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Culture

Maialen Lujanbio et Jon Maia ont assuré leurs places en finales… Aitor Sarriegi aussi

Maialen Lujanbio a dominé toutes les épreuves. Elle se qualifie une nouvelle fois avec Jon Maia mais aussi Aitor Sarriegi

01/12/2009

 

Clémence LABROUCHE

La dernière demi-finale du bertsu txapelketa de dimanche soir à Donostia n’est certainement pas la meilleure des sessions que cette XVe édition est connue. Pourtant, l’engouement des 6 000 bertsuzale accueillant les bertsulari comme de véritables stars de rock, les sourires et les regards de connivence entre spectateurs, sous prétexte d’avoir vécu au même moment une forte décharge d’émotion et les conversations d’après “session” autour d’un pintxo… sont autant de raisons pour les spectateurs de sortir du vélodrome d’Anoeta comblés.

Ceci devient presque un rituel bien rodé : dès que le “single” démarre, le public se contorsionne pour apercevoir, l’espace d’un instant, les six bertsulari défilant parmi le public jusqu’à la scène. Ovationnés samedi soir, Maialen Lujanbio, Jon Maia, Aitor Sarriegi, Uxue Alberdi, Arkaitz Estiballes et Iñaki Gurrutxaga avaient la délicate position de clore les demi-finales. Pour certains, le train en direction du BEC s’est arrêté hier soir, tandis qu’Aitor Sarriegi, lui-même surpris, se voyait octroyer un billet pour Bilbo.

Devant l’enthousiasme des spectateurs, Maialen Lujanbio et Aitor Sarriegi ont relevé le défi dès l’hamarreko handia. Le thème “Autobideko ordainlekuan egiten duzue lan. Oraintxe pasatu dira zuen aurretik 34 polizia-auto Madrilera bidean” (vous travaillez au péage d’une autoroute. A l’instant, 34 voitures sont passées devant vous direction Madrid) a visiblement inspiré les bertsulari. “Goizeko hirutan kolpe lehor bat gauaren isilean ai/ ameslariek putre berdeak zeuzkaten nonbait euren zai/ lehenago ere gertatu dena beste behin ere ikusgai/ hesia altxa behar diegu ta eurak badoaz lasai/ peajea guk ordaintzen degu eta kobratu ere bai”, (trois heures du matin, un coup sec dans le silence de la nuit. Nous devons lever la barrière. Les policiers passent tranquilles ‘nous, nous payons le péage, mais nous le recouvrons aussi’”) commence Maialen. “Autopistara ere zabaldu da herri honen problema/ inpotentzia da barrenean guk daukagun sentipena/ baina egia osoa ez da zure peajearena/ barruan preso nor zeramaten zen ikusi ezin zena/ ta barrukoek ordaintzen dute peaje garestiena” (c’est les passagers à l’intérieur de la voiture qui paient le plus lourd péage) répond Aitor Sarriegi, laissant les 6 000 spectateurs pensifs.

Quand chaque point compte…
Une épreuve de bertsu txapelketa, c’est comme une journée entre amis : remplie d’émotions, de discussions, mais aussi de rire. Dimanche, les point(e)s d’humour sont notamment venues d’Aitor Sarriegi et d’Iñaki Gurrutxaga. Le premier blessé à la main, doit se faire recoudre par le second… qui tremble. Aitor Sarriegi jouant le rôle du patient peu rassuré, débute ainsi : “Izutu egin nauzu dardara horrekin/ lehengoa itxi baino berririk ez egin” (tu m’effraies avec ta tremblote, ne me blesse pas encore plus). Mais Iñaki Gurrutxaga ne se “démonte” pas : “ta asmatzen ez badet zasta bakoitzean/ igual egingo dizut puntu de kruzean” (“si je ne devine pas exactement chaque point, pareil je te ferai du point de croix”).

