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Le projet d'un «écoport" à Pasaia tangue entre intérêt économique et risque écologique

26/07/2008

Eneritz Zabaleta

Décidément, l'écologie est à la mode. Le temps n'est plus à la performance économique, ni à la croissance démesurée. Nous vivons dans une ère de développement durable, de respect de l'environnement, voire même d'éco-développement. La formule «éco», rencontre un vif succès dans les lèvres des acteurs économiques, et il n'y a guère plus que les «écolos» pour ne plus employer ce terme.

Il en va de même au sud comme au nord du Pays Basque. Par exemple, à Pasaia (Gipuzkoa), la société gérante du port de Donostia vient de présenter le projet de construction d'un «écoport» sur la baie de Pasaia. Alors que la rénovation et l'extension du port sont dans les cartons depuis plus de dix ans. Jose Juan Gonzalez de Txabarri, président du port de Pasaia, et ex-président de la province du Gipuzkoa, a changé la dénomination du projet. Aux termes «super-port» et «port extérieur» jusqu'ici utilisés, Txabarri a préféré le label «écoport».

Un port sur le Jaizkibel

Si la désignation diffère, les principales caractéristiques du nouveau projet présenté cette semaine sont sensiblement les mêmes que l'ancienne version.

L'idée est de déplacer les activités portuaires de son emplacement actuel, la baie de Pasaia, qui est une zone très fortement peuplée (20 000 habitants sur un espace restreint, ce qui donne une densité de population au km2 plus forte qu'au Japon), jusqu'à la mer. Plus précisément, la société du port veut construire un édifice en béton sur les berges du mont Jaizkibel, en haute mer.

Des nuisances importantes

Dans un premier temps, l'idée peut paraître séduisante. En effet, les activités du port de Pasaia consistent pour plus de 75 % à la décharge de ferraille utilisée par les industries sidérurgiques de Gipuzkoa, et de charbon pour la centrale électrique située sur la baie. Ces activités se déroulent très près des habitations, causant des nuisances importantes notamment en terme de bruit et de pollution. De plus, la centrale électrique qui fonctionne à base de charbon cause aussi une pollution à des taux parfois supérieurs de plus de 100 % par rapport aux seuils fixés par l'Union européenne.

Le délabrement de la baie de Pasaia, constituée par les villes de Trintxerpe, Herrera, Pasai Donibane, Pasai San Pedro et Pasai Antxo demande donc un plan de régénération urgent. Or, la solution de déplacer le port à l'extérieur de la baie, sur les berges du mont Jaizkibel est loin de faire l'unanimité, et a rencontré l'opposition frontale de plusieurs associations écologistes (Greenpeace, Jaizkibel Bizirik), et de partis politiques (les verts et communistes d'Ezker Batua-Berdeak et la gauche abertzale qui dispose de la mairie de Pasaia).

Un projet «pharaonique»

Les caractéristiques du projet sont loin de recueillir l'unanimité. En effet, selon des documents d'orientation établis en 2006, le port extérieur, d'un budget estimé à plus de 800 millions d'euros, aurait la forme d'une île géante avec un espace de 600 000 m2 de dépôt. Sa construction se ferait en assemblant 91 blocs de béton géants (34 mètres sur 34, et 42 mètres sur 60), en utilisant pour se faire 25 millions de m3 de pierres. Ces pierres proviendraient des carrières de Gipuzkoa (dont certaines sont fermées), et seraient assemblées au port de Mutriku qui a été récemment rénové, soit 60 km plus loin. De plus, pour remplir les alentours de l'édifice 3 millions de m3 de terres provenant de la montagne Jaizkibel seraient utilisés.

La montagne très touchée

C'est cette dernière qui risque de pâtir le plus de la construction du port extérieur. En effet, l'accès depuis la terre sèche au port extérieur se fera en creusant deux tunnels sur la montagne. L'un servira à acheminer les marchandises par la route, et l'autre par chemin de fer. Les écologistes dénoncent ces atteintes à «l'équilibre de la montagne».

D'autant plus que l'édifice géant en lui-même causera des dommages importants à la faune locale. En effet, le port extérieur se situera sur les berges du Jaizkibel. Ces berges sont protégées par la convention européenne Natura 2000, pour leur haute valeur écologique. Elles abritent des espèces animales protégées et uniquement présentes sur ces berges (mollusques et cormorans). «Que deviendront ces espèces ? Comment prétendre qu'une telle infrastructure ne détruira pas ce trésor écologique ?» s'offusque le groupe écologiste Jaizkibel Bizirik.

La viabilité financière contestée

Au regard des critiques quant au coût financier (budget de plus de 800 millions d'euros) et écologique de «l'écoport», la société du port avance un argument de poids. Cette dernière entend augmenter le trafic des 6 millions de tonnes actuelles jusqu'à 13 millions. Pour cela, la société veut «attirer des activités plus propres» vers le port de Pasaia, tout en conservant le transport de ferraille.

Or, ici aussi, les opposants doutent de ces estimations : «les activités actuelles du port sont de très faible valeur ajoutée. Attirer d'autres activités c'est bien. Mais il ne faudrait pas oublier qu'à quelques kilomètres se trouve le port de Bilbao, récemment rénové et qui représente un des plus importants ports de la région et de l'état espagnol» rétorque-t-on depuis Jaizkibel Bizirik. Eco ou pas, le nouveau projet du port Pasaia n'a pas fini de faire couler de l'encre...

JAIZKIBEL
Les écologistes dénoncent les atteintes écologiques du projet sur la montagne Jaizkibel
DIVISION
Le projet a divisé les forces politiques et les associations depuis plus de dix ans maintenant
PORT EXTÉRIEUR

L'écoport consiste à construire un port en béton à l'extérieur de la baie de Pasaia, en haute mer

Un pôle intermodal de marchandises en complément au nouveau port

Un autre dossier en relation directe avec celui du port extérieur rebaptisé «écoport» est celui du pôle intermodal de Jaizkibel. En effet, les institutions de Gipuzkoa entendent profiter de la construction du port pour mettre en place une réforme conséquente des infrastructures de la zone de Txingudi jusqu'à Donostia.

Baptisé «corredor intermodal Jaizkibel» (ceinture intermodale de Jaizkibel) ce projet consiste en la création d'infrastructures routières et ferroviaires, ainsi que de zones de dépôt et déchargement de marchandises d'une surface totale de 1 000 hectares.

Autour du port, trois nouvelles zones intermodales de marchandises sont prévues. La plus importante située à Lezo (à proximité du port) pourrait accueillir 480 000 m2 de marchandises. Une autre zone est prévue pour les marchandises ferroviaires à Irun, et une troisième à Astigarraga. Ces zones sont dénommées «intermodales» car elles permettent de transposer des marchandises des voies de transport ferroviaires ou portuaires, aux voies routières.

Côté transport, en plus de la LGV «Y basque» qui prévoit son extension jusqu'Irun et sa liaison avec la future LGV Bordeaux-Hendaye, le projet prévoit la création d'une nouvelle autoroute.

Cette nouvelle voie appelée «voie dorsale» serait une extension de l'actuelle bretelle encore en construction sur la zone de Hernani-Usurbil-Astigarraga. L'objectif est de construire un accès autoroutier au port extérieur, reliant ainsi le port avec Donostia et le réseau autoroutier actuel de l'A 8 et l'A 63.

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