France-International
Pérou : d'autres blocus indigènes en projet

11/06/2009
Des groupes d'Indiens amazoniens bloquaient lundi une route, un puits de pétrole et un aérodrome dans le nord du Pérou, faisant craindre de vives tensions, après les heurts entre police et indigènes qui ont fait 35 morts vendredi et samedi.
Un axe routier vital, reliant Yurimaguas à Tarapoto, en zone de dense forêt amazonienne à 900 km au nord de Lima, est toujours coupé, depuis maintenant 34 jours, par quelques centaines d'Indiens.
Une forte présence policière dans la zone de Yurimaguas laisse penser, selon la presse, que les forces de l'ordre pourraient intervenir pour lever le blocus, comme elles l'ont fait vendredi après 24 heures d'affrontements près de Bagua (1.000 km de Lima).
Premier bilan : 35 morts
Au moins 35 personnes, dont 24 policiers et 11 Indiens d'ethnie Aguaruna surtout, sont mortes en plusieurs vagues de heurts: d'abord lors de la levée du blocus, puis au cours d'émeutes qui ont suivi, enfin lors d'une intervention militaire pour libérer des policiers pris en otages.
Ces violences, les plus meurtrières depuis le conflit interne entre Etat et guérillas d'extrême gauche dans les années 90, ont secoué le Pérou. Plusieurs médias influents ont appelé à une sanction de la gestion politique de la crise et à une démission du Premier ministre Yehude Simon.
Le Parlement devait débattre lundi des violences de Bagua, tandis que l'attention se déplaçait vers d'autres points du nord et de l'est. La zone amazonienne y couvre près de 60% de la superficie du Pérou, où sont disséminées 1.300 communautés indigènes regroupant 600.000 personnes, selon leur principal collectif, AIDESEP.
Le leader de l'AIDESEP Alberto Pizango, recherché par la justice, est passé à la clandestinité ce week-end.
Nous ne reculerons jamais
«Notre leader est ici à Lima», a néanmoins affirmé lundi une porte-parole, démentant ainsi qu'il ait fui le pays comme l'avait suggéré une ministre.
«Nous ne reculerons jamais, nous n'avons pas perdu cette lutte», a ajouté Daisy Zapata à la presse à Lima, accusant le gouvernement d'Alan Garcia d'avoir «ensanglanté notre Pérou».
Dans la zone d'Andoas (1.500 km de Lima), la société pétrolière argentine Pluspetrol a annoncé la suspension de ses opérations sur une installation, à la demande dimanche d'un groupe d'indigènes sur les lieux, et «afin d'éviter le moindre incident».
Pluspetrol a aussi indiqué que des indigènes bloquaient depuis ce week-end la piste d'un aérodrome privé appartenant à la société, et une autre installation pétrolière à Trompeteros, également dans le nord amazonien à 1.300 km environ de Lima.
Pluspetrol assure dans un communiqué qu'il n'y a «aucun type de confrontation ni de violence» dans les deux cas entre indigènes et forces de l'ordre, et qu'un dialogue fonctionne avec les autorités locales.
La presse a rapporté d'autres blocus ponctuels par des groupes indigènes, notamment sur les fleuves Huallaga et Paranapura (nord-est).
Depuis deux mois, les communautés amérindiennes du Pérou ont multiplié les blocages de routes, d'oléoducs ou de fleuves, pour protester contre des décrets-lois adoptés en 2007-08 et selon eux trop laxistes sur l'exploitation minière, forestière et hydrique de ces régions.
Les Amérindiens ont reçu lundi le soutien de la principale organisation nationale indigène de Colombie (représentant 1,3 millions d'Indiens), qui a annoncé une journée de protestation en solidarité après les «massacres» du gouvernement péruvien.
En France, les députés européens José Bové et Alain Lipietz ont dénoncé lundi le «massacre de communautés indigènes» au Pérou.