Maialen la magicienne
Par ailleurs, Jon Maia n’a pas failli à sa réputation de bertsulari romantique. Dans l’exercice de l’hamarreko txikia, le lyrisme du Zumaiatar a encore une fois séduit le public. Jon Maia, prostituée, se voit demander en mariage par Maialen Lujanbio, le client. “Zer nahi dezu gorputza edota bihotza” (“que veux-tu, le corps ou le cœur ?”)a demandé Jon Maia à Maialen. “gorputza hemen zegon nahi nuenerako/ ta nik bihotza nahi dut egunerorako” (le corps était là pour ce que je voulais et moi je veux le cœur pour tous les jours) répond cette dernière. Jon est encore pourtant dans le doute : “nik maitasuna nahi det ta ez errukia” (“moi, je veux l’amour, non la pitié”). Maialen lui décline alors une dernière fois l’alternative : “ia aukera zazu ezkerra eskuma/ uztai pare bat daukat antzikan ez duna/ hemen kondoia eta hemen eraztuna” (choisis entre la main droite et la main gauche : ici j’ai les préservatifs et ici j’ai la bague). Encore une fois, Maialen Lujanbio a imposé le tempo. Tout simplement magique.

Il faut dire qu’au petit jeu de l’engouement, Maialen Lujanbio a été particulièrement efficace : du premier exercice au kartzelako gaia, la jeune femme a remporté toutes les épreuves de la session.

Tout le long de la session, les dernières arrestations des jeunes de Segi ont plané au dessus du Vélodrome. Beaucoup de bertsulari se sont inspirés de ces arrestations pour l’épreuve du kartzelako gaia. Bouleversant, Jon Maia a expliqué fermer le dossier de Garazi, mais encore entendre les pleurs de sa mère, tandis qu’Arkaitz Estiballes est revenu sur la disparition de Jon Antza.

Après plus de deux mois de fête, cette XVe édition se terminera en apothéose par la finale du BEC, grande fête célébrant la persistance de l’euskara comme langue usuelle. A Bilbo, dans deux semaines, au-delà de savoir qui coiffera le béret de txapeldun, l’essentiel sera dans la rue, dans les bars et bien sûr dans le complexe du BEC : la fête sera partout où l’euskara sera invité.

 

Aitor Sarriegi, seul nouveau parmi les finalistes, Maialen Lujanbio, encore une fois, seule femme

Après la dernière demi-finale de dimanche à Donostia, les noms des sept finalistes qui rejoindront Andoni Egaña au BEC le 13 décembre sont désormais connus. Le siège que les amateurs de bertsulari avaient destiné au début de la compétition à Igor Elortza revient finalement à Aitor Sarriegi. Et c’est pratiquement la seule “surprise” de cette liste où Sarriegi est le seul bertsulari a ne pas encore être parvenu à ce stade de la finale. Les sept autres se sont déjà affrontés dans le cadre de cette dernière phase de bertsulari txapelketa. Maialen Lujanbio, première au classement sera la seule femme (et elle sera la première femme txapeldun), tandis que le Pays Basque nord comptera deux bertsulari. Sustrai Colina qui a pourtant gagné ses deux demi-finales (A Tolosa puis Gasteiz) se qualifie en effet de justesse. Le Lapurtar (ou son compère Amets Arzallus) pourrait entrer dans l’histoire en étant le premier bertsulari du Pays Basque Nord à remporter le championnat.
Au classement final, on retrouve : M. Lujanbio (1er tour : 708,5 points et 2e tour : 703 points. Au total : 1 411,50 points). A. Arzallus (704 + 685,75 = 1 389,75) ; A. Mendiluze (680+669,25 = 1 349,25) ; J. Maia (679 +661 = 1 340) ; U. Iturriaga (626 +692,25 = 1 318,25) ; A. Sarriegi (651+651,75 = 1 302,75) et S. Colina (646+655 = 1 301 points). Parmi les malheureux : U. Alberdi (1 287,25) ; M. Amuriza (1 286,75) ; I. Zelaia (1 282,75). Malchanceux aussi ceux qui n’auraient pas de billets pour la finale : les 300 derniers billets ont été vendus dimanche à Donostia.

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