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Sujet ŕ la une

Avant de tourner la page des terrains de Fertiladour

L’usine Fertiladour à Boucau gère l’opération de réhabilitation du site pollué en 1997, sous le regard de l’Etat et avec deux règles incontournables

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29/10/2008

 

Les hautes instances ou les instances locales qui auront suivi, à différents niveaux d’implication, le cas de la pollution radioactive de cette usine Fertiladour du Boucau auront toutes été guidées par les deux mêmes préoccupations : d’une part vérifier que l’avenir du site n’est pas affecté durablement et que sa valorisation future, assujettie à des servitudes acceptables, ne pose ni un problème pour l’environnement, ni un problème pour la population locale ; d’autre part de vérifier que les injonctions qui ont été formulées pour gérer ce cas de terres de monazite riches contaminées par du thorium (élément radioactif d’une durée de vie de 14 milliards d’années) ont été respectées par l’exploitant du site, M. Capdepuy.

Présent depuis le début des années 70 sur l’exploitation (autrefois sous le nom du groupe RENO), il a été la personne référente du dossier, en tant que directeur d’exploitation responsable du broyage de cette terre radioactive “naturelle” - comme il le souligne systématiquement -, et d’autre part comme chargé des travaux d’assainissement suivant les injonctions préfectorales du 20 avril 2000.

Réglé depuis 2002
Pour l’exploitant en question, “le problème est réglé depuis 2002”, c’est-à-dire depuis l’excavation des terres les plus contaminées (jusqu’à 350 fois la radioactivité naturelle) et leur confinement à l’intérieur de l’usine (voir photo ci-contre), le démantèlement de la structure de broyage qui aura traité 50 000 tonnes de monazite de 1973 à 1992, et la gestion - laissée à son estimation - des risques liés à la zone d’où ont été extraites ces terres problématiques, soit un volume de 11,000 m3. En 2004, le site Internet de l’ANDRA peut donc publier une note de “Source RENO” détaillant 298,4 m3 de terres “à Très Faible Activité radioactive” et 13,6 m3 de terres “à Moyenne Activité radioactive”. Soit plus de 300 m3 de terres sur lesquels une surveillance stricte s’impose.
Comme on l’admet à la Mairie de Boucau qui envisage d’acheter les terrains, “on n’atteindra jamais une “pollution zéro” et cette zone devra donc être reliée à des servitudes”.

L’option choisie par l’exploitant, et validée par les services de la DRIRE, sous forme de couche de graviers recouverte de bitume servira probablement de parkings pour le futur locataire du site. Une solution totalement légale et validée par tous les organismes de l’Etat, à l’exception du Président de la CRII-RAd (organisme indépendant de surveillance nucléaire).

Enterrer les problèmes
Par l’intermédiaire de son Président, Roland Desbordes, critique une méthode comparée à “une crotte de chat” : “On enterre les problèmes au lieu de les traiter, renvoyant à la collectivité le soin de gérer dans les prochaines décennies le problème d’un sol qui est loin d’être neutre sur le plan sanitaire. Des parkings, mais alors sans lampadaires, on est d’accord ? Parce qu’il ne faudra pas faire un seul trou là-dedans avant longtemps !”.

A Bayonne, M. Amiel, inspecteur de la DRIRE reconnaît effectivement qu’il faudra interdire tout forage ou fondations sur cette zone, qui ne fut délimitée pendant onze ans que par un fil de fer tendu entre des piquets et orné de quelques maillons en plastique rouge et blanc. “D’un côté du fil, je ne risque rien ; de l’autre, je suis en danger sur des terres au moins 35 fois plus radioactives que le sol ordinaire”, s’en amuse Victor Pachon du CADE.

Quant à la zone de confinement des terres extraites, actuellement au cœur de l’usine, M. Amiel précise qu’il faudra également la décrire en “zone stérile”, c’est-à-dire “probablement impropre à toute activité”. Conjuguée à l’enlèvement des big-bags contaminées, l’étude sanitaire devrait donc en tout état de cause conduire à la conclusion d’un impact acceptable sur l’environnement, et se traduire par une autorisation de cessation d’activité.

Les big-bags contaminés
Par téléphone, M. Capdepuy précisait la semaine dernière qu’ils étaient en voie de transfert “une partie vers un site approprié, et une autre partie vers l’ANDRA” en ce qui concerne les plus contaminés.

