Pays Basque
St-Jean-de-Luz et Mauléon: les hôpitaux publics menacés
A Saint-Jean-de-Luz, l’hôpital a présenté deux projets de “pôles d’excellence” alors qu’un permis de construire a été déposé sur le site d’Udazkena pour un projet privé

25/10/2008
Yann Emmanuel
La Réforme Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) portée par la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot sera présentée au Parlement en janvier 2009, mais d'ores et déjà la tendance à la «mutualisation» et à la «régionalisation» soulève des craintes en Pays Basque nord sur la pérennité du système de santé public de proximité. C'est le cas à Mauleon, (voir après), mais aussi à St-Jean-de-Luz où les élus communistes font part de la construction d'un établissement privé au sein de l'hôpital public Udazkena et de l'installation du privé sur le site de l'ancienne maternité.
Un permis déposé à Udazkena
A St-Jean-de-Luz, le conseil d'administration de l'hôpital Côte Basque, en accord avec la DRH (Direction régionale de l'hospitalisation) a présenté deux projets créant des «pôles d'excellence».
D'après Yvette Debarbieux, élue communiste, un médecin privé aurait déposé en son nom un permis de construire pour réaliser un bâtiment de 20 chambres à orientation diététique, avec le but d'y accueillir des malades suite à une intervention chirurgicale, sur le magnifique site d'Udazkena, non loin des plages, dont la donation du terrain à la commune spécifiait que le site devait rester dans le giron public.
L'autre pôle créerait un service de neurochirurgie public/privé à l'ancienne maternité. Les locaux seraient publics, l'activité privée. D'après l'élue luzienne, la Direction Régionale de l'Hospitalisation, considérant qu'il y a suffisamment de lits «longs séjours» en Pays Basque, transférerait une partie de l'activité sise à Cambo sur Libourne, pendant que le secteur privé de Cambo viendrait à St-Jean-de-Luz.
Absence de structures publiques
Yvette Debarbieux et avec elle Pierre Batby, secrétaire de la section du PCF St Jean/Hendaye, et Dominique Mélé, élu de gauche à Urrugne constatent, qu'au niveau du bassin de la Communauté des Communes Sud Pays Basque, il ne reste plus aucune structure de soins publics. Un projet qui d'après eux, irait à contresens d'une médecine de proximité «dont ont besoin les Luziens et les habitants du bassin». Avec la tarification à l'acte, le groupe de gauche fait part de ses craintes de voir l'hôpital centré sur une activité rentable, ce qui délaisserait les soins de proximité.
Et de lister le déménagement en juin 2008, du laboratoire vers Bayonne, la fermeture de la maternité, du service des urgences «obligeant à se recentrer sur l'accueil des personnes âgées». Yvette Debarbieux propose de créer deux accueils de jour pour les malades atteints d'Alzeihmer et un autre pour les personnes âgées.
Vers l'ARH
Les communistes s'opposent à ce qu'ils considèrent comme «une privatisation et une marchandisation» du système de soins public, qui va «au nom de la mutualisation» transférer des compétences jusque-là détenues par les DDASS et les DRASSS ou les CRAM (Caisse régionale de l'assurance-maladie) vers les ARH (Agences régionales d'hospitalisation) qui auraient «les pleins pouvoirs». «Sarkozy fait le choix des profits contre la santé» souligne Pierre Batby.
Voulant «garder le peu de foncier public» restant encore à St-Jean-de-Luz et regrettant «le manque d'ambitions et de projets» sur la santé publique, ils demandent au Conseil municipal de mesurer «les conséquences néfastes pour l'avenir de ce projet» et d'agir «pour le retirer».
A Mauléon, c'est le Rapport Larcher (qui a jeté les bases de la loi HPST), qui inquiète le personnel de l'Hôpital, le premier employeur mauléonnais, avec 140 salariés. 35 lits de long séjour (sur les 180 lits) devraient être réaffectés vers l'Etablissement d'Hébergement des Personnes Agées Dépendantes (EHPAD).
Annie Moustrou, aide-soignante, responsable de la CGT, ne cache pas ses inquiétudes, car le ratio soignant/usager n'est pas le même dans ce cas-là. Le budget des EHPAD dépend en partie du Conseil général.
Les salariés ont rencontré la DDASS qui leur a assuré que le budget allait être pérenne. Une affirmation démentie par le maire de Mauléon et président du conseil d'administration de l'hôpital, Mixel Etxebeste, sur les ondes de France Bleu annonçant «qu'il ne croyait pas au budget pérenne». Sur les mêmes ondes la direction de l'hôpital disait «qu'a priori» les salariés se trompaient. Un «a priori» qui ne les a pas rassurés.
Le syndicat fait maintenant appel aux collectivités souletines et récolte des motions.
La prochaine échéance est en novembre, lors du conseil d'administration, qui pourrait être amené à voter sur le transfert ou le maintien de ces 35 lits long séjour.





