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Oui à l'euskara pour les petits

28/05/2009
Claire REVENU-JOMIER
La salle était comble mardi soir lors de la conférence de Claude Hagège. Venus écouter son discours scientifique sur les bienfaits du bilinguisme, certains fans du linguiste de renommée internationale se sont même vus refuser l'accès de la médiathèque de Biarritz faute de place.
La venue du professeur au Collège de France était organisée par le Bureau de la langue basque de la Ville et l'Office public de la langue basque dans le cadre de la promotion de l'enseignement bilingue en basque et en français dispensé dans les écoles de Biarritz.
Claude Hagège, tout sourire, arrive un peu en retard. Il expliquera un peu plus tard qu'il était à Chicago la veille et qu'il n'a pas dormi dans l'avion. Il sort de sa poche un papier plié et se lance dans un petit discours en euskara : il est heureux d'être au Pays Basque, il va essayer de démontrer les bienfaits du bilinguisme. «Mais je suis venu d'abord pour confirmer le titre d'ours blanc que j'eus il y a quelques années en février». Les rires fusent. La salle est conquise.
L'homme qui déclarait-il y a peu dans un hebdomadaire français : «On peut estimer qu'une langue régionale est sauvée lorsque les gens se disent le plus naturellement du monde des choses aussi courantes que «Je t'aime» ou «Passe-moi le sel», se veut optimiste. «Je ne vois pas de raison pour que le basque ne continue pas à perdurer pendant des millénaires puisqu'il a réussi à préserver son identité depuis des temps immémoriaux, et ce en dépit de la proximité de la France et de l'Espagne de part et d'autre des Pyrénées. Les vrais européens, ce sont les Basques au vu de leur ancienneté sur le territoire européen. L'identité basque est probablement la plus enracinée du fait de son antiquité».
Le bilinguisme à l'école
Le linguiste prône avec énergie l'apprentissage du basque dès la petite enfance et fustige de la même manière la prédominance imposée de l'anglais. «Il n'est pas vrai que l'anglais assurera ici en Pays Basque leur avenir professionnel. Alors, que vont faire les enfants de la langue basque qu'ils apprennent à l'école ?» demande-t-il. Outre les techniques mémorielles qui leur serviront dans l'acquisition d'autres langues, l'apprentissage de l'euskara fondera l'adhésion à une identité. «Ceux qui ont une langue comme identité ne peuvent faire autrement que de la cultiver».
Il préconise d'ailleurs l'apprentissage de deux et non pas d'une seule langue dès le primaire et s'emporte contre les parents qui s'inquiètent à l'idée de surcharger le cerveau de leur progéniture : «Sur quoi est fondée l'idée que les enfants vont souffrir de l'apprentissage de plusieurs langues ? Sur rien du tout !» s'écrie-t-il, debout sur la scène, faisant presque sursauter l'assemblée, ravie d'être prise à partie. «Contrairement à ce que croient ces parents, les enfants n'en apprennent pas assez. Quant à songer à abandonner l'apprentissage du basque à 11 ans, lors de l'entrée au collège, cela reviendrait à abandonner son identité. Quand on tient une langue pourvoyeuse d'identité, il faut être inconscient pour l'abandonner !».
Max Brisson, président de l'OPLB, Philippe Carrière, l'inspecteur d'académie, et Maialen Etcheverry, ajointe au maire de Biarritz chargée de la langue basque, entouraient Claude Hagège mardi soir. La ville de Biarritz travaille activement au développement des sections bilingues à l'école, en partenariat avec l'OPLB, l'Education nationale, la direction diocésaine et la fédération Seaska. La ville compte 20 % d'enfants actuellement en maternelle et en élémentaire actuellement scolarisés, contre 9 % en 2009. Biarritz a par ailleurs une politique très active pour ce qui concerne les activités périscolaires. L'école maternelle Alsace compte 21 bilingues sur un effectif global de 67 élèves. Sa continuité dans le primaire, l'école des Thermes Salins, en compte 7 sur 204, car la section vient d'ouvrir. Reptou maternelle : 58 sur 109, Reptou élémentaire : 54 sur 118. Michelet-Paul Bert : 19 sur 221. A l'école catholique Sainte-Marie, l'euskara est enseigné à 82 élèves sur 263. Enfin, 107 élèves sont scolarisés à l'ikastola de Biarritz. Selon les prévisions de l'OPLB, les effectifs seront en hausse à la prochaine rentrée scolaire.







