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Culture

Décès du sculpteur basque Jesus Echevarria à Cambo à l'âge de 93 ans

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06/02/2009

Né le 1er janvier 1916 à Barambio, un village rural d'Araba, à mi-chemin entre Bilbo et Gasteiz, Jesús Echevarria est happé dès ses vingt ans par la guerre civile d'Espagne qui le voit combattre dans le bataillon basque Araba aux côtés des républicains. Capturé en 1937 à Santoña, il est incarcéré dans les geôles franquistes. Libéré en août 1944, il s'exile en France, à Cambo où il épouse bientôt Marie-Hélène «Maialen» Castigar qui deviendra sa muse.

«Le père de Jesús s'était établi au Bas-Cambo avec son épouse, sa fille et quelques réfugiés» raconte Maialen Echevarria. «Nous lisions beaucoup ensemble et nous parlions d'art, et c'est alors que surgissait chez Jesús le besoin d'exprimer son émerveillement dans le bois ou la pierre...»

Une formation autodidacte

Fils et petit-fils de tailleurs de pierre, Jesús Echevarria effectue à son tour un stage chez un tailleur de pierre à Caudéran. «Il a toujours dit que son père donnait une âme à tout ce qu'il façonnait» poursuit Maialen.

Le sculpteur suit sa femme, professeur d'espagnol, au gré de ses nominations : à Oloron (1 952), Montpellier (1 953), à Périgueux en 1954, et définitivement à Cambo à partir de 1964. Les années de souffrance en Espagne, les pérégrinations dans le Sud-Ouest de la France, où il compare l'art roman continental avec celui de son enfance, l'ont aidé à aiguiser son regard. «En Dordogne, nous étions vraiment coupés du monde artistique» explique son épouse. «Jesús a travaillé seul, loin des grands mouvements, des courants et des modes. En une quarantaine d'années, il a parcouru les grandes étapes de la sculpture, de l'imagerie à l'abstraction, de la matière à l'immatériel.»

Sa sensibilité musicale est formée dès sa prime jeunesse au contact de son oncle José Uruñela, compositeur et pianiste de talent, ami de Ravel, qui passe ses étés dans la maison familiale des Echevarria. L'imagination nourrie d'impressions plastiques et de mélodies, le sculpteur fait naître sous le ciseau des formes imprévues dans le bois et dans la pierre. L'inspiration est parfois classique, égyptienne (il s'enthousiasme pour l'art égyptien lors d'un passage au Louvre) mais plus souvent elle exprime un lyrisme original qui n'appartient qu'à lui. «La musique a été pour lui une grande source d'inspiration» affirme Maialen Echevarria. «Il était notamment fasciné par Bach, mais aussi par Stravinski, Debussy, Ravel, Falla ou Boulez C'est ainsi que sont nés les onze pièces de «Sacre du Printemps» et «L'oiseau de Feu»». Également passionné d'histoire médiévale, il s'inspire du passé pour créer les onze pièces du Cantar de Mío Cid et un nombre impressionnant de personnages sculptés : «Le changeur du Moyen Âge», «Le forgeron forgeant Durandal», «L'alchimiste», «Thérèse d'Avila écrivant le livre de sa vie», «Guzman el Bueno», «El domine Cabra», «la reine Margot», «Tristan et Yseult»...

De la matière à la lumière

Toujours grâce à la littérature, mais inspirés par Lorca cette fois, citons «La monja gitana», «El romance de la pena negra»... En même temps, parfois avec un clin d'oeil à l'enfance sont nés les «Maternités», «La femme au marché»...

La renommée de Jesús Echevarria dépasse rapidement le cercle de Cambo. André Maurois lui décerne le Prix de la Critique d'Art en 1966. Philippe Comte, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Pau où il l'expose, obtient que son oeuvre représente le Sud-Ouest lors d'une grande manifestation organisée au Centre Pompidou en 1979. Jesús Echevarria n'appartient à aucun mouvement, mais il croise le grand sculpteur guipuzcoan Jorge Oteiza (1908-2003) qui l'incite à faire partie du groupe Orain, («Maintenant»), réunissant les artistes d'Araba, sa province natale. À ce titre, il participe au printemps 2005 à la grande exposition rétrospective du groupe (Orain Taldea 5+1) à Vitoria-Gasteiz. Toujours modeste, Echevarria fuit les journalistes et les mondanités. Il réalise de nombreuses commandes publiques mais préfère travailler sans relâche dans son atelier, cherchant la lumière au coeur de la matière.

«Après avoir travaillé les matières pleines, Jesús a été obsédé, hanté par la lumière durant les quinze dernières années de sa vie» conclut Maialen Echevarria. «Le culte du volume compact a cédé la place aux spirales qui sont autant de pièges à lumière, comme dans la stèle `Matière et lumière de pierre creusée en son milieu' ou dans `Le château intérieur'. Le plus triste est que la maladie l'a touché alors qu'il arrivait au bout de ce cheminement artistique. Je vais consacrer les années qu'il me reste à vivre à répertorier et à promouvoir son oeuvre...»

MaiAlen Echevarria
Épouse, MUSE

«En une quarantaine d'années, il a parcouru les grandes étapes de la sculpture, de l'imagerie à l'abstraction, de la matière à l'immatériel»

Le sentiment profond de la lumière

“La force, la force totale, celle qui partant de l’âme irrigue tout dans l’être et passe des mains de Jesús à la matière, faisant de l’arbre un grand discours.
Tous ceux qui ont eu la chance de voir une œuvre de Jesus Etxeberria ont certainement ressenti cette énergie vitale.
Mille et mille fois lever la hache pour frapper juste et faire jaillir le sentiment profond jusqu’à la lumière.
À Cambo vivait un grand poète. Tant pis pour ceux qui ne l’apprennent qu’aujourd’hui.”
Zigor

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