Culture
De la guerre civile espagnole à l'exil

11/06/2009
Marie FLEURY
Le livre Témoignages de deux combattants de l'ombre, écrit par Gilda Ayerdi sera publié dans l'une des deux collections des éditions associatives souletines Astobelarra, celle qui s'intitule Humeurs et Témoignages. Deux témoignages, l'un oral, l'autre écrit. L'un d'un Navarrais de Burgui tour à tour hirondelle (1), cantonnier et almadiero (2), qui rejoint les républicains lorsqu'éclate la guerre, l'autre d'un berger castillan engagé aux côtés des jeunesses socialistes unifiées pendant la guerre. Ce qui les réunit ? «La lutte contre le fascisme, l'exil et le traumatisme» estime Gilda Ayerdi.
A l'origine de ce livre, un mémoire à rédiger pour sa maîtrise d'espagnol et surtout un grand-père qui lâche depuis quelques années des bribes d'une histoire décousue. «Pendant 50 ans, il n'avait jamais évoqué la guerre civile ni parlé en espagnol à ses enfants. Il a vécu un réel traumatisme. J'ai voulu reconstituer les pièces du puzzle de son histoire», confie la petite-fille du républicain navarrais.
Un énorme travail de recherches
Pendant un an, Gilda interviewe son grand-père, sans relâche. «Le problème majeur que j'ai rencontré, c'est que la mémoire n'est pas infaillible et j'ai donc dû effectuer un énorme travail de recherche pour vérifier les informations.» Ces investigations n'ont pas été faciles, et Gilda a parfois eu l'impression de déranger, notamment lorsqu'elle a cherché des preuves sur la rafle à Mauléon de 1939 dont il ne reste aucune trace écrite. «Ces recherches m'ont amenée à rencontrer d'autres émigrés espagnols qui avaient aussi fait la guerre civile», raconte-t-elle. Notamment le père de Ruben Gomez, alors mourant, qui a écrit un journal que son fils, ne sachant pas l'espagnol demande à Gilda de traduire. Ce journal constituera la deuxième partie de son mémoire, qu'elle publie aujourd'hui, dix ans après l'avoir écrit. «Ce qui m'a motivée à publier ce mémoire, c'est l'intérêt que beaucoup de gens y ont porté, et le fait que Laure Gomez, petite-fille de José Poveda ait accepté de l'illustrer».
Des faits méconnus
«On pourrait penser qu'on a tout dit sur la guerre civile car des livres, il y en a à foison, mais c'est faux» déclare Gilda qui ajoute que beaucoup de faits sont méconnus ou controversés et c'est grâce à la petite histoire des «combattants de l'ombre» qu'on peut connaître la grande Histoire. Parmi ces faits méconnus, on trouve donc la rafle de Mauléon en 1939 : «Tous les étrangers avaient alors été convoqués à l'Hôtel de Ville sous prétexte de vérifier leurs papiers. A peine entrés dans le hall, les grilles se sont refermées derrière eux. On les a tous emmenés dans des camps.» raconte Gilda.
Quant à l'accueil des réfugiés espagnols dans un Etat qui se proclamait alors démocratique, on oublie trop souvent qu'ils ont été parqués dans des camps comme à Argelès-sur-mer où il n'y avait rien sauf... des barbelés. «Ils n'étaient pas considérés comme des réfugiés mais comme des rouges dangereux à surveiller», estime Gilda. Et Mauléon n'échappe pas à la règle : «Quand les républicains sont arrivés, on pensait qu'ils avaient une queue comme les diables et qu'ils mangeaient du chat !» s'exclame-t-elle.
Le traumatisme de l'exil
Le grand-père de Gilda a eu la chance de pouvoir sortir du camp d'Argelès car il avait de la famille à Mauléon mais il n'échappe pas à la rafle de 1939 et est envoyé dans le nord dans les Compagnies de Travailleurs Etrangers. Puis de nouveau, c'est la guerre. «Après avoir fui le franquisme d'un côté, il devra fuir le nazisme de l'autre.» raconte Gilda. Son grand-père revient en Soule mais recherché par la gendarmerie, il doit s'enfuir sur le territoire espagnol où il est considéré comme «prófugo» car il n'avait pas fait l'armée. En juillet 1946, il revient définitivement s'installer dans l'Etat français. «Ce qu'il garde de tout ça, c'est une jeunesse brisée : les dix plus belles années de la vie consacrées à la guerre et à l'exil» confie sa petite-fille.
Souscription
«Nous avons lancé une souscription car nous sommes une toute petite maison d'édition associative sans beaucoup de moyens. Le but était de financer les frais d'impression avant la publication. C'est un réel succès, nous avons déjà réuni près de 90 souscriptions» s'étonne Gilda. Dans cette collection, les auteurs cèdent intégralement leurs droits d'auteurs pour l'autre collection d'Astobelarra, intitulée Litté-nature dont l'objectif est de publier des textes bilingues en lien avec la nature (voir le blog de l'association :http://astobelarra.over-blog.com/).
Samedi matin, Gilda Ayerdi présentera son livre et offrira une séance de signatures en présence de son grand-père et des illustrateurs au magasin Herri Ekoizpena de Mauléon à partir de 10h. Le livre sera en vente au prix de 16 euros. On peut aussi consulter le site dédié au livre : http://gildaayerdi.free.fr/.
(1) On appelait hirondelles les Navarrais et Aragonais qui venaient travailler pendant toute la période hivernale à Mauléon dans l'industrie de l'espadrille.
(2) Les almadieros de la vallée de Roncal transportaient le bois par la rivière, sur des radeaux, quand l'eau était suffisamment haute, pour l'amener jusque dans les plaines aragonaises ou catalanes. C'était un métier difficile et dangereux.







