RSS
Index > Edition papier > Culture

Culture

Explosion d'énergie avec Michel Pastre

p011_01.jpg

14/11/2009

Clémence LABROUCHE

Sciés dans le fauteuil, les yeux écarquillés, les oreilles grandes ouvertes, prêts à savourer l'instant. Rituel immuable, c'est le sort que jettera le Big Band de Michel Pastre aux chanceux venus l'écouter. Comme tous les autres spectateurs, ceux du Théâtre de Bayonne devraient être immergés dans un océan d'ondes positives, dont ils ne pourront ressortir moroses. A l'occasion des 50 ans de la mort du saxophoniste de légende Lester Young, Michel Pastre, l'un des meilleurs saxophonistes européens, accompagné de son Big Band ont passé une semaine en résidence à la Scène nationale de Bayonne. «Rêve qui se réalise», la fin de cette résidence se traduira aujourd'hui (20 h 30) par un concert exceptionnel, au cours duquel un CD sera enregistré.

Cette année, Lester Young aurait célébré ses 100 ans. Soliste légendaire de l'orchestre de Count Basie à l'influence capitale pour tous les saxophonistes de jazz, la Scène nationale de Bayonne a saisi l'occasion pour inviter Michel Pastre et son Big Band «un écrin d'orchestre composé des meilleurs musiciens spécialistes du genre» de l'aveu même de Dominique Burucoa, Directeur de la Scène nationale de Bayonne.

Créé en 1999, le répertoire de l'Orchestre est consacré à Count Basie et aux formations légendaires de Kansas City en double hommage à Jay McShann et à Charlie Parker. Sous la direction de Michel Pastre, ils jouent aujourd'hui le répertoire de Lester Young. Si beaucoup sont des «artistes caméléons», capables de jouer dans différents styles, rares sont ceux qui, comme les musiciens du Big Band peuvent jouer le jazz de Lester Young.

De l'imitation à l'improvisation

Sa musique déjà jouée dans les années 30-40, le Big Band va réaliser un véritable tour de force en tentant de revenir 70 ans en arrière. «Il faut réussir à se projeter dans le passé tout en étant créatif, c'est-à-dire en étant soi. Les musiciens sont donc des improvisateurs, tout en utilisant un langage propre à cette musique-là» explique Michel Pastre. L'artiste est aussi modeste que talentueux.

Il ne dira rien sur ce que l'on devine et sur ce que confirment ses amis : «la projection par rapport à cette époque induit une culture phénoménale. C'est une passion. Toute une vie consacrée à la connaissance et à l'écoute historique».

Pendant une semaine, l'Orchestre de Michel Pastre a donc posé ses valises dans la Scène nationale, en vue de l'enregistrement d'un CD. Pour l'occasion, le saxophoniste a créé un nouveau répertoire principalement arrangé par François Biensan, trompettiste de l'Orchestre.

Mercredi, sur la scène du Théâtre de Bayonne, toute la petite équipe est à pied d'oeuvre pour l'enregistrement du CD dédié à Lester Young. Michel Pastre donne le tempo.

Un jazz joyeux et nonchalant

En deux temps, trois mouvements la musique vous plonge dans l'ambiance de l'entre-deux guerres. Si la période après son incorporation de force dans l'armée se traduit par un jazz triste, l'époque des débuts de Lester Young est au contraire très joyeuse. «C'est un poète, emprunt de romantisme et d'humour par le swing. C'est la période d'un swing permanent, avec un son qui n'existait pas auparavant. C'est complètement novateur, chaleureux, aérien. C'est l'époque de la nonchalance qui influencera par la suite l'école des saxophonistes cools».

Sur scène, l'Orchestre est heureux ; Michel Pastre est radieux : «Depuis mon adolescence, Lester Young est une de mes idoles. C'est un projet qui reste pendant des années dans un coin de la mémoire. Si un jour j'avais imaginé pouvoir, avec le Big Band, dans cette année symbolique d'une saveur si particulière, pouvoir enregistrer un disque totalement consacré à Lester Young... C'est un rêve qui se réalise». La musique de celui que Billie Holliday avait surnommé «Prez» et que beaucoup comparent à Rimbaud pour son côté autodestructeur sera donc reprise par le Big Band.

Pour le spectateur, le plus dur reste alors à faire : assis au fond du fauteuil, dès les premières notes de saxophone, le corps doit lutter pour rester socialement digne. Prenant garde de ne pas gêner son voisin (lui-même enclin à la même envie), on commence discrètement à battre la mesure avec le pied, avant de s'autoriser de le faire avec la jambe, avant de se surprendre à penser pendant une fraction de seconde «s'il -le voisin- se lève pour danser, moi aussi !».

A l'instar de son idole Lester Young, maîtrisant à merveille ce son parfois étranglé, Michel Pastre et son orchestre offrira ce soir aux spectateurs de Bayonne un son trop rare sur les ondes de radio... une session de bonne humeur, «une musique communicative qui donne envie de danser et beaucoup de joie pour un projet rare» qui mérite d'être vu comme le résume Michel Pastre.

Pour les hésitants de dernière minute, la rythmique piano, contrebasse, guitare et batterie offre un visuel très attractif qui «pète le feu».

Renseignements et réservations à la Scène nationale de Bayonne au 05 59 59 07 27.

Tarif de 15 à 24 euros.

inprimatu