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Sujet à la une

Jon Anza: "Nous sommes dans le registre de l'interprétation"

12/09/2009

ENTRETIEN/ Anne KAYANAKIS / Procureur du Tribunal de Bayonne

De nombreuses questions sont encore sans réponse dans la disparition de Jon Anza, Aheztar originaire de Gizpukoa dont la famille n'a plus de nouvelle de lui depuis le 18 avril. Alors que les abertzale soupçonnent le retour de la guerre sale, cinq mois après les faits, la procureur du tribunal de Bayonne, Anne Kayanakis, n'exclut aucune hypothèse.

Quelles sont les démarches entreprises par le Parquet ?

La plainte de Me Basurco a été déposée le 15 mai. Le même jour une conférence de presse a été réalisée, nous avons donc pris en considération le caractère sensible de cette affaire. Le 18 mai, j'ai contacté la police judiciaire pour procéder à une enquête.

Depuis, on a procédé [entre autres] à l'inscription de cette disparition dans les fichiers de personnes recherchées, et dans les circulaires de recherche, puis à l'audition des proches et à la perquisition de la maison de sa compagne. Les recherches réalisées auprès de la SNCF n'ont rien donné, car les vidéos de surveillance sont écrasées au bout de 72 heures. Aucun incident n'a été enregistré dans le parcours entre Bayonne et Toulouse, ni dans les aéroports.

Des recherches peuvent-elles être menées en dehors des frontières du territoire français ?

Nous avons demandé, pour le moment, de faire tout rapprochement utile avec des découvertes de cadavres qui peuvent être faites en territoire espagnol.

Avec quel service espagnol travaillez-vous ?

Nous menons ce travail par l'intermédiaire du CCPD d'Hendaye [Centre de coordination de police et des douanes] qui lui est en contact avec tous les services. Nous sommes dans l'échange de renseignements ; il n'y a pas de contrainte procédurale.

La plupart des démarches ont été lancées au début de l'enquête. Depuis, vous êtes dans l'attente ?

Nous sommes effectivement dans l'attente, parce que du moment que les retours des recherches sont négatifs, au fur et à mesure, les options possibles se tarissent.

Pensez-vous que Jon Anza a quitté la gare de Bayonne par train ?

Je n'ai pas d'élément pour le dire. Pour le moment, c'est tellement complexe et atypique que je ne peux pas le dire. La seule chose que nous avons, c'est la déclaration de sa compagne. Elle me dit : «je l'ai vu monter dans le train, mais je suis partie sans attendre le départ du train». Il devait aller à Toulouse, après, je ne sais pas chez qui il devait aller à Toulouse... Je n'ai pas d'élément qui m'interdise à penser ou qui m'autorise à penser quelque chose.

Les options se tarissent, certaines hypothèses sont écartées ?

Non, je ne crois pas. On a un milieu familial qui nous dit qu'il n'était pas suicidaire, mais on a un état de santé qui n'est pas très enthousiasmant... Nous ne pouvons donc pas écarter l'hypothèse d'une disparition dépressive, mais ce n'est pas une option privilégiée. Est-il vivant, est-il mort ? La seule chose que je peux vous dire, c'est qu'il n'a pas donné signe de vie depuis le 15 mai, jour où la plainte a été déposée. Nous sommes, comme tout le monde, dans le registre de l'interprétation.

Qui mène l'enquête ?

La police judiciaire qui coordonne, ensuite, elle sollicite les services de police et de gendarmerie.

Est-ce qu'elle consulte le Parquet Anti-terroriste ?

Je ne suis pas saisie du deuxième aspect de l'enquête qui est l'appartenance de Jon Anza à un mouvement terroriste. Je ne suis pas non plus habilité à communiquer sur cet aspect.

Les services parisiens ont donc engagé une seconde enquête ?

Oui, tout à fait. Il y a matière à enquêter en raison des indications qui ont été communiquées par l'ETA dans le journal Gara le 20 mai. Ensuite, les équipes d'enquêteurs communiquent entre elles.

