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Sujet à la une

Vente directe : sanction, solution ou changement de consommation?

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27/02/2009

Sébastien VAÏSSE

Crise économique, inflation, baisse du pouvoir d'achat ou simple adhésion à l'idéologie décroissante... Les modes de consommation seraient-ils en pleine mutation ? C'est du moins la question que l'on peut se poser face à un phénomène qui, bien loin de faire l'unanimité chez les professionnels des secteurs qu'il touche, prend de l'ampleur : la vente directe.

Alors que les bouchers du Pays Basque dénoncent depuis plusieurs semaines «certains agissements qualifiés de concurrence déloyale», que le système des AMAP se développe et qu'à l'image d'Idoki qui prône les circuits courts de proximité, la petite production gagne du terrain, la vente directe touche maintenant un autre secteur, celui de la pêche. Les pêcheurs de la Côte basque ont en effet décidé d'ouvrir leur cale directement aux consommateurs.

La crise du poisson

«On nous explique que c'est la crise, qu'il faut respecter les quotas, que le poisson se vend moins, mais quand on voit que la sole est à 30 euros/kg dans les grandes surfaces, on ne comprend pas» tonne Patrick Lespielle, pêcheur luzien. Il faut dire que si l'année dernière, les pêcheurs basques pouvaient négocier avec les mareyeurs (grossistes) la sole autour de 12 euros/kg, on est passé aujourd'hui sous la barre symbolique des 10 euros : «Je n'ai jamais vendu à ce prix-là» poursuit Patrick Lespielle. «ça fait douze jours qu'on n'a pas vu la maison, tout ça pour s'entendre dire : la sole à 7 euros». Un mécontentement, une incompréhension et un décalage de prix qui justifient la vente directe, d'autant que l'opération lancée il y a quelques jours par les pêcheurs semble plutôt bien fonctionner : «De la sole fraîche à 12 euros/kg, ça fait plaisir et ça redonne envie de manger du poisson» sourit une bayonnaise venue s'initier aux joies de ce nouveau commerce.

Alors, à qui la faute ? Et comment expliquer ce décalage ? De l'avis de certains pêcheurs, les mareyeurs ne seraient totalement innocents dans cette affaire. Pourtant, lorsqu'on les interroge, la réponse est claire : «on n'a aucune activité, très peu de ventes». Une situation qui expliquerait donc la baisse du prix d'achat. Il n'empêche qu'au final, sur l'étalage, le poisson relève presque du produit de luxe...

Viande foraine

Un phénomène qui n'épargne pas non plus le secteur de la viande au grand dam du Syndicat de la boucherie et de la charcuterie des Pyrénées-Atlantiques qui a adressé une lettre au député-maire de Bayonne, Jean Grenet, pour dénoncer les agissements de «beaucoup d'agriculteurs, développant la vente de viande au détail, qui ne se sentent plus concernés par la réglementation régissant le métier de boucher». En fait, les bouchers du Pays Basque, qui ne reprochent cependant pas aux «agriculteurs de commercialiser de la viande» mais plutôt de ne pas «être sur la même ligne de départ», s'interrogent quant à la «légitimité d'utiliser des structures à vocation ou à délégation de service public, à des fins commerciales privés» et invite donc le législateur «à se saisir du problème et à le régler de la manière la plus cordiale qui soit».

Du côté de l'abattoir public de Saint-Jean-Pied-de-Port, si on reconnaît le manque de réglementation en matière de vente directe notamment en ce qui concerne les abattages sauvages, on avoue cependant comprendre l'action des producteurs qui face à l'arrivée massive de viande foraine dans les grosses structures locales comme Arcadie, Pedavia (entre 60 et 70 % des viandes commercialisées dans le département proviennent d'Allemagne, de Pologne...), ont imaginé la solution de la vente directe. Pour l'association des producteurs fermiers du Pays Basque, qui compte aujourd'hui 200 adhérents dont 85 sont engagés dans la démarche de qualité IDOKI, «la production fermière permet de dégager de la valeur ajoutée, même sur les petites fermes à condition de maîtriser son produit de la production à la commercialisation. C'est vital». Des consommateurs qui sont aussi plus exigeants sur l'origine des produits qu'ils ont dans leurs assiettes : «le consommateur veut avoir des garanties quant à la qualité de la viande, à son origine et aux modes de production, l'engagement du producteur dans une démarche de qualité est donc primordial» expliquait hier matin, l'association des producteurs fermiers du Pays Basque.

Une chose est sûre, toutes ces démarches séduisent de plus en plus. Alors changement des habitudes de consommation ou mécontentement des producteurs, premier maillon de cette longue chaîne alimentaire ? Sans doute un peu des deux.

Être décroissant, c'est quoi ?

Le concept de décroissance est utilisé pour contester l'idée selon laquelle la croissance économique initiée à la révolution industrielle pourrait être durable, en raison notamment de la raréfaction des ressources naturelles et des dommages sur l'environnement. Un concept qui repose sur le constat que les indicateurs économiques tels que le PIB n'évaluent pas le coût environnemental de l'exploitation des ressources naturelles, et ne prennent pas en compte la finitude des quantités de ressources non renouvelables (pétrole, minerais). Concrètement, c'est consommer moins, produire moins, pour mieux vivre !

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