Culture
Une culture ŕ deux vitesses

11/10/2008
Jean Sébastien Mora
La commission permanente du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques vient d'annoncer un financement à hauteur de 614 940 euros pour les structures culturelles du département. Une dizaine d'opérateurs culturels départementaux bénéficie de ces aides au titre de pôles ressources : Access, Ampli et Agora à Billère, Atabal, Biarritz Culture et le centre de Chorégraphique national à Biarritz, les Abattoirs et les Espaces pluriels à Pau et l'Institut Culturel Basque à Ustaritz.
Une aide qui ne provoque ni l'enthousiasme des bénéficiaires, encore moins la satisfaction de ceux qui restent à la marge de cette dernière.
Parmi les nombreuses structures laissées pour compte, Hebentik en Soule et A tant rêver du roi (ATRDR atrdr.net) à Pau.
ATRDR est un collectif de musicien palois. La structure gère un local de répétition dans lequel sont également organisés des concerts pour les adhérents et des répétitions "publiques" .
Pourtant, malgré le côté «underground» dû à l'absence de moyen, le collectif ATRDR est très prolifique, il s'est constitué en Label et assure l'enregistrement, la production et la diffusion d'une vingtaine de groupes musicaux aux styles variés. Ce collectif est entièrement tenu par des bénévoles en auto-financement et ne reçoit aucunes aides. .
Non loin de là, «l'Ampli», pôle ressource culturel du Conseil général, bénéficie de moyens sans comparaisons. «Il y a vraiment un gros décalage, entre l'offre proposée par l'Ampli et les moyens qui sont à leurs dispositions. L'Ampli a 8 permanents salariés, notre collectif ne fonctionne qu'avec des bénévoles, pourtant nous avons une fréquence de concerts assez régulière et plusieurs groupe en accompagnement» confie Stéphane, bénévole pour ATRDR. «Nous faisons également un gros travail de booking, cette année nous avons également trouvé 150 dates de concerts en France ou à l'étranger pour les groupes, un travail qui est peu réalisé par l'Ampli».
Selon la définition du Conseil général, un pôle ressources doit accompagner les acteurs culturels et aider certaines structures à voir le jour. «Sans vouloir critiquer ouvertement l'Ampli, son fonctionnement n'est pas adapté aux groupes "en dévellopement", les possibilités de répétition de leurs locaux sont inadaptées, deux heures pour répéter montage et démontage compris c'est vraiment trop court pour un groupe qui veut franchir des paliers et évoluer».
Sans argent pas de diffusion
Le collectif ATRDR aspire à plus de reconnaissance : «Sur la région, il y a vraiment une scène Rock riche, originale et créatrice, mais nous n'arrivons pas à émerger au niveau national, faute de moyen de diffusion. Nous essayons actuellement sensibiliser les acteurs politiques vers le haut mais ce n'est pas facile, une association, sans un élu ou un technicien haut placé à ses côtés pour défendre son projet, n'a aucune chance de recevoir des fonds publics.»
Une autre structure culturelle très active et complètement à la marge des financements publics, le collectif Hebentik en Soule. Le collectif ne reçoit aucune aide du département en ce qui concerne les activités culturelles, seuls 1 500 euros sont reversés dans le cadre du soutien à la langue basque.
Artistes oubliés
«Pourtant ces trois dernières années, ce sont plusieurs dizaines de créations qui ont vu le jour dans des champs divers et des champs tout court de Ahüzki à Etxebarre mais aussi de Lille à Lekeitio», confie Nicole Lougarot bénévole à Hebentik. Après un appel aux dons le collectif a acheté un local en février, et ironie du sort, ce local acheté 8 500 euros était une ancienne remise du Conseil général.
«En 2005, nous avons souhaité avoir un entretien avec la mairie de Mauléon et la communauté des communes» explique Nicole Lougarot. «Hélas aucun débat n'a été possible et notre avis comptait peu puisque le conseiller général de l'époque a répondu à nos attentes par la signature d'un contrat territorial afin de pérenniser l'emploi culturel de la commune de Mauléon».
Aujourd'hui le collectif, qui réunit un ensemble d'associations et d'artistes, emploie une personne et est soutenu financièrement par Udalbide (institutions des municipalités du Pays Basque) et par l'Institut culturel basque. Le collectif regrette l'absence de soutien financier de l'Etat français que cela soit de la DRAC ou de la Région aquitaine, «plus de financements pérenniseraient un emploi supplémentaire mais aussi une offre culturelle plus riche en Soule, dans cette province très rurales loin des centres culturels».
Un financement politique
Le financement culturel du Conseil général est décidé par les élus réunis en commission permanente. Les demandes de financement en ce qui concerne, par exemple, l'événementiel ont toujours échoué pour Hebentik. «Nous ne rentrons pas dans les cadres, nous ne sommes, hélas, pas dans la logique artistique des institutions publiques, se rapprocher des politiques n'est pas tellement ce que nous savons ou aimons faire» souligne Nicole Lougarot même si elle avoue que «le collectif a une grande liberté de création dans la mesure où il ne dépend pas d'institutions publiques».
Manque de clarté
De leur côté, les structures culturelles considérées comme pôles ressources ne nient pas leurs satisfactions d'être soutenues, d'autant plus que la part d'autofinancement dans l'offre culturelle est très faible. Cependant, les missions qui leur sont confiées, notamment «le statut de pôles ressources, ne sont pas totalement claires» explique Yvonne Pochelu, directrice de Biarritz Culture. «Nous assurons depuis longtemps le suivi des petites structures culturelles notamment ce qui concerne la danse ; le problème, c'est la notion de pôles ressources qui encadre des domaines et des contextes très différents et notre soutien à la création reste limité en raison d'un ensemble de facteurs, pas uniquement budgétaires.»




