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Sujet ŕ la une

«Biarritz et la danse, c'est une histoire d'amour depuis longtemps"

19/07/2008

Thierry MALANDAIN / Directeur et chorégraphe du Ballet Biarritz

Le Ballet Biarritz fête cette année ses 10 ans d'existence. Thierry Malandain est depuis sa création chargé de la direction artistique de la compagnie permanente de la Côte basque nord. À l'occasion de cet anniversaire et entre deux tournées et créations, il revient sur les moments forts de la décennie.

Comment avez-vous appris votre nomination au Ballet Biarritz ?

Par hasard. C'est une belle histoire. Avec la compagnie Temps Présent de Saint-Etienne, on avait été invité au festival Le Temps d'aimer. Le bus devait nous ramener là-bas et le matin on a reçu un appel demandant à ce qu'Yves Kordian et moi restions une journée de plus à Biarritz. On nous a rappelés dans l'après-midi pour nous indiquer l'endroit d'un rendez-vous. Dans l'après-midi, j'avais rencontré le délégué à la danse du ministère de la culture dont j'ai conclu la présence logique au Temps d'Aimer.

Il y avait plein de gens qui nous attendaient mais nous connaissions seulement ce délégué du ministère et Filgi Claverie. Ce dernier nous a présentés à la DRAC, à la région, aux représentants de la mairie. Avant que le repas commence, on nous a annoncé que Biarritz allait avoir un centre chorégraphique et on m'a demandé si je souhaitais en être le directeur. C'était la stupéfaction totale, parce qu'habituellement pour ce genre de poste, il faut postuler.

Est-ce qu'il a été facile d'arriver, de s'adapter ?

L'arrivée a été facile, on a été très bien accueillis et il existait un vrai désir d'avoir une compagnie de ballet. Notamment par rapport aux choix qui avaient été faits. C'est passé tout à fait harmonieusement.

Après il a fallu tout construire pour mettre le ballet en place. Biarritz et la danse, c'est une histoire d'amour depuis longtemps. Mais qu'il y ait une compagnie, c'était nouveau. Nous n'avons pas eu à recruter d'emblée les danseurs puisqu'il y avait un effectif de 12 danseurs venus de Saint-Etienne. Tout le monde a déménagé et est venu s'installer ici. C'est seulement après, selon la vie normale d'une compagnie, des gens sont partis et d'autres sont arrivés.

Les locaux de la Gare du Midi étaient prêts à vous recevoir ?

Il a fallu aménager les studios, mettre un plancher adapté à la danse. La Gare du Midi est un bâtiment classé alors nous ne pouvions pas faire de gros travaux. Ceci étant, la configuration des pièces était prédisposée à nous accueillir. Je crois qu'après les premières rénovations en 1992, le studio était une salle d'exposition.

Quel est votre meilleur souvenir de ces 10 années passées au Ballet Biarritz ?

J'ai le sentiment que chaque année qui passe est un bon souvenir. On fait une nouvelle création tous les ans et à chaque fois les gens nous disent : c'est votre meilleure. C'est plutôt encourageant. Le bon souvenir est un souvenir permanent : aujourd'hui le ballet est adopté par la ville et ses alentours, on a du monde aux spectacles. En dix ans on pouvait aussi lasser. C'est le problème des compagnies qui s'installent dans une ville avec un chorégraphe à sa tête. Cette donnée nous a invités à nous renouveler. Le meilleur souvenir serait la première fois que l'on a dansé en plein air au Port Vieux, Hommage aux ballets russes où 3 000 à 4 000 personnes étaient présentes.

Quel est le pire souvenir que vous pouvez évoquer ?

Il n'y a pas de pire souvenir. Il y a cependant un moment rude qui revient à l'histoire du Ballet. Quand on est arrivé, les danseurs étaient intermittents du spectacle et il a fallu se battre pour que les danseurs soient salariés. On a eu beaucoup de soutien de la mairie de Biarritz, de la région et du département mais l'Etat a traîné un peu. Cela a été douloureux parce que la moitié de la compagnie est partie. On pensait pouvoir assurer financièrement le changement de statut et cela a mis plus de temps que prévu.

