Culture
Un moment de grâce : "au lieu de `Bonjour à tous', j'ai mis `Bonne année mon cul'"

12/01/2010
Clémence LABROUCHE
Loin de l'humour facile des spectacles humoristiques contemporains, pour notre plus grand plaisir, Christian Gonon, Sociétaire de la Comédie Française depuis 2009, reprend Pierre Desproges, ce soir (20 h 30) dans la salle Paul Vaillant-Couturier du Boucau.
«Ce nouveau spectacle, d'une facture un peu moins sophistiquée que le premier afin d'être compréhensible à l'entendement des plus cons, se composera d'une série de vrais sketches avec des vrais morceaux de bravoure entiers dedans reliés entre eux par une bassesse d'inspiration qui volera au-dessous de la ceinture du moindre nain, malgré quelques bouffées de tendresse qui pourraient se compter sur les doigts de la main du baron Empain» annonçait Pierre Desproges en préambule de son spectacle en 1986. Le ton est donné.
Quatre fois par an, dans le cadre de Cartes blanches et pour une représentation exceptionnelle, un comédien du Français se dévoile au travers d'un univers théâtral, littéraire ou poétique de son choix. De passage à la Scène nationale de Bayonne, Christian Gonon a choisi d'investir l'univers drôle, absurde et terriblement acide du regretté Desproges.
Un télescopage jubilatoire...
Un télescopage qui ne pourra être que jubilatoire entre l'aura institutionnelle de la Comédie Française et cette plongée au coeur des années 1980.
En octobre 2008, Christian Gonon a présenté le spectacle sur Desproges qui a enthousiasmé tous ceux qui l'on vu.
Extraits des Chroniques de la haine ordinaire sur France-Inter, de La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède sur France 3 et de son livre Vivons heureux en attendant la mort, aucun des textes choisis ne fut conçu pour la scène. Sauf un, inédit, écrit pour son troisième spectacle qu'il ne jouera pas, la mort l'ayant finalement pris par surprise.
Délirant et maniaque, jouisseur de la vie mais travailleur acharné, misanthrope car «trop amoureux de l'humanité pour la supporter médiocre», Pierre Desproges cède à la postérité une multitude de sketches et de citations rivalisant de drôlerie et d'intelligence. Aujourd'hui encore, on apprécie toujours autant !
En ce mois-ci propice aux voeux, on ne résiste pas aux propos de l'artiste sur les rituelles amabilités de début d'année : «Et qu'est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d'imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l'inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise... Dieu merci, cet hiver, afin de m'épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j'ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de `Bonjour à tous', j'ai mis `Bonne année mon cul'. C'est net, c'est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire».
Grand texte pour grand comédien
Christian Gonon aime et ressemble à Pierre Desproges. Alors quand un comédien de ce talent s'empare de textes d'une telle pertinence, c'est tout simplement un pur bonheur ! Le public est conquis.
Entré à la Comédie Française en 1998 dont il est devenu Sociétaire, Christian Gonon a joué notamment dans le Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, mise en scène de Denis Podalydès, la Mégère apprivoisée de Shakespeare, mise en scène d'Oskaras Korsunovas et Tête d'or de Claudel, mise en scène d'Anne Delbée.
Renseignements et réservations au 05 59 59 07 27 et www.snbsa.fr (billetterie en ligne sans frais).
Il reste encore quelques places.