Une surprise pour l’ANDRA, qui n’a reçu aucune demande officielle du Boucau et qui, par ailleurs, n’a plus aucun contact administratif avec Fertiladour depuis le 28 juillet 2005 et sa demande de classification concrète des déchets. “Nous ne savons toujours pas ce qu’il y a à Boucau et dans quelles quantités exactes, la note de 2004 ayant été rédigée par l’exploitant lui-même”, précise Valérie Renauld, à la Direction de la communication et des affaires internationales de l’ANDRA, pas plus qu’elle n’a jamais su exactement le contenu précis de ces 298,4 m3 de terres “à Très faible Activité”.

Depuis 2003, l’ANDRA a créé des structures de stockage de ces TFA, encore insuffisantes pour accueillir la totalité de ces déchets, par ailleurs pris très au sérieux par cet organisme. Latitude est donc laissée aux exploitants de garder sur leurs sites les big-bags, sous couvert de protection très stricte de l’environnement et des personnes, et, depuis 2006, de concevoir leur transfert vers des décharges industrielles dites “de déchets ultimes”.

Des procédures “originales”
La société Fertiladour a fait le choix suivant : “c’est l’exploitant de Boucau qui, il y a quelques jours, nous a répondu qu’il avait choisi une filiale du groupe Suez pour traiter la majorité des big-bags vers Paris. Il s’appuie sur une directive ministérielle de 2006, et pour l’expert qui l’a contacté, c’est un peu une première dans un cas comme celui-ci”.

Une solution qui semble avoir un premier avantage : l’ANDRA facture près de 1 000 euros le mètre cube de terre à stocker, lorsqu’une décharge industrielle facture 25 fois moins la même quantité. Sur 300 m3, la différence est substantielle.

Pour la DRIRE de Pau, “l’argument économique existe mais il est aussi vrai que l’ANDRA, au-delà de ses coûts parfois rédhibitoires, a de vrais problèmes d’accueil de déchets. Et par ailleurs, ce choix de prestataire est effectivement légal depuis 2006”, y souligne-t-on.
Une opération légale de plus pour l’assainissement du site, qui présente également un deuxième avantage : celle d’échapper à la surveillance publique en traitant avec une société privée : l’ANDRA ne verra donc jamais passer ces 373 big-bags de 0,8 m3 déclarés par l’exploitant, “effectivement confinés dans cet espace cerclé de parois de béton”, confirme l’inspecteur DRIRE de la zone portuaire de Bayonne. Un espace que l’on peut estimer à un rectangle de 10 à 12 mètres de long, sur environ 5 à 6 mètres de large. Soit au maximum, une surface de 72 mètres carrés. Pour y faire contenir les 312 mètres cubes de terres contaminées déclarées par l’exploitant à l’Agence nationale des déchets radioactifs en 2004, il faudrait donc observer un empilement de ces big-bags sur une hauteur de 4,33 m, ce qui, sur la photo ou sur la vidéo que l’on peut voir sur le site de Eitb, ne correspond pas du tout visuellement.
A peine peut-on estimer à 1,50 m la hauteur moyenne d’empilement des big-bags. Soit une quantité d’environ 100 mètres cubes de terres, et donc, le tiers des quantités déclarées officiellement. Une surprise ressentie effectivement par M. Boulaigue à la DRIRE de Pau.

Bordereau de départ
Le transfert de ces big-bags ayant été effectué ou étant sur le point de l’être, leur bordereau de départ permettra donc de trancher de façon définitive sur la question qui se pose ici.
Première hypothèse : les 300 mètres cubes sont bien au départ de l’usine Fertiladour et en ce cas, M. Capdepuy pourra renvoyer par droit de réponse dans ces colonnes son sentiment très mitigé envers des investigations pseudo-journalistiques bâclées et fantasmagoriques.

Deuxième hypothèse : la quantité de terre est très sensiblement inférieure et, à ce moment-là, cela signifierait qu’elles n’ont jamais été excavées ; qu’elles sont encore dans le sol dit “faiblement contaminé”, dissimulées parmi les 11 000 mètres cube de terre autour des bâtiments, qu’un voile de gravier et de bitume protège des regards trop curieux ; qu’une déclaration inexacte a été rendue à l’ANDRA ; et que les injonctions préfectorales n’ont pas été observées.

Dans les deux cas, cette pièce justificative permettra de clore définitivement localement un dossier public, celui des déchets à Très Faible Activité de Fertiladour, qu’aucun des interlocuteurs concernés n’aura pu minimiser.

garbisu_ramuntxo@eitb.com

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