Pays Basque
"Nos projets européens sont très différents les uns des autres "
05/06/2009
ENTRETIEN/ Jean TELLECHEA / Tête de liste d'Euskadi Europan
Euskadi Europan est la seconde liste 100 % du Pays Basque nord. Menée par Jean Tellechea, elle défend la diversité de projet entre abertzale. Sa tête de liste répond aux questions.
L'Union Européenne agit dans le quotidien des citoyens, pourtant, les sondages prévoient un fort taux d'abstention au prochain rendez-vous électoral. Quelles sont les raisons de cette indifférence ? Que devrait être l'Europe pour que ses citoyens s'y intéressent ?
L'Europe est un alibi facile. Un bouc émissaire bien pratique pour masquer l'incompétence et la faillite des politiques nationales. Il faut être lucide : l'Europe souffre d'un déficit de présence, de communication. On nous parle de technocratie bruxelloise. Savez-vous que le Commission compte moins de fonctionnaires que la ville de Marseille ? Mais la concentration de ces fonctionnaires sur Bruxelles, exposés aux lobbies, éloignés des territoires et des populations, ne favorise pas la compréhension de leur travail. En plus, les bienfaits de l'Europe sont habilement récupérés par les élus et par les administrations.
Que va changer le traité de Lisbonne dans la vie des habitants du Pays Basque, selon vous ?
Il y a peu de chance que les habitants du Pays Basque perçoivent les effets dans leur vie de tous les jours. Ceci dit, le Traité de Lisbonne constitue une étape indispensable pour remettre l'Europe sur les rails. Il a pour but d'améliorer le fonctionnement de l'Union en facilitant la prise de décision dans une Europe élargie à 27. Le Traité a également pour vocation de rapprocher l'Europe du citoyen en renforçant les pouvoirs du Parlement. Il donne aussi, timidement, plus de poids à des notions qui nous intéressent directement comme la cohésion territoriale ou l'Europe sociale.
Après la crise financière, la crise économique et sociale frappe à la porte. Quelle mesure prioritaire proposez-vous pour faire face à elle ?
Les Etats-Unis et la Chine ont mis en place un plan de relance à l'échelle de la crise, pas l'Europe ! Pourtant des corrections sont nécessaires : notre économie de marché crée des richesses et de profondes inégalités sociales que nous devons compenser. Il faut rapidement réguler ce fonctionnement désastreux. L'Union doit aussi organiser l'émergence de nouvelles filières, dans les énergies renouvelables, l'agriculture durable, l'économie de l'innovation. Il y a des millions d'emplois de qualité en jeu.
La Ligne à Grande Vitesse Sud Europe Atlantique est un projet à dimension Européenne dont les conséquences seront aussi locales. L'opposition est croissante au Pays Basque nord comme au sud. Est-ce qu'elle remet en question le projet ou une partie du projet ?
Nous apprenons, que le ministre de l'Intérieur a ordonné l'abandon du projet de création d'une nouvelle voie entre Bayonne et Hendaye. Cette nouvelle est heureuse et j'espère qu'elle ne sera pas le prétexte pour certains de saboter le projet dans son ensemble.
Nous avons un exemple de ce que doit être l'Europe : elle doit donner le cadre et cofinancer les grandes infrastructures de communication. Mais les choix de tracé, les options environnementales, les clefs de financement, doivent être discutés et décidés au plus proche des populations. L'absence de véritable concertation locale démontre une grave erreur de gestion du projet et les responsables doivent l'assumer.
L'Etat français ne ratifie pas la charte européenne des langues minoritaires et la langue basque est en constant déclin au Pays Basque nord. Que proposez-vous pour que l'Europe agisse de manière plus efficace dans la survie des langues minoritaires ?
L'Europe est avant tout un exemple de respect de la diversité qui oblige la France à progresser sous peine de demeurer le dernier de la classe. Notre eurodéputée Izazkun Bilbao, saura développer ce rôle de pression auprès des eurodéputés et des responsables politiques français. L'Union européenne a un rôle d'aiguillon et elle impulse des programmes en faveur des langues minoritaires dont bénéficient les régions les mieux organisées. Je pense notamment à la Communauté autonome basque, particulièrement experte en la matière. Coopérer avec ce territoire sur des projets linguistiques, dans le cadre d'une euro-région est indispensable.
Réunis dans un groupe appelé Friendship, le rôle de certains députés européens, dans le dernier processus de négociation pour une résolution du conflit basque a été important. Pensez-vous que l'Europe pourrait de nouveau encourager ce genre d'initiative ?
Tout lobbying démocratique ou politique en faveur du Pays Basque, notamment en faveur de la fin de la violence, sera le bienvenu. Le Parlement européen est un lieu unique pour débattre et «tendre des ponts». Mais il ne faut pas que l'image du Pays Basque se résume encore et toujours à la question de la violence ou de l'autodétermination. L'Europe peut apporter beaucoup plus, au quotidien, pour notre pays.
Les abertzale, vous vous présentez encore une fois éparpillés ; comment l'expliquez-vous ? Etes-vous voués à la dispersion ?
Pourquoi faudrait-il que toutes les familles politiques françaises soient représentées... et que les abertzale, eux, soient obligés d'abandonner leurs sensibilités ? Ce que vous appelez «dispersion», ce n'est jamais que le reflet du pluralisme auquel la société basque est très attachée. Que chacun contribue, à sa façon et à sa place, à faire croître la prise de conscience abertzale. Pour ce qui est de ces élections européennes, il est clair que nos projets européens sont très différents les uns des autres.
Votre campagne s'adresse aux habitants du Pays Basque et vous n'avez pas de chance d'obtenir d'élu. Vous allez subir les conséquences du vote utile. Qu'en pensez-vous ?
Cela n'a aucun sens pour un abertzale. Izazkun Bilbao, candidate du PNB en Pays Basque sud a de fortes chances de siéger au Parlement européen. En votant pour la liste Euskadi Europan, les citoyens d'Iparralde donneront encore plus de légitimité à cette femme remarquable. Qui sera plus utile pour le Pays Basque à Strasbourg et Bruxelles ? Un grand élu de Montpellier ou Bordeaux... ou l'ancienne présidente du Parlement basque ?
Goizeder TABERNA







