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Culture

La mine d'or de la Ruée au jazz est épuisée: le Festival disparaît

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23/12/2009

Clémence LABROUCHE

Débuté en 2003, le Festival la Ruée au Jazz tire son chapeau à la scène. Dans un souci de pérenniser l'événement, l'association Swing Home avait décidé en début d'année de passer à une édition biennale. Mais, après une AG en novembre dernier, les jeunes de l'association ont finalement décidé de jeter l'éponge : «pas question de courir après les subventions pour recouvrir les déficits. La ruée au jazz a été une belle expérience où nous avons beaucoup appris et avec un message d'un festival populaire qui reste» commente Sabri Bouchfar, Président de l'Association. En attendant la relève, le festival tire sa révérence dans la cité bayonnaise.

En 2003, à la suite de la disparition du festival Jazz aux remparts, un groupe de jeunes amis, âgés de 20 à 23 ans, décide de reprendre le flambeau et de créer un nouveau festival, la Ruée au Jazz. «Après deux ans d'apprentissage, quatre ans de stabilité, le bilan financier de la ruée au jazz arrive au niveau zéro en 2006» raconte Stéphanie Carré.

Une fréquentation exponentielle

Un festival jeune, avec des organisateurs volontaires, mais inexpérimentés, suffit alors à convaincre les artistes (notamment Mina Agossi, la marraine du Festival), les partenaires institutionnels et les sponsors privés. Les organisateurs sont d'ailleurs conscients que «le festival a évolué de cette manière-là grâce au soutien des artistes». La fréquentation du Festival augmente de façon exponentielle passant de 2 500 spectateurs la première année à plus de 10 000 festivaliers lors de la dernière édition. Mais, «au bout de six ans de bénévolat, où nous avons pris sur nous pendant quatre ans, on se rend compte que l'on ne peut plus poursuivre cette aventure sans permanent» avoue Sabri Bouchfar.

Des subventions qui stagnent

Après six ans d'expérience le festival ne peut en effet plus prétendre être néophyte en la matière : si les têtes d'affiche continuent de fleurir le programme, pas question de demander aux artistes des cachets moindres. Du côté des sponsors privés et des institutions, l'augmentation des financements et subventions n'est pas chose envisageable.

Le Festival passé de 7 489 euros de budget la première année à 129 000 euros la dernière année doit donc se satisfaire des 35 000 euros de subventions de la municipalité de Bayonne, des 15 000 euros du Conseil général et des 4 500 euros de la Région.

Pas de quoi payer un permanent pour stabiliser l'événement, juste de quoi mettre le «blues» aux organisateurs. «On touche les limites du milieu associatif. On a toujours bataillé. Mais, malgré notre envie, nos huit ans d'investissement, de sacrifice et de bonne volonté, nous ne sommes pas parvenus à mener à terme un projet, à pérenniser un événement. Cette incapacité me chagrine un peu» explique Sabri Bouchfar.

Le bonheur n'a pas de prix

Pas question pour autant de verser dans l'amertume pour ces jeunes militants. Ils préfèrent garder le meilleur de cette aventure. En six ans d'existence, le Festival a réussi à rompre avec l'image élitiste dont le jazz souffre actuellement.

Il a en outre permis la vulgarisation de ce type de musique auprès de jeunes et de familles, peu enclins à écouter du jazz habituellement. La politique tarifaire du Festival est de ce côté-là aussi une réussite. L'an dernier, le concert d'Ahmad jamal proposé à seulement 15 euros à Bayonne était accessible à 60 euros à Marciac !

C'est sûr, certains penseront que, dans ces conditions, le Festival aurait pu sacrifier un peu de son idéal au profit d'un renflouement financier. Mais l'ambition est destructrice et les bénévoles ont eu le courage de refuser une distillation de leurs idéaux dans les méandres d'un événement commercial. Tout à leur honneur !

En attendant que la relève prenne le relais, l'association s'est mise en sommeil, histoire de reprendre un nouveau souffle... On espère pour pas trop longtemps...

Comme dirait (ou presque) Nougaro : «quand le jazz est, quand le jazz est là, la java s'en, la `cata' s'en va»...

inprimatu