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Pays Basque

" Il y a un problème basque en France et ce serait stupide de ne pas le traiter "

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11/10/2008

Spécialiste de la résolution de conflits, en Europe et en Afrique, Jean-Pierre Massias s'est penché ses deux dernières années sur la résolution du conflit que vit la Pays Basque. Au lendemain de l'opération policière contre le parti indépendantiste Batasuna, le professeur de l'Université de Clermont-Ferrand et de la faculté de Bayonne replace les événements du 24 septembre dans le cadre de la résolution du conflit politique.

Quelle a été votre réaction le jour de l'opération policière ? Vous attendiez-vous à cela ?

Au vu des différents événements survenus la même semaine, elle n'était pas exclue. Cette semaine est très illustrative du conflit basque dans toutes ses dimensions : L'Espagne a interdit deux partis, on a vu toute le difficulté politique du PNV pour faire avancer la proposition de J.J. Ibarretxe, a eu des difficultés pour faire accepter, on a eu une série d'attentats dont un meurtrier de l'ETA et l'opération de police en France. Ce qui m'a frappé le plus, c'est qu'on aurait pu assister à cette semaine-là vingt ans en avant. C'est une sensation de recommencement perpétuel.

C'est-à-dire ?

On assiste à des cycles répétitifs entre lesquels on a trois tentatives officielles de résolution du conflit : Alger, Lizarra-Garazi et Loiola. Les contextes sociaux et internationaux ont évolué ; on a l'impression que tout a changé sauf le conflit. On est toujours dans cette spirale action-répression.

Et je suis toujours frappé par la violence des faits, aussi bien des attentats que des opérations policières. C'est humainement désespérant et scientifiquement interpellant de voir cette capacité à revenir très vite à une situation d'affrontement.

Comment vous l'expliquez ?

Au fond, j'ai la sensation d'une très grande difficulté de mise en perspective du conflit. Les acteurs ont une vision à court terme des choses. Il est clair que c'est un conflit politique dans lequel la violence joue un rôle parasitaire. Aujourd'hui, la violence ne me paraît pas être un processus efficace pour faire avancer les choses et la répression est un processus dangereusement réducteur. Elle accroît la complexité du conflit. En même temps, la société basque est plus complexe.

En quoi ?

Maintenant, plusieurs générations sont impliquées dans ce conflit. On voit aussi une nouvelle génération dans le paysage politique dont le comportement est plus individualiste. Et on se trouve dans une société de consommation. Ce qui fait le cadre du conflit est différent, mais le comportement des acteurs du conflit reste le même.

Revenons à l'opération de police du 24 septembre...

Je relèverais l'aspect très spectaculaire de l'opération. Un comportement qui entre dans le cadre des relations complexes entre la France et l'Espagne. C'est quand même un comportement nouveau pour la France, bien qu'il y ait eu des rafles de réfugiés en 1987 et les arrestations de Bidart. On est dans une logique de collaboration avec les Espagnols et là leur pression a été importante dans le déroulement des faits.

Elle a été décisive ?

Il est clair que l'Espagne ne voit pas d'un mauvais oeil le fait que Batasuna soit illégal de ce côté-ci. Et les bombes du week-end ont certainement été un facteur.

Etait-ce une opération politique ?

Il est évident qu'il y a une volonté politique et qu'elle est dans le prolongement d'une affaire judiciaire. Il me semble que la réponse faite par M. Alliot-Marie aux journalistes sur l'illégalisation de Batasuna n'est pas définitive... Ceci dit, juridiquement, en France cette procédure serait complexe.

Mais la question que je me pose est : quelle est l'utilité de cette opération dans la résolution du conflit, au regard des résultats ? Pour l'instant, il n'y a aucune mise en examen, alors qu'on a bloqué, pendant trois jours, la rue des Cordeliers de Bayonne, qu'on a placé des contrôles de police le jour de la manifestation, le samedi suivant les faits... Il y a donc un gros déploiement de force, pour une opération judiciaire qui paraît être, pour l'instant, infructueuse.

Quelles peuvent être les conséquences ?

Les rapports peuvent se tendre. De toute façon, par principe, je crois qu'il ne faut pas interdire de parti politique, y compris quand il est une expression politique d'un mouvement radical. Le conflit irlandais a été en partie résolu, parce que les Britanniques ont eu l'intelligence de ne jamais interdire le Sinn Féin.

Pour négocier il faut un interlocuteur et les négociations sont la voie de sortie à long terme. La criminalisation de l'interlocuteur peut se révéler une arme à double tranchant. Si l'ETA venait à disparaître, le conflit ne serait pas réglé ; ce ne serait que facteur de frustrations. Il y a une continuité dans l'utilisation de la violence depuis les années 60. Il y a donc un malaise qu'il faut régler en profondeur.

Quelle serait la voie, selon vous ?

J'utilise toujours la formule de la théorie des trois R : réduction de la violence, reconstruction des institutions et réconciliation de la population. C'est une décision difficile à prendre, un choix qui nécessite du courage. Et, c'est trois objectifs doivent être le fruit d'une volonté commune. Ce qui s'est passé en septembre ne rentre pas dans cette logique.

Considérez-vous la France comme un acteur du conflit ?

Il est évident que la France est impliquée dans le conflit depuis les années 80. Elle est impliquée militairement, même si elle ne se trouve pas dans le noyau central. Il y a eu, en plus, l'émergence d'un mouvement du nord, Iparretarrak... Après on peut comprendre qu'elle ne veuille pas s'en mêler directement, mais il y a quand même un problème basque en France et ce serait stupide de ne pas le traiter, d'autant plus qu'ici le conflit est moins aigu. Il serait donc souhaitable qu'elle participe à la résolution du conflit ; son accompagnement serait bénéfique.

A côté de cela, le procès contre Laborantza Ganbara me paraît être très difficile à analyser. On est face à une organisation non violente qui au fond ne demande qu'une chose : d'avoir la même activité que les chambres d'agricultures classiques, au niveau du Pays Basque nord. C'est juste un problème de localisation, de revendication identitaire dans ce domaine-là. Toute reconnaissance identitaire peut se faire dans le cadre de la République.

Toute reconnaissance de la langue, par exemple, pourrait être utilisée dans un sens pacificateur.

Goizeder Taberna

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