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Culture

L’Imaginarium du Docteur Parnassus

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18/11/2009

Réalisé par Terry Gilliam
Scénariste : Terry Gilliam et  Charles McKeown
Avec Heath Ledger, Christopher Plummer, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell, Lily Cole.
Durée : 2 h 02 min

Avec sa troupe de théâtre ambulant, “l’Imaginarium”, le Docteur Parnassus offre au public l’opportunité unique d’entrer dans son univers fait d’imaginaire et de merveilleux en passant à travers un miroir magique. Mais le Dr Parnassus cache un terrible secret. Mille ans plus tôt, ne résistant pas à son penchant pour le jeu, il parie avec le diable, Mr Nick, et gagne l’immortalité. Plus tard, rencontrant enfin l’amour, le Docteur Parnassus traite de nouveau avec le diable et échange son immortalité contre la jeunesse. A une condition : le jour où sa fille aura seize ans, elle deviendra la propriété de Mr Nick. Maintenant, il est l’heure de payer le prix… Pour sauver sa fille, il se lance dans une course contre le temps, entraînant avec lui une ribambelle de personnages extraordinaires, avec la ferme intention de réparer ses erreurs du passé une bonne fois pour toutes…

“L’imagination au pouvoir”

L’ Imaginarium du Docteur Parnassus a été présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2 009.

Premier scénario original depuis celui des Aventures du baron de Münchausen (1 989) Terry Gilliam nous propose de se replonger avec lui, encore une fois, dans le baroque foisonnant de son imaginaire sans limites. Et cela se voit et rachète presque l’œuvre de commande des studios que représente Les frères Grimm (2 005), ou le plus personnel mais très  morbide et finalement pas très réussi Tideland (2 006). Cette fois-ci, avec son Docteur Parnassus, il est seul maître à bord, et nous laisse comme seule option possible de le suivre, ou de rester à quai et de passer à côté de cette expérience cinématographique capable de nous rapprocher de nos âmes d’enfants…

Dernier film d’Heath Ledger, que l’on avait pu voir dans Les frères Grimm, mais aussi dans Le secret de Brokeback montain (2 006) et surtout dans le rôle du joker de The dark knight (2 008), qui est décédé le 22 janvier 2008, alors que toutes ses scènes n’avaient pas encore été tournées.

Compte tenu du drame humain et professionnel représenté par la mort de Heath Ledger, le film conserve une unité surprenante dont on devine qu’elle n’a pas dû être facile à maintenir. Les changements de visage de son personnage Tony (qui prend successivement les traits de Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell à chaque fois que celui-ci passe de l’autre côté du miroir et pénètre dans sa propre imagination), s’intègrent remarquablement au récit et ajoutent à la dimension fantastique du film au lieu de l’atténuer.

Terminant de cette curieuse façon, le film au final est attribué à “Heath Ledger et ses amis”. Pratique assez rare pour être signalée, Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell ont, tous les trois, versé le montant de leur salaire à la fille d’Heath Ledger, Matilda, pour que celle-ci reste à l’abri du besoin.

Avec ce retour à l’expression libre, Terry Gilliam nous enchante, nous charme et nous désarme. De la poésie, du surréalisme, des couleurs chatoyantes et des surprises à chaque changement de décors,  du féerique pas mièvre, du kitsch qui à du chien… on en redemande !

Sans oublier la formidable distribution qu’il nous propose avec un Christopher Plummer en Docteur Parnassus, cabot à souhait, qui entretien une relation touchante et drôle avec sa drôle de fille bizarre (Lily Cole), émouvante et très jolie, qui à souvent de faux airs de poupée en porcelaine…

“Mon personnage, est un vieil homme qui certes, a le don d’entraîner les gens vers leur imaginaire, mais qui a aussi commis l’erreur de faire un pari avec le diable !”, explique Christopher Plummer. “Il y a chez cet homme un côté faustien. On sent qu’il a été exubérant, décalé, mais il est aujourd’hui à l’automne de sa vie et sa seule préoccupation est de sauver sa fille. C’est peut-être pour cela qu’il est assez calme, assez désabusé et assez porté sur la boisson ! Je crois qu’il souffre d’avoir vendu son âme au diable, mais au-delà de cela, je pense qu’il a honte d’avoir du même coup vendu celle de sa fille…”

Et que dire du groupe Heath Ledger, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrell, qui chacun à sa façon apporte un souffle nouveau dans l’interprétation de leur personnage commun auquel cette multiplication de personnalités amène une richesse de jeu inégalable.

L’Imaginarium du Docteur Parnassus est un conte philosophique, un essai de mise en image de ce que serait une liaison directe entre l’intellect d’un créateur fou et son public. Cette invitation au voyage loin de toute espèce de volonté d’essayer d'être vraisemblable, nous fait du bien.

Au même titre que la vision des quelques bobines remontées de L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, nous fait penser que s’il avait pu le finir avant sa mort, nous aurions aujourd’hui sans nul doute son plus grand film.

Pour ce qui est de L’Imaginarium du Docteur Parnassus, ce n’est peut-être pas son plus grand film, mais Terry Gilliam signe là un retour au cinéma d’auteur déjanté qui nous l’a fait tant aimer, et rien que pour l’encourager, débrouillez-vous pour trouver une salle qui le diffusera en version originale (à Bayonne avec L’Atalante ce sera le cas) et allez le voir en laissant votre âme d’adulte rationnel au vestiaire. Bon film.

Enfin, à toutes celles et ceux qui ne connaîtraient pas toute l’étendue et l’importance de l’œuvre de Terry Gilliam, il vous faut absolument voir ce qu’il a fait de mieux, que ce soit en DVD ou VOD, pourvu que cela soit en VO, en commençant par l’excellent Monty Python, la vie de Brian (1 980) dont il est le scénariste et dans lequel il joue, avant d’être le réalisateur, scénariste et acteur de l’exceptionnel Monty Python, le sens de la vie (1 983). Il réalise ensuite le cultissime Brazil (1 985) avec lequel il décroche l’Oscar du meilleur scénario en 1986, puis il se lance dans son film esthétiquement le plus ambitieux, mais aussi le plus abouti, le fabuleux Les aventures du baron de Münchausen (1 989), avant de s’attaquer à la libre adaptation du court-métrage La jetée (1 962) de Chris Marker, qu’il transformera en L’armée des douze singes (1 996), qui, une fois encore est un film très réussi.

François Rivière

inprimatu