Pays Basque
"C'est l'occasion ou jamais de remettre sur la table l'autonomie"
Le conseiller municipal (abertzale) d'Ustaritz, Battitt Amestoy, est également membre du Collectif pour l'autonomie. Le jour où un meeting a été organisé à Ascain (18 heures) sur l'autonomie du Pays Basque nord, il revient sur les nombreux débats qui accompagnent cette période de réforme dans l'Etat français.
14/11/2009
ENTRETIEN/ Battitt AMESTOY / Membre du Colletif pour l'Autonomie
Quelle est votre réaction à la réforme des collectivités territoriales françaises ?
Il nous semble qu'il existe des risques mais que c'est aussi une opportunité. Telle que cette réforme est présentée, le Pays Basque disparaît de la carte. Il n'a déjà pas beaucoup de reconnaissance aujourd'hui, suite à cette réforme, il serait noyé dans une région qui arriverait jusqu'à Poitiers et qui serait dirigée depuis Bordeaux. Par ailleurs, cette période est propice au débat et à la discussion et elle représente une opportunité pour faire avancer la reconnaissance officielle de notre territoire. Si l'on veut que le Pays Basque continue à exister, il lui faut absolument une reconnaissance institutionnelle.
Quel type de reconnaissance ? Les revendications sont nombreuses dans ce domaine.
Effectivement, il existe un débat sur la nature de la reconnaissance territoriale. Il nous semble que l'autonomie est le bon choix. C'est une revendication historique qui avait été mise de côté pour des raisons tactiques, au moment où le mouvement abertzale s'est engagé dans la revendication du département.
Mais aujourd'hui, cette réforme des collectivités territoriales, non seulement, elle dilue le Pays Basque, mais en plus, elle va faire disparaître les départements. Même si la structure va continuer à exister, elle est vouée à disparaître, d'ailleurs, les élus locaux autres qu'abertzale le reconnaissent.
C'est donc l'occasion ou jamais de remettre sur la table le concept d'autonomie. Cette institution est la seule à pouvoir assurer l'existence du Pays Basque. Ensuite, il faudra, bien sûr, débattre sur son contenu. Il est évident qu'il nous faut des compétences qui nous permettent de gérer notre pays.
Lorsqu'une délégation menée par le président du Conseil des élus et conseiller général Jean-Jacques Lasserre a rencontré M. Balladur, on a pu entendre la demande de reconnaissance officielle du Pays Basque. C'est qu'en même une position inattendue de la part de ces élus. Ils demandent une institution dotée de compétences s'inspirant de l'institution corse. Nous, nous mettons un nom à cela ; c'est une autonomie. Il ne faut pas avoir peur du mot. Il faut en discuter.
Par ailleurs, l'Europe recommande à ses états de mettre en place des autonomies pour remédier aux problèmes qu'ils ont avec leurs minorités. C'est donc un concept qui est mis en avant par l'Union européenne. Mais dans l'Etat français aussi cette idée est en train de cheminer petit à petit.
Vous parlez du débat qui s'est développé dans les anciennes colonies...
Il s'agit effectivement d'îles lointaines, cependant, la France met en place des consultations pour une autonomie en Martinique et en Guyanne. Il est donc clair que l'Etat accepte d'en discuter, loin d'ici peut-être mais c'est, tout de même, à l'intérieur de son Administration. D'ici peu, nous verrons la Nouvelle Calédonie entrer dans ce type de processus. Il nous semble, donc, qu'au Pays Basque nous devons demander une reconnaissance officielle et des compétences.
Quelles conséquences aurait le mode d'élection annoncé par le gouvernement dans le paysage politique du Pays Basque ?
Le paysage politique va changer, et certainement pas en faveur des abertzale. La participation aux élections est importante pour les abertzale, elle permet de marquer sa présence et de répandre ses idées.
Ceci dit, sur la question de la représentativité, la France est spécialisée dans le semblant de démocratie représentative. On parle lors des élections municipales de scrutin à la proportionnelle, mais cela n'est pas une réalité. Le vainqueur des élections remporte au minimum la moitié des sièges. Par exemple, à Ustaritz, la liste majoritaire a obtenu 20 sièges avec le soutien de 36 % de la population, alors que les abertzale avec Unis à gauche, nous avons réuni 33 % des voix et nous n'avons que cinq sièges. Le système électoral français donne, de toute manière, le pouvoir aux grands partis.
Est-ce que l'initiative prise par les membres du Conseil des élus et le Conseil de développement est à la hauteur des enjeux, selon vous ?
Ils seront à la hauteur si leur démarche porte ses fruits. Il faut dire qu'elle nous a surpris : ils sont loin des points de vue abertzale, et ils sont pourtant très proches de nous dans la vision d'avenir du Pays Basque. Je ne sais pas si la commission Balladur va les écouter et le contenu de leur demande reste à définir, mais leur position a le mérite d'être claire. Les abertzale, nous devons être au moins aussi revendicatifs qu'eux et, plus que jamais, nous devons nous regrouper.
Pour cela, il faudrait que tout le monde se mette d'accord sur la revendication.
Nous avons tous un point en commun : nous partons du principe que le Pays Basque a besoin d'une reconnaissance. C'est ensuite sur le contenu que nous avons des divergences. Après avoir participé à la dynamique en faveur du département, aujourd'hui, il nous semble que le département est arrivé au bout de son existence, et qu'un département Pays Basque représenterait une régression. En revanche, l'autonomie est un concept qui est appliqué en Europe.
Quelle est votre position sur la consultation proposée par Batera ?
Il me semble que tous les abertzale sont d'accord avec le principe d'une consultation ; c'est le B.A.ba de la démocratie, à condition d'en tenir compte. Ensuite, il me semble important que cette consultation recueille le maximum de voix, car je pense que Paris va la comptabiliser. Pour cela, il faut proposer une question qui n'écarterait pas les personnes qui n'adhèrent pas à la revendication du département.
Goizeder TABERNA