Quelle est votre réaction par rapport au communiqué d'ETA ?

C'est un exercice délicat pour moi qui ne suis pas là depuis longtemps. Il est perturbant. Il est un peu étonnant. Il dit, dès le 20 mai, que la disparition de Jon Anza est à mettre sur le compte de ce qui se rapprocherait d'une guerre sale. ETA dit ce qu'elle veut.

Je considère ce communiqué avec toute l'attention requise, mais cela serait prématuré d'en conclure quoi que ce soit, à tout point de vue. D'après ce que je commence à comprendre, c'est un communiqué assez inhabituel ; ce n'est pas dans les habitudes d'ETA de dénoncer l'appartenance à l'organisation de ses membres. On ne peut que s'interroger. ETA nous indique que cette disparition est à mettre sur le compte d'une opération barbouze ; moi, je ne peux que garantir que la police française travaille dans des cadres juridiques et je n'envisage pas ce genre de pratique de la part des services de police chargés de la lutte anti-terroriste. On ne peut être que perplexe.

Pensez-vous que cette disparition pourrait être un règlement de compte à l'intérieur d'ETA ?

Je n'ai pas une culture très approfondie dans ce domaine, mais, ça aussi c'est inhabituel. ETA nous dit que Juan Maria Anza avait pour mission de convoyer des fonds ; est-ce que c'est vrai ? Est-ce qu'il les a remis ? Est-ce qu'il en a été dépossédé dans des conditions qui ont entraîné sa disparition ou sa mort ? On s'interroge et pour le moment nous n'avons pas d'éléments qui permettent d'orienter notre réflexion.

Vous avez déjà traité d'autres disparitions graves ; sont-elles comparables avec celle de Jon Anza ?

Celle-ci est un peu atypique. Ce qui est atypique, c'est le délai entre cette disparition à caractère inquiétant et la révélation. Cette disparition est inquiétante très vite, or nous en sommes informés à partir d'un certain délai. Alors, nous nous interrogeons.

Vous connaissez le dossier de l'enlèvement de Juan Mari Mujika à Saint-Palais ; faites-vous le lien entre les deux faits ?

Juridiquement parlant, l'affaire Mujika est aux mains du juge d'instruction. Ceci dit, dans son cas, nous avons quelqu'un pour dire «voilà, on m'a enlevé et séquestré pendant un certain temps». Dans le cas d'Anza, le principal intéressé a disparu et ne s'exprime pas.

Joseba Egibar, responsable du PNV, parti au pouvoir à la CAB jusqu'à cette année, a réalisé des déclarations : il a demandé au Gouvernement espagnol si ses services de police ont arrêté Jon Anza sur le territoire français. Est-ce que vous tenez en compte ces déclarations ?

Je prends note ; rien n'est écarté. Le but de l'enquête est de retrouver la personne disparue, et ensuite, de déterminer les circonstances de la disparition.

Maintenant, il faut des éléments. Je ne vais pas dire que ce sont des policiers espagnols qui sont intervenus sur le territoire français, si je n'ai pas d'élément objectif pour le dire, ou si je n'ai pas d'élément objectif pour éliminer toute autre option.

Est-ce une question que vous pourriez vous aussi poser ?

Bien sûr.

Est-ce que vous l'avez posée ?

Les enquêteurs s'interrogent sur toutes les options, bien sûr.

Et l'avez-vous posée à la police espagnole ?

Pour le moment, notre collaboration avec les services espagnols est limitée à un échange de renseignement sur les rapprochements qu'on peut faire avec des découvertes de cadavres. Nous n'avons peut-être pas encore suffisamment d'éléments pour affiner dans une direction plutôt que dans une autre.

Pour interroger les autorités espagnoles sur ce type d'option, encore faudrait-il que j'aie des éléments qui le justifient. Cela ne veut pas dire que ce soit à exclure, mais pour solliciter dans ce registre-là les autorités espagnoles, il faut avoir des éléments suffisamment construits pour le faire. Aujourd'hui, cela me paraît prématuré.

Goizeder TABERNA

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