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Culture

Les plus vieilles inscriptions en basque sont clairement fausses

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22/11/2008

Jean Sébastien Mora

Une équipe pluridisciplinaire a rendu ses conclusions sur la véracité archéologique des pièces découvertes dans le Gisement de Lurmen en Araba.

L'équipe de recherche archéologique d'Eliseo Gil prétendait avoir mis à jour ces pièces en 2005, contenant des inscriptions en basque et latin. Elles étaient datées entre les siècles III et V et auraient constitué la plus vieille trace écrite en langue basque, bien antérieure à celle attestée comme la plus ancienne : les écrits du monasterio de San Millán à La Rioja sous forme de petites annotations de traduction au siècle XI.

Les graffitis en basque, les représentations chrétiennes et les hiéroglyphes retrouvés dans le gisement de Iruna-Veleia seraient donc faux. Ces pièces avaient été considérées et présentées au grand public comme les plus vieilles traces écrites en langue basque jamais recueillies.

Au tout début des révélations, la commission du ministère de la Culture était certaine qu'il s'agissait de pièces falsifiées. Mais la récupération politique et l'ampleur de la nouvelle dans les médias avaient renforcé l'idée d'une authenticité potentielle.

Réaction immédiate

Comme première conséquence, la députation révoque le permis d'occupation et de fouilles à Lurmen, actuellement dirigé par Eliseo Gil qui avait soutenu la validité des trouvailles. La députation prendra le contrôle du gisement.

Cinq membres de la commission scientifique pluridisciplinaire de recherche ont dévoilé leurs analyses archéologiques, épigraphiques, linguistiques au sujet des «sorprendentes hallazgos» (surprenant trouvailles). Ils ont également mis en évidence certains points problématiques de la gestion du gisement par l'actuelle équipe.

En ce qui concerne le caractère archéologique des découvertes, le professeur Julio Nunez de la UPV a expliqué qu'il ne pouvait valider la méthodologie de fouilles et n'est pas d'accord avec la démarche scientifique utilisée pour la découverte des reliques. Les relations entre les croix ne peuvent être contemporaines, pour le concept iconographique symbolisé. Les robes que les femmes portent sont incohérentes avec les données des chercheurs sur l'époque romaine, mais aussi la présence d'une sirène avec une queue de poisson. L'apparition de la sirène dans les croyances populaires n'est datée que du Moyen âge.

Un langage erroné

L'usage du langage est, sans aucun doute, la donnée la plus claire permettant d'écarter ces hypothèses d'une origine datant des siècles III jusqu'à V. Il y a des mots qui ont une origine plus espagnole que latine, a affirmé le chercheur de l'UPV.

Les interventions des directeurs de recherches, le linguistique Joaquín Gorrotxategi, et le philologue basque, Joseba Lakarra, n'ont laissé aucun doute sur la véracité éventuelle de ces inscriptions. «Il existe des preuves évidentes de son caractère factice, que personne n'aurait dû prendre au sérieux». Ils ont également insisté sur les mesures qu'il faudra prendre pour que «ce type d'événements ne se reproduise plus».

Les inscriptions en basque ne correspondent ni au troisième siècle, «ni à aucune autre époque d'ailleurs». Lakarra termine en insistant sur le fait que l'usage du terme «lagun» plutôt que «adiskide» ou l'emprunt au gascon qui a donné le mot basque «polita» sont totalement contradictoires avec la datation éventuelle aux siècles III et V.

Juan Santos, professeur de l'Histoire antique à l'UPV, a de son côté, mis en valeur que les traits des inscriptions sur certaines pièces s'arrêtent avant la cassure. «Pourtant si on unissait les pièces, les traits devraient être continus comme à l'origine des inscriptions». Ceci prouve que les pièces ont été inscrites secondairement et étaient vierges à l'origine.

Un latin aussi factice

L'usage du latin erroné fut une des preuves supplémentaires. Par exemple, l'inscription «cuore», mot italien actuel qui provient en fait du latin «Cor, Cordis». Et les exemples furent abondants. L'utilisation du «j», qui n'est qu'un prolongement tardif du «i» était une des autres preuves flagrantes. La double flèche au centre de la seconde pièce, résulte de l'évolution récente des signes.

Juan Manuel Madariaga fut chargé d'expliquer ses recherches en chimie analytique.

Ses conclusions ont montré qu'il y avait une discontinuité spectrale. Il a pu mettre en valeur que «bien que les pièces datent de l'époque romaine et sont authentiques, les inscriptions sont beaucoup plus récentes.»

Gil sans argument

De son côté, Eliseo Gil a soutenu hier que «la commission de scientifiques se base uniquement sur des opinions». Il n'a pas souhaité cependant débattre sur les arguments présentés par les différents chercheurs, ni apporter un argumentaire scientifique qui atteste l'origine ancienne des découvertes de son équipe. Une attitude que le linguiste Joaquin Gorrotxategi a jugée de «lamentable», «il n'a pas présenté d'explications historiques pour sa défense».

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