Pays Basque
"Nous proposons un plan de mutation de nos économies "

04/06/2009
ENTRETIEN/ José BOVÉ / Tête de liste d'Europe Ecologie
José Bové incarne la lutte contre les OGM et la défense d'une agriculture paysanne. Aujourd'hui, il incarne la candidature d'Europe Ecologie aux élections de dimanche, liste dans laquelle participent AB et EA. Il répond aux questions du Journal du Pays Basque. Elles ont été préparées avant l'annonce de l'arrêt des études pour la nouvelle LGV.
L'Union Européenne agit dans le quotidien des citoyens, pourtant, les sondages prévoient un fort taux d'abstention au prochain rendez-vous électoral. Quelles sont les raisons de cette indifférence ? Que devrait être l'Europe pour que ses citoyens s'y intéressent ?
Deux raisons permettent d'expliquer ce désintérêt. La première est que l'Union européenne a toujours été construite par le haut, par les états, et sans un débat démocratique local. Pour dépasser cela, nous proposons la convocation d'une Assemblée Constituante qui redéfinira les valeurs et le mode de fonctionnement des institutions européennes. La seconde tient au fait que les gouvernements nationaux n'assument pas leurs choix politiques nationaux et se camouflent derrière l'Europe.
Que va changer le traité de Lisbonne dans la vie des habitants du Pays Basque, selon vous ?
La mise en place du Traité de Lisbonne aura le même impact sur le Pays Basque que dans le reste de l'Europe. Ce texte renforce les pouvoirs du Parlement Européen en lui donnant des compétences qu'il n'avait pas auparavant. Néanmoins, pour Europe Écologie, seule la mise en place d'une Assemblée Constituante débouchant sur une Europe Fédérale aura un impact clair car nous proposerons, des régions cohérentes, au niveau culturel et économique, ce qui implique la reconnaissance d'une entité basque unifiée de part et d'autre des Pyrénées.
Après la crise financière, la crise économique et sociale frappe à la porte. Quelle mesure prioritaire proposez-vous pour faire face à elle ?
Et vous dans votre énoncé des crises, vous en oubliez une fondamentale, la crise écologique qui impose des mesures radicales et rapides pour modifier notre manière de produire et de consommer. Nous proposons un plan de mutation de nos économies vers des emplois écologiques. La relocalisation de l'agriculture, le développement des énergies renouvelables, l'isolation des bâtiments, la recherche environnementale sont autant de secteurs qui nous permettront de limiter nos émissions des gaz à effet de serre tout en créant les millions d'emplois nécessaires.
La Ligne à Grande Vitesse Sud Europe Atlantique est un projet à dimension Européenne dont les conséquences seront aussi locales. L'opposition est croissante au Pays Basque nord comme au sud. Est-ce qu'elle remet en question le projet ou une partie du projet ?
Europe Écologie met la priorité sur le transport ferroviaire que ce soit pour les personnes ou pour les marchandises. Il s'agit en effet d'une des seules options dont nous disposons actuellement pour enrayer la hausse des transports routiers et les pollutions qu'ils induisent. Mais nous voulons privilégier, autant que faire se peut, l'amélioration des lignes existantes plutôt que la mise en place de nouvelles structures. La création d'une Ligne à Grande Vitesse dans une zone aussi peuplée que la côte du Pays Basque est d'ailleurs un non-sens complet tant sur le plan financier que pour les dégâts causés dans les régions traversées.
L'État français ne ratifie pas la charte européenne des langues minoritaires et la langue basque est en constant déclin au Pays Basque nord. Que proposez-vous pour que l'Europe agisse de manière plus efficace dans la survie des langues minoritaires ?
Plus de 23 états européens ont ratifié cette charte qui est une première avancée pour enrayer le déclin des langues minoritaires. La France ne l'a toujours pas fait et c'est un véritable scandale. Je poursuivrai le travail réalisé par Gérard Onesta pour que notre pays reconnaisse enfin le pluralisme linguistique et permette aux nombreuses langues autres que le français, encore vivantes dans nos régions, de s'épanouir.
Réunis dans un groupe appelé Friendship, le rôle d'un certain nombre de députés européens dans le dernier processus de négociation pour une résolution politique du conflit basque a été important. Le Parlement européen avait encouragé le dialogue entre l'ETA et le Gouvernement espagnol. Pensez-vous que l'Europe pourrait de nouveau encourager ce genre d'initiative ? Quelle serait votre position ?
L'Europe doit être motrice pour des initiatives de ce type. Europe Écologie milite pour la mise en place d'une Europe Fédérale. Nous ne souhaitons pas qu'elle soit adossée aux régions administratives actuelles qui n'ont souvent pas de réalités culturelles ou économiques. Nous n'hésitons pas à affirmer que de nouvelles entités doivent être mises en place, et si nécessaires elles devront dépasser le cadre étriqué de l'Etat nation. Dans ce cadre, les Pyrénées ne doivent plus être une frontière pour le Pays Basque et la Catalogne.
Comment expliquez-vous José Bové, qu'après que vous ayez dit « non « à la Constitution européenne, vous vous présentiez avec une liste qui l'a soutenue ?
Europe Écologie est un rassemblement qui s'est créé en fin d'année 2008. Il n'a donc pas en tant que tel participé au débat sur le TCE de 2005. Certains dans nos rangs ont effectivement voté Oui et d'autres Non, mais le débat est aujourd'hui clos, les différences étaient d'ailleurs plus stratégiques, qu'économiques. Nous ne regardons pas dans le rétroviseur mais vers l'avenir. Nous sommes aujourd'hui tous d'accord pour travailler sur une véritable constitution européenne qui se limitera à définir les droits fondamentaux et le fonctionnement institutionnel. Nous sommes convaincus que les options politiques libérales de l'Europe ne doivent pas être inscrites dans une Constitution, cela reviendrait à les graver dans le marbre.
Vous vous êtes battu contre les OGM ces dernières années, pourtant, vous avez formé une liste avec un parti, Eusko Alkaratsuna, qui à la Communauté Autonome Basque a permis l'utilisation des OGM alors qu'il était au Gouvernement autonome. Comment l'expliquez-vous ?
Eusko Alkaratsuna fait parti de Régions et Peuples Solidaires qui s'est clairement positionné contre les OGM. Par ailleurs la Communauté Autonome d'Euskadi adhère à la Charte de Florence qui regroupe toutes les régions européennes qui ont pris position contre les cultures transgéniques et en participant au gouvernement local, Eusko Alkaratsuna s'est engagé clairement dans cette dynamique. A ma connaissance, ils n'ont pas changé d'avis depuis...
Goizeder TABERNA







