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Lapurtarren Biltzarra ou la Démocratie...

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22/09/2009

Clémence LABROUCHE

Lapurtarren Biltzarra est le nom de l'Assemblée représentative du Labourd qui a perduré jusqu'en 1 789. Le Biltzar dont les réunions se tenaient au «parquet et auditoire royal du baillage» à Ustaritz disposait de prérogatives exceptionnelles par rapport au droit en vigueur dans les territoires de l'Etat français. C'est pour célébrer cette institution «à part» dans les systèmes féodaux de l'époque qu'est organisé tous les premiers dimanches d'octobre le Lapurtarren Biltzarra à Ustaritz.

Le plus ancien procès-verbal connu du Biltzar date du 24 janvier 1567. Toutefois, les documents étant oraux jusqu'au XVIe siècle, il est très probable que l'existence de ce dernier soit nettement antérieure.

Quoi qu'il en soit, la coutume du Labourd comportait des dispositions «hors normes», à tel point qu'Emile Cordier écrivait au XIXe siècle : «Il y a chez ces peuples des particularités à recueillir sur l'ordre des successions, le régime du mariage, la faculté des droits et la capacité des femmes (...). Il est rare de rencontrer sur ces divers objets une législation complète, originale isolée, comme l'est celle des Basques dans le monde occidental».

A l'époque, le principe (qui paraît encore révolutionnaire aujourd'hui) est simple : Dans chaque paroisse, chaque famille délègue un représentant pour participer à la communauté des habitants de la paroisse. Ces assemblées se réunissaient alors chaque semaine sous le porche de l'église (ou dans une salle au-dessus de celui-ci comme à Ustaritz) pour décider de la gestion de la commune. Ces assemblées élisaient ensuite des mandataires, maires-abbés, chargés de siéger dans les Biltzar.

De la démocratie participative...

Dans un premier temps le syndic du Biltzar informait les représentants des paroisses des délibérations. Après discussions au sein de leurs paroisses, ces derniers se réunissaient huit jours après au sein du Biltzar pour apporter les réponses de leur «conseil municipal». Mais interdiction de modifier cette dernière : les réponses, demandes ou revendications votées par le peuple basque au niveau local doivent être introduites dans le Biltzar comme elles ont été décidées au niveau paroissial.

La fête du Lapurtarren Biltzarra célèbre ce droit à décider de la politique du territoire labourdin. L'hommage n'est pas seulement commémoratif, il est aussi revendicatif. Aussi, tous les ans, les jeunes des alentours se réapproprient le «droit à décider» dont disposaient leurs ancêtres à l'époque. D'Ustaritz, à Hasparren en passant par Espelette, les gaztexte et les associations profitent de l'aubaine que représente le défilé de char pour vulgariser leurs revendications.

Si dans un premier temps les élus participaient à la fête en «offrant» à l'assemblée des discours, de nos jours, ces derniers désertent la manifestation, sans doute trop revendicative à leur goût. Paradoxe de nos sociétés «modernes», désormais dans un système de démocratie représentative, le droit le plus important du citoyen reste sans doute le droit de vote. Fini le temps de l'autonomie financière où les maires-abbés examinaient les impositions générales à payer au trésor royal et les charges spéciales votées par le Biltzar «dans l'intérêt du pays».

Mais ce premier dimanche d'octobre, pour quelques heures, Ustaritz redevient capitale du Biltzar. Les élus ayant choisi de déserter les assemblées, le Biltzar redevient, comme à l'époque, un lieu privilégié pour le peuple.

Un Biltzar réservé au peuple

Il faut effectivement dire qu'à l'époque ni le clergé ni la noblesse ne pouvaient participer au Biltzar. Le curé qui n'était propriétaire d'aucune maison de la commune n'était convié aux réunions du Biltzar que pour évoquer des questions relatives à son sacerdoce.

De la même manière, les nobles ne pouvaient siéger au Biltzar. Preuve de l'influence du peuple basque, au moment de la révolution française, les nobles du Pays Basque réclamaient l'égalité civique dans les cahiers de doléances !

Le clergé et la noblesse interdits de Biltzar, seuls les 35 représentants des paroisses labourdines étaient autorisés à siéger. Contrairement à ce qu'il se passe ailleurs, à la fin de la révolution, les labourdins «se sentaient libres au sein des institutions les plus libres qui n'aient jamais existé» comme le souligne Maïté Lafourcade.

Et même si, sous l'Ancien Régime l'Etat français essaie d'avoir la main mise sur cette institution, les historiens affirment que le Biltzar du Labourd était encore jusqu'au XVIIIe siècle une organisation particulière avec de larges attributions. Si de nos jours les prérogatives du peuple basque ont disparu, rien n'empêche un «représentant» de chaque etxe de se rendre à Ustaritz le4 octobre...

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