincre quelques derniers élus qui ont oublié de changer de siècle. Il est acquis que dès lors qu'elles servent de moyen d'expression à des êtres humains toutes les langues sont égales, que leur valeur, de même que la dignité des personnes qui les parlent, sont identiques, qu'elles ont toutes, en soi, les mêmes capacités de développement, et que tous les locuteurs doivent être traités à égalité, avec le droit de recevoir et de transmettre, d'utiliser et de développer leur langue tant dans le domaine privé que dans le domaine public.

Le fait de dire que «ce territoire est largement en avance sur d'autres territoires concernant la transmission de la langue basque dans les écoles» est-il suffisant pour sauver notre langue ? Les écoles permettent-elles aux élèves d'acquérir le niveau de maîtrise qui leur permettra, outre la possibilité d'utiliser le basque ou le français, avec la même aisance, à l'oral comme à l'écrit, de transmettre la langue basque à leurs enfants endiguant par la même occasion la perte régulière et continue des locuteurs bascophones (cf. IVe enquête sociolinguistique menée en 2006 conjointement par le Gouvernement Basque et l'Office Public de la Langue basque) ? Si des efforts ont bien été faits de la part des différents gouvernements, essentiellement dans le domaine de l'enseignement public, c'est plus la conséquence de l'initiative du mouvement culturel basque depuis des décennies que d'un intérêt soudain du Gouvernement français de préserver la diversité linguistique sur son territoire. Et les hésitations que montre le Gouvernement à légiférer nous confortent dans ce sentiment.

A ce stade des débats, dire qu'une loi sur les langues territoriales ne fera pas avancer les choses est faux. Nous pensons, au contraire de Mme Hacala, qu'une loi peut faire avancer les choses à condition qu'elle touche l'ensemble des domaines, fixe une réglementation, c'est-à-dire des obligations, notamment pour les administrations et les services publics, et qu'elle ne se limite pas à une simple liste de petites mesures pouvant déjà être prises dans le cadre de la législation en vigueur et qui n'assureront pas le développement de nos langues. Sans cette impulsion législative, le développement de la langue basque continuera de relever du bon vouloir des politiques et autres décideurs, comme Mme Hacala, qui souhaitent circonscrire la langue à la seule sphère privée. Nous avons tout essayé afin que la SNCF mette en place une communication bilingue ou que la Poste accepte l'orthographe des noms des villages en langue basque. Mais rien y fait. A moins d'y être tenues, ces structures se refuseront encore et toujours à accorder la moindre place à l'euskara.

Conscient de cela, Euskal Konfederazioa poursuit son travail à destination du Gouvernement français, des pouvoirs et structures publics ainsi que les élus, afin que les habitants du Pays Basque se réapproprient la langue basque, qu'elle (re)devienne langue de communication dans la sphère privée comme publique et que les droits linguistiques des locuteurs bascophones soient enfin officiellement reconnus et respectés.

inprimatu