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L'opinion - Tribune Libre

Abertzale aux Elections européennes : faire le choix du possible

24/04/2009

Artzai Mendiboure, Iñaki Berhocoirigoin, Allande Errezarret eta Haritza Camblong

Le 7 juin prochain nous voterons pour renouveler le parlement européen, et pour AB et EA. Vient l'heure du bilan des cinq années de mandature de Gérard Onesta.

En 2004, pour la première fois, ces deux partis abertzale avaient choisi en tant que membres de R&PS (fédération de partis corses, bretons, catalans, alsaciens, occitans, savoyards et basques) de répondre favorablement à l'invitation des Verts d'intégrer leur liste, considérant qu'il s'agissait de la seule manière d'agir de manière efficace au parlement européen, aussi bien sur la problématique du Pays Basque que sur les enjeux sociaux, environnementaux, etc.

En effet le découpage des circonscriptions électorales rend impossible toute représentation des abertzale qui se présenteraient seuls, puisque le Pays Basque nord est noyé dans l'énorme circonscription du «Grand Sud Ouest».

Pour AB et EA le choix de soutenir la candidature de Gérard Onesta en 2004 pouvait être difficile, et politiquement risqué, tant les abertzale étions échaudés par les promesses non tenues des dirigeants et partis français, notamment sur la question du département par François Mitterrand en 1981, puis Lionel Jospin en 1995... Il s'agissait d'un choix d'autant plus difficile qu'une liste abertzale, exclusivement basque, se présentait au même moment «en face».

Cinq ans plus tard, force est de constater, que ce choix s'est avéré être le bon. Gérard Onesta -élu notamment grâce aux voix abertzale- a tenu toutes ses promesses. Concernant les seules affaires du Pays Basque, rappelons quelques faits marquants de son mandat :

- Soutien à l'officialisation de l'Euskara au parlement européen, officialisation approuvée malgré l'opposition farouche du PPE (Parti Populaire Européens, droite majoritaire au parlement) ;

- Dénonciation de l'illégalisation de Batasuna, ainsi que des procédures de mandat d'arrêt européen lancé par le juge Garzon contre les militants de Segi, Amaia, Haritza, et Yves ;

- Lancement du friendship, groupe de 10 députés européens dont le but était de soutenir le processus de résolution du conflit basque, et de faire reconnaître le Pays Basque en tant qu'entité politique avec le droit pour ses citoyens de décider de leur avenir. C'est à l'initiative de ce groupe qu'une déclaration de soutien au processus de paix, sera votée au parlement. On se souvient encore des pressions exercées par le PP contre ce vote, considérant que le parlement s'immisçait dans les affaires internes de l'Espagne ;

- Soutien à Euskal Herriko Laborantxa Ganbara.

Pour tous les abertzale ce bilan est largement positif... A tel point que même ceux qui ne partageaient pas le choix d'AB et d'EA en 2004, l'ont approuvé, par leurs actes, en étant les premiers à solliciter son aide et à bénéficier de son soutien.

Grâce au travail considérable qu'il a réalisé, Gérard Onesta a aussi contribué à créer une nouvelle relation de confiance entre les abertzale représentés au sein de R&PS et l'ALE (l'Alliance Libre Européenne qui forme un même groupe parlementaire avec les Verts en Europe) et le parti européen des Verts. Grâce à lui, une nouvelle collaboration est envisageable aujourd'hui.

Revendiquer une autre Europe

Pour ces élections européennes 2009, la configuration est légèrement différente, car AB et EA ont décidé d'intégrer via R&PS la coalition Europe Ecologie. À sa tête pour le «Grand Sud Ouest», José Bové, ami de longue date et compagnon de route des abertzale et Menane Oxandabaratz, représentante du mouvement abertzale d'Iparralde.

Ces élections européennes nous offrent l'occasion, dans un exercice d'ouverture et de responsabilité politique, de devenir une force ayant une implication réelle au niveau européen. Le but n'étant pas d'arriver à un consensus mou formé d'un mouvement avec lequel nous n'aurions que peu de points communs, mais vraiment de faire alliance avec nos alter ego en dehors des frontières d'Euskal Herria. C'est en tout cas le choix qu'ont fait la plupart des partis abertzale corses, bretons, catalans, occitans etc.

D'autre part, il faut prendre la réelle mesure de ces élections européennes. Il ne s'agit pas d'un scrutin local où effectivement les abertzale devons continuer à progresser d'échéance en échéance et quand cela est possible de les remporter. L'enjeu de ces élections est bien différent compte tenu de l'influence croissante des institutions européennes dans nos vies et notre quotidien.

En effet, ces dernières années d'importantes mesures de libéralisation de l'économie ont été adoptées (Bolkestein,...) et ont eu une incidence directe dans la vie de millions de gens. Bien souvent d'ailleurs, les gouvernements de tous bords justifient de cette manière les mesures impopulaires qu'ils n'ont pas eu le courage d'aborder franchement. Il est question par exemple que, dès cet été, Bruxelles annule purement et simplement la clause de sauvegarde sur le maïs OGM adopté par la France, la Grèce, et tout récemment par l'Allemagne. Ces questions nous interpellent, non seulement comme abertzale mais comme citoyens tout court.

La plupart des enjeux de ces élections dépassent nos revendications traditionnelles, car ce dont il est question lors de cette échéance, c'est la réponse à apporter à de nombreux domaines : la crise actuelle, la construction d'une Europe plus démocratique, la place des peuples dans une Europe fédérale, la nouvelle PAC, la lutte contre les OGM, la lutte contre le changement climatique, le nouveau modèle de développement soutenable pour les décennies à venir, les relations avec les pays du Sud, etc.

Si nous nous sentons réellement concernés par ces enjeux, nous abertzale ne pouvons pas déposer dans l'urne un bulletin qui n'aurait qu'une valeur symbolique. Ce serait laisser la voie libre aux forces conservatrices et néolibérales regroupées au sein du PPE, ces mêmes forces qui s'opposent à toute évolution dans la recherche d'une solution au conflit que vit depuis trop longtemps Euskal Herria, et qui sont les plus grands partisans du statu quo.

À nos yeux, les enjeux de ces élections sont trop importants pour se priver de la possibilité d'être représentés en Europe. Avoir un représentant au parlement européen c'est agir de façon efficace là où se prennent les décisions, le bilan de Gérard Onesta étant là pour nous le prouver. C'est pour ces raisons qu'AB et EA ont fait à nouveau, avec R&PS, le choix pragmatique d'assumer l'alliance avec Europe Ecologie et de faire campagne en faveur de José Bové. N'est-ce pas le meilleur moyen d'assurer une plus grande représentation de gauche et abertzale en Europe ? Le vote utile abertzale, c'est Europe Ecologie.

Bozka Bové, Bozka Menane !

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