Sujet à la une
Polémique autour des péages ferroviaires

14/11/2009
Sébastien VAÏSSE
La polémique autour de l'épineuse question de la LGV ne semble visiblement pas prête de s'arrêter. Si pour les uns, la contre étude du cabinet suisse Citec étaye l'impertinence d'une nouvelle ligne à travers le Pays Basque, pour les autres, en l'occurrence les élus du territoire, Alain Rousset en tête, «la LGV est une question de vie ou de mort économique de l'Aquitaine. Maintenant, il faut avoir le courage de rassurer les populations. S'il n'y a pas de nouvelle ligne, c'est une catastrophe économique, écologique et sociale pour le territoire».
Un «courage politique», selon les termes de Jean Grenet, soutenu au-delà des appartenances politiques à quelques mois seulement de la prochaine échéance électorale (régionales), par les élus de la CABAB. En témoigne «le soutien personnel et total» du sénateur-maire de Biarritz, Didier Borotra. De son côté, le Président de la CABAB, Jean Grenet a tapé du poing sur la table ce jeudi à l'occasion de la signature du contrat d'agglomération : «ça n'est pas raisonnable de rejeter le projet, il faut faire fi des contradicteurs tout en restant vigilant».
Péages «trop chers»
Pourtant au-delà de ce désaccord significatif sur la pertinence ou non d'ériger une nouvelle ligne entre Bordeaux et Hendaye, un autre enjeu, économique celui-là, pourrait bien venir remettre de l'huile sur un feu déjà bien vif.
Et pour cause, si Mireille Faugère, directrice générale déléguée SNCF Voyages, se réjouit «qu'il y ait des projets de lignes à grande vitesse», elle espère toutefois que «le niveau de péage permettra de faire rouler des trains dessus, (...) car si les péages sont trop élevés, il n'y aura pas de trains supplémentaires. On aura donc construit les lignes pour rien !».
«Quatre cailloux dans la chaussure»
Concrètement, le TGV, le train vedette de la SNCF, supporterait, selon la compagnie, «l'essentiel de l'effort de rénovation des voies ferrées françaises». Une déclaration confirmée par son Président, Guillaume Pepy, pour qui «la SNCF a quatre cailloux dans la chaussure» dont deux qui concernent directement ses relations avec Réseau Ferré de France, créé en 1997 pour décharger la SNCF d'une grosse partie de sa dette (42 milliards d'euros) et surtout confier la gestion des voies ferrées à un organisme indépendant dans la perspective de l'ouverture à la concurrence. Mais voilà dans son application, l'histoire est bien plus complexe et aujourd'hui, la SNCF pointe du doigt les travaux de maintenance qu'elle effectue pour RFF et surtout les droits de passage de ses TGV. En d'autres termes elle conteste «une décision de principe qui fait porter aux TGV, sa principale source de revenus, l'essentiel de l'effort de régénération du réseau ferré français». Rappelons que ses péages doivent augmenter tous les ans de 60 millions d'euros (en plus de l'inflation du secteur) et lorsque RFF indique, pour la période 2008-2013, que la hausse des péages sera de 750 à 780 millions d'euros, la SNCF calcule plutôt 940 millions d'euros.
Difficile alors de ne pas s'interroger sur les conditions de circulation des TGV sur les voies nouvelles prévues par le gouvernement et financées en partie par des partenaires privés. Une chose est sûre, ce conflit interne entre RFF et la SNCF et surtout la réaction de Mireille Faugère, ne risquent pas de «rassurer les populations» quant à une éventuelle nouvelle ligne. Pour Jacques Saint Martin, membre du cercle Burrunz et spécialiste de la question ferroviaire, «nous voyons de plus en plus le côté acrobatique de la gestion de la SNCF et de RFF. On ne peut pas perpétuellement être en déséquilibre surtout dans cette proportion-là et si ça continue, nous arriverons très vite à un seuil de tarif que les gens refuseront de payer».




