Pays Basque
"Peu ŕ peu, Laborantza Ganbara fait son chemin"

17/09/2008
Le président d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG) sera demain au Tribunal de Bayonne et répondra aux accusations qui remettent en cause l'association. Les défenseurs d'EHLG, se réuniront à l'extérieur, à 13 h 30. M. Berhocoirigoin demandera alors le report de la séance, et du temps. Du temps pour démontrer le bien-fondé de leur démarche.
Quel travail a mené EHLG depuis son départ en 2005 ?
Créée pendant la période des déclarations PAC des paysans, notre première action sur le terrain s'est faite à cette occasion, à travers l'accompagnement juridique et administratif. Ensuite nous avons ouvert des chantiers de fond. Effectivement, Laborantza Ganbara a été créée pour développer une agriculture paysanne et durable, et dans le but d'offrir un service de proximité, d'être à l'écoute des besoins concrets des paysans. On ne peut pas travailler sur les questions de fond, si on n'est pas en mesure de répondre aux préoccupations immédiates des gens. Et peu à peu nous avons développé les chantiers de fond.
Lesquels ?
Le suivi des politiques agricoles aussi bien européennes, françaises ou plus locales, fait partie de ces chantiers de fond. Il s'agit de voir quels sont les mécanismes en place pour conseiller le mieux les paysans et proposer d'autres orientations.
Ensuite, nous suivons de près la transmission des exploitations ; un chantier important pour nous. Au Pays Basque nous limitons les dégâts dans ce domaine, mais nous devons faire face à de nouveaux modes de vie ou valeurs qui ont moins d'emprise sur les jeunes. En plus d'accompagner les jeunes dans leur installation, il faut donc susciter l'envie d'être paysan.
Puis, nous avons l'axe de travail pour lequel nous mobilisons le plus de moyen, c'est la création de la valeur ajoutée. Notre but est d'obtenir une marge de bénéfice net pour le paysan. La surface de production étant relativement réduite ici, nous recherchons l'efficacité, qui se traduit par une agriculture autonome et économe. Ainsi, nous cherchons des systèmes moins gourmands en énergie, eau ou engrais, des systèmes qui offrent des espaces de liberté.
Enfin, nous contribuons aux débats sur l'aménagement et l'occupation du territoire, tels que Natura 2000 ou le projet de 2x2 voies.
Combien êtes-vous à travailler en faveur de ce projet ?
Nous sommes près de dix personnes, dont deux personnes qui se chargent du côté administratif et de mise à disposition de documentation sur l'agriculture locale. Aujourd'hui, nous faisons un travail d'observatoire ; c'est un énorme chantier. Tout est à créer au Pays Basque ; il n'y a rien. Il n'y a pas de photographie sur les productions, ou les surfaces. Peu à peu on deviendra un centre de ressource et c'est aussi une fonction d'intérêt général que nous remplissons.
Précisément, est-ce que votre activité est comparable à celle de la Cambre d'Agriculture de Pau ?
Dans les faits ce n'est pas comparable dans la mesure où ce qui pour nous est une préoccupation centrale, ne l'est pas pour la chambre départementale. On pourrait même dire que l'existence de Laborantza Ganbara n'handicape pas la chambre d'agriculture et qu'elle continue à faire son travail.
Dans le cas où ce serait comparable, ne serait-ce que dans certains domaines, cela ne pose aucun problème, puisqu'il n'y a pas de monopole dans le développement de l'agriculture. Sur un même territoire, on pourrait être plusieurs structures à s'occuper des mêmes questions et de la même façon. Les paysans, ensuite, choisissent ce qui est le plus efficace.
Est-ce que parmi les usagers la distinction est claire ?
Les personnes qui demandent une agriculture intensive sauront à quelle porte frapper. Celui qui veut un système plus autonome, il va frapper à notre porte.
Au regard du soutien exprimé par les communes et les acteurs sociaux, est-ce que EHLG a la valeur d'une institution ?
Il y a une définition officielle de la notion d'institution ; n'est pas institution qui veut. À ce titre, Euskal Herriko Laborantza Ganbara n'est pas une institution, mais une association loi 1901.
Ensuite, pour les acteurs, les personnes morales et les collectivités du Pays Basque, est-ce qu'on est une institution ? Ils considèrent qu'on est une structure qui a une efficacité, un savoir-faire, et ce qui compte pour eux c'est le résultat. Et ils pourront un jour penser qu'une association est plus efficace qu'une institution. Cependant, nous ne traitons pas tout, pour certaines affaires le passage par la Chambre d'agriculture départementale est un passage obligé.
Combien de communes ont soutenu votre association ?
À l'époque où on revendiquait une chambre d'agriculture en Pays Basque, 110 maires s'étaient positionnés pour. Ensuite, la moitié des maires ont soutenu Laborantza Ganbara dans les déboires avec la Justice. Enfin, les communes poursuivies pour avoir subventionné l'association sont au nombre de 26. Nous considérons que le soutien des élus est une des forces de Laborantza Ganbara.
Lurrama attire des hommes politiques qui ne sont pas connus pour leur soutien au EHLG ; Lasserre a récemment fait des déclarations qui le réconcilient plus ou moins avec cette structure...
Les choses ont changé ; au début le débat était très passionnel. Ceci dit, aujourd'hui, nous ne regrettons rien. Par notre initiative, nous avons lancé un débat. Dans le cas inverse, nous n'aurions jamais démontré que le besoin d'une structure existe ici.
Nous aurons l'adhésion des gens, si nous avons le temps de démontrer le bien-fondé de la démarche. Mais il faut du temps. Si on n'avait pas tous ces obstacles, on aurait gagné plus d'espace. Mais comme dit Lasserre, petit à petit, ça fait son chemin...
Pourtant, trois ans après, vous voilà devant la Justice...
La suspicion provoquée par la plainte du Préfet a été un obstacle pour nous, mais là, nous sommes arrivés au moment décisif. Et je crois que la Justice a sous-estimé notre force de frappe. Va-t-elle arrêter tout le tavail qu'on a fait jusqu'à là ?




