L'opinion - Tribune Libre
Le penser moins pour travailler plus
16/07/2008
Agoravox
Le gouvernement vient d'égratiner une nouvelle fois les 35h en déplafonnant le temps de travail des cadres de 218 j à 235, en accordant une rémunération majorée de + 10% à partir du 219e j de travail. Les personnes concernées sont les cadres, les VRP, les salariés autonomes. C'est le dogme du travailler plus pour gagner plus. Mais que fait-on pour la cohorte des précaires ?
On leur matraque la doctrine du travailler plus pour gagner plus sans leur donner les moyens d'atteindre une évolution sociale et économique. Voir pire on installe un moins bien être social. Quand est-ce que l'on va répondre aux catégories sociales qui en ont le plus besoin ? Aujourd'hui la seule source d'épanouissement et d'affirmation sociale passe par le travail. On ne peut plus penser son existence en dehors de la forme salariale. La société vit un retour à la sacralisation du travail. Rencontrez une personne nouvelle, allez dans une fête ou une soirée entre amis et l'une des premières interpellations que l'on vous fera, sera ; «Et qu'est-ce que tu fais dans la vie ?». On a même du mal à imaginer un revenu qui soit indépendant de la réalisation d'un travail. La simple existence sociale ne peut pas passer par autre chose qu'une activité salariée.
Un travail oui, mais un travail productif et utile, au moins. On parle rentabilité, chiffres, bilan, résultat, croissance et expansion. Le chômage s'explique par la faiblesse de la croissance économique et le coût du travail. C'est perçu comme quelque chose de fondamental. Penser autre chose que productivisme, c'est penser mal.
Penser travail permet aussi de faire accepter, les emplois précaires, les CPE, CNE ou stages exploitables et exploités. Ce discours permet de faire accepter le travail dégradé et dégradant. Comment pourrait-on faire avaler à des jeunes cette précarité annoncée si la société ne leur renvoie pas l'image de l'épanouissement par le travail ? Il faut revaloriser d'autant plus le travail puisqu'il paye d'autant moins économiquement.
L'ANPE traite le chômeur en recherche d'emploi non plus comme un individu, mais comme un commercial qui doit savoir se vendre. L'individu devient une marchandise qui subit la loi de l'offre et de la demande, cotable et surtout interchangeable. Il n'y a plus de notion de solidarité ou de responsabilité collective dans les précarités et les misères. Il n'y a plus de salariés mais des travailleurs contingents qui viennent vendre leur force de travail. Le travailleur vient vendre à l'entreprise ses connaissances et ses compétences et peut être un jour on ne rachètera pas sa force de travail. La flexibilité salariale devient extraordinaire. On vend sa force de production au semestre, au mois, à la semaine et peut-être bientôt au jour le jour.
Le chômage baisse oui d'accord, mais si l'on se penche sur les statistiques de l'ANPE, on s'aperçoit que les catégories d'emplois qui ont progressé sont les emplois partiels. Hourra il y a un ascenseur social, puisque l'on passe du statut de chômeur à celui de travailleur précaire. On crée la société de l'insécurité. L'insécurité est même présentée comme un modèle ; le sportif qui fait des contre-performances, l'acteur de cinéma qui ne fait plus d'entrées, le chanteur qui ne vend plus de disques, ou le produit de téléréalité qui ne plaît plus au publique sont jetés à la trappe ou éliminés. L'insécurité c'est bien puisque ça vous permet d'être réactif, vigilant et d'être toujours prêt à travailler. Plus le salarié se trouve en insécurité, plus vous êtes sous pression et plus vous devez être productif.
Pour organiser cette insécurité, il faut ici d'un autre coté que l'État soit affaibli, afin qu'il ne puisse plus constituer la main providentielle pour vous aider à vous sortir d'une mauvaise passe ou concrètement d'une situation de chômage.
Le travail normal ou du moins acceptable, sera dorénavant un emploi d'insécurité sociale. Si vous n'acceptez pas cette issue, il vous reste la délinquance. Mais vous prenez alors le risque d'être rattrapé par le système pénal. Qui peuple les prisons ? Les jeunes des quartiers, les personnes à faible niveau d'éducation ou peu structurées, les personnes qui étaient à l'origine sans emploi, les personnes qui étaient sans logement, les étrangers et aussi les personnes usant ou trafiquant des stupéfiants. Le système judiciaire a prévu de taper encore plus fort le délinquant.
Alors quand vous êtes jeune, provenant de banlieue, quand vous avez un nom à consonance étrangère et que vous en plus un faciès étranger. Vous avez le choix entre la précarité sociale permanente et la prison. Ah si vous avez aussi la drogue ou l'alcool.