On avait l'obligation de faire ce changement et il fallait des moyens financiers qui, malgré les promesses, ont mis du temps à arriver notamment de la part de l'Etat. Forts de ces promesses, on avait cependant engagé deux nouveaux danseurs sur le ballet la Chambre d'Amour coproduit avec le Gouvernement basque et la Députation de Gipuzkoa. Ces danseurs étaient nouveaux et permanents car salariés du Gipuzkoa. Deux autres remplaçants sont arrivés, engagés directement en permanents.

On n'a pas eu l'argent escompté, on s'est retrouvé dans le cas de figure où les 4 nouveaux figurants étaient permanents et tous les anciens intermittents. Ils ont eu sacrément les boules. Sept d'entre eux, arrivés de Saint-Etienne et présents depuis le début, sont partis. Pour les remplacer, le Conseil d'Administration, solidaire, a décidé d'engager des danseurs permanents. Aujourd'hui, l'affaire est close mais c'était dur, la danse est un combat de tous les jours.

Quelles étaient les positions de la mairie ?

Dans ce combat et encore aujourd'hui, la compagnie a toujours eu le soutien de la mairie de Biarritz. Ce n'est pas fréquent d'avoir un maire et une équipe municipale qui s'investissent autant dans la danse. Souvent, avoir une compagnie permanente, cela fait chic pour les municipalités et c'est tout. Là ce n'est pas le cas. Ce n'est pas de la flagornerie, c'est une réalité. Ils ont fait le choix délibéré de s'investir.

Comment envisagez-vous les dix prochaines années ?

Elles sont à faire chaque jour. Je reste positif malgré la situation économique générale. Même si c'est ce qui permet aux gens de s'évader, la danse et la culture pâtissent en premier lieu de la crise économique, car ce sont les champs de toutes les économies. Les gens font attention au budget, on le voit déjà dans la fréquentation qui baisse. Pour moi, le souci des dix prochaines années est de savoir si la crise qui nous assaille est passagère ou va durer. Si elle dure, comment nous allons pouvoir nous y adapter.

Pour les tournées, la hausse des carburants est une question capitale pour nous. Cela augmente le coût des voyages et Biarritz, loin de tout, n'est pas d'une localisation centrale. Les déplacements sont coûteux. Aujourd'hui, les théâtres ne veulent plus les assumer complètement, rechignent ou préfèrent choisir des choses moins chères. Le gros souci pour l'avenir est cette crise mais c'est pour nous tous. J'ai le désir d'augmenter la troupe pour faire plus mais je ne sais pas si c'est judicieux par rapport aux finances.

Vous restez donc à Biarritz ?

Oui. Il n'y a pas de projets de partir. Pour nous c'est une belle histoire.

Sur le plan de la vie privée et personnelle, il ne doit pas vous rester beaucoup de temps ?

Pour les danseurs, c'est intense mais cela ne dure qu'un temps. Pour moi, c'est jusqu'à la retraite, c'est parfois dur d'être constamment sur les routes.

Avez-vous une idée pour la prochaine création comme peut-être une participation des anciens danseurs ?

Ce ne sera pas vraiment une création. En décembre prochain, nous présentons Carmen, le ballet présenté il y a dix ans. J'avais des idées de chorégraphies un peu spectaculaires, mais faute de temps et de disponibilité de compagnies partenaires, il n'en sera rien. Pour le temps d'aimer, j'aurai aimé faire participer des danseurs du ballet à ses débuts. Mais c'était très compliqué. On va faire quelque chose de simple mais qui marquera le coup : une situation de répétition.

Vous faites souvent des répétitions publiques, en tant que chorégraphe, vous apportent-elles ?

Elles sont prises d'assaut et la capacité de la salle est limitée à 100 personnes. Ce sont toujours les mêmes personnes qui reviennent. On essaie d'en faire plus quand on est là, au moins une par mois. Le problème c'est que l'on n'a pas toujours de nouvelles créations à présenter. Dans le cadre des répétitions publiques, les gens n'osent jamais parler. Je le regrette. Ils regardent, ils sont contents mais quand je demande s'ils ont des questions. Ils restent muets et intimidés.

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