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Agusti Waltari bouscule la pelote traditionnelle
Suite à l’incident qui s’est produit samedi en finale du championnat élite pro individuel, Waltari est au centre de nombreuses discussions. La pelote doit-elle évoluer et changer ses règles afin de rééquilibrer la catégorie

17/03/2009
Marc DUFRECHE
Samedi soir à l'occasion de la finale élite pro individuel, le mundillo de la pelote est sorti tout retourné du trinquet Moderne. Agusti Waltari tel un extraterrestre a survolé le début de la partie quand à 22-2, son adversaire Paxkal de Ezkurra est sorti de la cancha et a frappé de rage une vitre. Résultat pour l'Urruñar : une artère touchée et une évacuation à l'hôpital de Bayonne pour une intervention chirurgicale. Waltari a été déclaré vainqueur et remporte un deuxième titre de champion de France en deux ans.
Paxkal de Ezkurra est aujourd'hui hors de danger et devrait retrouver dans quelques mois les cancha du Pays Basque. Mais son geste de dépit samedi soir a déclenché quelques réactions surprenantes au sujet de son adversaire. Agusti Waltari ne doit plus jouer dans un trinquet de verre, il doit buter de plus loin, il fait «atxiki», c'est-à-dire il contrôle la pelote du creux de la main pour la lancer... Comme tout sportif qui écrase sa catégorie, le Cubain se voit donc critiqué de toute part.
«Je ferai tout pour le garder comme il est»
Philippe Carricart, le vice-président de la Fédération Française de Pelote Basque, tient à mettre les points sur les «i» : «Waltari est unique et exceptionnel, je ferais tout pour le garder comme il est. Je ne suis pas de ceux qui remettent en question son jeu et je ne pense pas qu'il fait atxiki lorsqu'il frappe la pelote. Waltari est très bon, les joueurs d'ici doivent être capables d'élever leur niveau de jeu et de relever le défi».
Carricart vient donc au soutien du pilotari cubain, mais il ne cache pas qu'à la fédération on «réfléchit à des idées» pour rééquilibrer les débats. «Mais attention, on ne va pas le pénaliser, lui mettre des poids dans les poches...»
Une évolution consisterait notamment à faire jouer la finale élite pro individuel dans un trinquet traditionnel. Une cancha a priori moins favorable à la puissance de Waltari. Il est vrai qu'aujourd'hui on ne voit pas quel pilotari de la catégorie élite pro pourrait ramener toute une partie un but allant de 120 à 130 km/h. «D'autant plus que maintenant Waltari varie son engagement, ce qui rend encore plus difficile le retour», précise Carricart.
En émettant l'idée de déplacer la finale du tête à tête dans un trinquet traditionnel, le vice-président de la FFPB souhaite par-dessus tout offrir plus de spectacle au public. Samedi soir, il n'y avait aucun échange entre les deux finalistes. Le score marquait 22-2 alors que cela faisait seulement 14 minutes qu'Ezkurra avait engagé la partie. Jean-Michel Idiart, le président du circuit EPB (Elite Pelote Basque) dans lequel évolue Waltari toute l'année, est en accord avec Philippe Carricart, sur le fait de changer des règles de la pelote, «à condition bien évidemment que le seul objectif soit l'offre d'un meilleur spectacle au public.»
Jean-Michel Idiart va même un peu plus loin que le représentant fédéral : «le tennis a fait évoluer ses règles lorsque cela a été nécessaire, le rugby aussi, pourquoi pas la pelote. Peut-être faut-il penser à faire un tour de table avec tous les acteurs. Réfléchir sur des modifications comme le fait Philippe Carricart va de toute façon dans le bon sens.» A ce sujet, Agusti Waltari a aussi son mot à dire et il ne s'oppose pas aux propositions. «Aller jouer dans un trinquet traditionnel... pourquoi pas, j'ai aussi gagné dans tous ces trinquets traditionnels comme par exemple dans ce championnat de France face à Kurutcharry au Garat».
Waltari dérange
Ce qui dérange un peu plus le Cubain, c'est plutôt le comportement de certaines personnes à son égard. Comme cette dame le repoussant véhément samedi soir alors qu'il veut prendre des nouvelles auprès de son adversaire allongé sur le sol, le réconforter. Waltari ne comprend pas bien ce genre de geste. «Quand je joue, les trinquets sont pleins. C'est comme si Habana au rugby venait au Biarritz Olympique, tout le monde viendrait le voir jouer».
Jean-Michel Idiart qui est très proche de Waltari, sait que le Cubain est de temps en temps jugé pour de mauvaises raisons. «On doit faire preuve d'ouverture d'esprit au Pays Basque», dit-il, tout en précisant que Waltari «est très bien intégré aujourd'hui dans le groupe des pilotari de l'élite pro».
«Une chance pour la pelote»
Quoi qu'il en soit le phénomène Waltari n'est juste qu'un énième exemple du sportif qui gagne tout et qui agace par sa supériorité. Ajouté à cela qu'il n'est pas d'ici, du Pays Basque, et cela complique l'équation. Il est aujourd'hui tout simplement meilleur et il est sans doute parti pour régner sur le tête à tête pendant de longues années. Du tête à tête seulement, car pour ce qui est des compétitions par équipe, Waltari est plus vulnérable. «Il a encore beaucoup à apprendre pour être un pilotari complet et très performant en équipe», explique Jean-Michel Idiart. Le président de l'Epb a qui on laisse la conclusion de cette histoire : «Waltari c'est une chance pour la pelote».
Cela fait 14 minutes que le jeu a débuté. Mené 22-2, Paxkal de Ezkurra sort de la cancha. Impuissant face au Cubain, l'Urruñar sort de la cancha et de rage frappe dans la vitre d'une porte d'entrée au trinquet. Sur le coup il se coupe une artère située dans l'avant du bras droit. Par la suite, il perd beaucoup de sang. Un médecin présent dans l'assistance prend en charge les premiers soins avant que les pompiers arrivent suivis du Samu qui évacuera Ezkurra à l'hôpital quarante minutes après l'incident. L'Urruñar est ensuite opéré par le docteur Rezzouk qui travaille au service spécialisé de la main du centre hospitalier de Bayonne. Cela fait trois ans que ce centre existe sur la Côte basque. Auparavant les patients comme Paxkal de Ezkurra étaient transférés à Bordeaux ou Toulouse. Joint par téléphone hier, le docteur Rezzouk tenu au secret médical n'a pas voulu communiquer sur la gravité de la blessure du pilotari. Le chirurgien a juste précisé que «l'intervention s'était bien déroulée et aujourd'hui Paxkal de Ezkurra va bien.»







