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Pays Basque

"Coup mortel" à la LGV

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30/05/2009

Goizeder TABERNA

Le projet de Ligne à grande vitesse (LGV) déraille. Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, et Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, ont co-signé une lettre destinée au préfet des Pyrénées-Atlantiques et au préfet de Région, leur ordonnant l'arrêt de toute réunion de concertation «au sud de Bayonne». L'existence de cette lettre a été révélée cette semaine.

Pas encore officiellement annoncée, cette décision a été accompagnée de l'abandon des études sur la création d'une nouvelle ligne à grande vitesse de Bayonne à la frontière avec le Gipuzkoa, la priorité pour Réseau Ferré de France de travailler sur celle existante et la recherche d'une autre traversée pour le fret.

«Depuis un mois, nous savions que Mme Alliot-Marie préparait une action contre ce projet», raconte Jean-Louis Carrère, premier vice-président du Conseil Régional d'Aquitaine chargé des Infrastructures, des Transports et de l'Intermodalité.

Arrêt du financement européen

«Et c'est un coup mortel pour la LGV», poursuit-il. «Tout le monde sait que quand on reporte quelque chose, c'est fichu. L'Etat français n'a pas d'argent pour dix LGV ; les Bretons vont passer avant nous», explique J.L. Carrère. Mais, ce qui l'inquiète le plus, c'est l'interruption du financement européen. Effectivement, le gel du projet de nouvelle voie «fait que nous n'allons pas assurer les délais et les fonds européens vont nous échapper».

Réseau Ferré de France (RFF) confirme cette crainte. «C'est sûr, les risques de perdre ce financement existent», assure Christian Maudet, chef de projet de RFF pour le tronçon Bordeaux-Hendaye de la LGV Sud-Europe-Atlantique. Cependant, il est plus nuancé que Jean-Louis Carrère, il ne s'agit pas de «l'enterrement complet du projet», selon lui.

En effet, les études sur la voie de chemin de fer existante sont poursuivies. L'avenir de ce projet dépend donc des résultats de ces études, et «des discussions entre l'Espagne et la France», précise Christian Maudet. Car, par cette décision, ce projet à dimension européenne est amputé. La LGV qui part du Portugal vers le nord de l'Europe serait interrompue une fois arrivée à Hendaye. Situation «invraisemblable» pour Jean-Louis Carrère qui compare l'action de Michèle Alliot-Marie avec de l'abus de pouvoir.

Périmètre d'étude déjà suspendu

Quoi qu'il en soit, les démarches pour définir le périmètre d'étude entre Bayonne et Hendaye étaient déjà au ralenti. Elles étaient suspendues depuis le mois d'avril, d'après Christian Maudet. «Le comité de pilotage avait arrêté tous les périmètres d'étude sauf au sud de Bayonne», explique-t-il, «car nous ne possédions pas tous les éléments pour le faire». Ainsi, il manquait de définir la desserte du Labourd.

Sujet polémique aussi bien parmi les élus que parmi les opposants à la LGV. L'élément déclencheur de ce revirement de situation est l'initiative de M. Alliot-Marie, selon le responsable de RFF, mais il n'exclut pas que l'opposition au projet ait influencé la ministre luzienne.

Risque des nationalistes

Jean-Louis Carrère voit les choses autrement : «N'est-ce pas l'opposition de Mme Alliot-Marie qui a encouragé les associations à s'opposer ?». Il explique, cependant, les arguments utilisés par les proches de la ministre de l'Intérieur : «ils soutiennent qu'il ne faut engager l'étude sur une nouvelle voie que si l'étude sur la voie existante démontre qu'elle est saturée. Mais cela revient à dix ans d'instruction ! Autant de retard cumulé !».

D'autre part, «sous le manteau, on parle de risque que l'on attribue aux nationalistes basques. Pourtant, nous avons porté ce projet avec les nationalistes modérés du PNV !», poursuit-il. «Personne ne le dit, mais l'ETA est l'argument utilisé en privé».

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