RSS

Pays Basque découverte Lejpb-rekin batera

Ostegunero
Ljpb-rekin

Portada > Edición impresa > Sujet à la une

Sujet à la une

Il y a 40 ans ... Trois andereño et une poignée de parents avaient cru à l’aventure de Seaska

p003_01_donibane.jpg

10/04/2009

Goizeder TABERNA


2 500 élèves et 25 ikastola… qui aurait cru en 1969 que ce projet de scolarisation en langue basque allait prendre cette ampleur ? Les parents y ont cru, et avec eux, les enseignantes. Elles étaient au nombre de trois à s’impliquer alors que Seaska commençait à semer des ikastola ici et là. Libe Goñi à Arcangues, Jone Forcada à Bayonne et Marie-Kita Tambourin à Saint-Jean-de-Luz avaient fait ce rêve qui en quarante ans s’est réalisé.


Tout le monde se souvient de la première ikastola maternelle qui avait débuté ses cours dans le salon d’Argitxu Noblia, avec l’andereño (maîtresse) Libe Goñi. Ce projet avait été lancé en 1969 avec cinq élèves. Seaska avait ensuite continué à dispenser les cours à Arcangues avec l’aide de la famille Garate, comme le rappelle l’andereño.


L’année suivante, les ikastola de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz emboîtaient le pas. A Bayonne, les cours étaient dispensés au couvent de Saint-André ; à Saint-Jean-de-Luz, à la Villa Duconténia. A cette époque, ces établissements scolaires inhabituels étaient petits mais faisaient partie d’un véritable réseau. “J’emmenais souvent les six enfants dans ma voiture, à Arcangues pour rencontrer les autres élèves”, se souvient Jone Forcada.


Indifférence


Ces trois jeunes ikastola seront les premières pousses de Seaska. “Certains disaient alors qu’il fallait ouvrir quatre, cinq, six ikastola par an ! D’autres étaient plus mesurés”, se souvient Libe Goñi amusée.


Alors que dans les ikastola parents et enseignants se démenaient, à l’extérieur l’indifférence était de mise. “Les gens n’étaient pas contre ce projet, mais ils ne s’intéressaient pas”, précise l’ancienne andereño de Bayonne, se rappelant des différents changements de locaux de l’ikastola d’Hendaye qu’elle avait lancé plus tard avec trois parents d’élève.


“Borroka goxoak ziren” (c’était des luttes douces), conclut Jone Forcada alors que ses souvenirs enfouis dans sa mémoire refont surface. Elle insiste sur cette solidarité qui rassemblait les parents des ikastola. Leurs origines sociales étaient diverses : des ouvriers, des médecins, des agriculteurs, des artisans. Mais, d’après la première andereño d’Hendaye, un état d’esprit “sain” les réunissait… malgré la lourde tâche que cela représentait.


“L’idée me plaisait, mais je ne savais pas vraiment où je mettais les pieds”, explique Marie-Kita Tambourin, l’enseignante de la première ikastola de Saint-Jean-de-Luz. Tous les mois, il fallait réussir à récolter l’argent suffisant pour payer les salaires des enseignants ; les cotisations des parents et les quelques subventions des mairies ne suffisaient pas.


Alors, les parents s’arrangeaient. Ils organisaient des animations, des concerts. Ces fameux kantaldi ont eu un grand succès et ces écoles ont touché “un environnement culturel plus vaste” que celui des enfants des ikastola, comme le rappelle Marie-Kita Tambourin.


C’est ainsi, qu’est apparu le premier Olentzero du Pays Basque nord en plein milieu de la place d’Arcangues, en 1970. “Cela paraissait utopique !”, commente l’andereño de l’époque. La Marquise d’Arcangues avait prêté un âne pour l’occasion, qui avait failli mourir en route alors qu’il partait à la rencontre des enfants de l’ikastola de Bayonne. En reprenant Olentzero, Tartaro et autres Lamina, les andereño avaient dans la tête l’idée de reprendre la culture basque, “avec ses mythologies, ses chants et ses poèmes”.


“Amoureuses” de Freinet


Cependant, les ikastola n’ont pas défendu qu’une culture. “Au départ, au Pays Basque sud franquiste, nous souhaitions offrir une bonne éducation à ces enfants”, raconte Libe Goñi. Et dans les ikastola du nord, le principe a été le même. Il se trouve que ces andereño étaient “amoureuses”, comme le dit Jone Forcada, de la pédagogie de Freinet et de Montessori. Il y avait beaucoup d’échanges entre les enseignantes, elles se rencontraient tous les mercredis. C’est ainsi, et avec l’aide des parents, qu’elles ont élaboré les bases de la pédagogie des ikastola.


Elles échangeaient également leurs idées et leur pédagogie avec les enseignants de Catalogne, et bien sûr, du Pays Basque sud. L’une d’entre elles, Margarita Etchart, avait même fait un stage dans un village de Gipuzkoa, à Legorreta, avant l’ouverture de l’ikastola de Mauléon. C’étaient le moment où de nombreuses ikastola voyaient le jour. Celle de Mauléon avait été créée en 1972 avec 12 enfants, en même temps que celle d’Hasparren, Ascain et Garazi. Margarita Etchart se souvient que ses élèves, à l’exception des enfants des réfugiés, ne savaient pas le basque.


A l’époque, les familles bascophones ne transmettaient pas leur langue maternelle à leurs enfants tellement “on leur avait inculqué l’idée de la honte”, raconte Libe Goñi. “C’est grâce à cet enseignement que la langue n’a pas disparu”, affirme Marie-Kita Tambourin. Et Libe renchérit : “Il reste encore beaucoup à faire pour sauver l’euskara et les bascophones, nous avons une grande responsabilité”.

inprimatu