Ligue des champions - 4e journée
A Clermont, les piliers jouent aussi au ballon
·Clermont est une équipe spectaculaire, à commencer par sa première ligne. Toulouse devra se méfier de ces "gros qui jouent"
Selon un vieil adage, au rugby il y a ceux -les arrières- qui jouent du piano et ceux -les gros- qui les déménagent. Mais à Clermont, qui dispute la finale du Top 14 face à Toulouse ce soir, la première ligne fait les deux, et la première victoire de Clermont dans le championnat de France pourrait bien dépendre de la performance de sa première ligne totale.
Les "Jaunards" se sont bâtis depuis deux ans une réputation d’équipe spectaculaire, où les ailiers touchent plus de ballons qu’ailleurs. Mais ils s’appuient d’abord sur une première ligne aussi puissante qu’adroite, composée de joueurs qui savent tout faire.
Derrière l’ailier-armoire fidjien Napolioni Nalaga (18 essais) et celui du XV de France Aurélien Rougerie (11), c’est le talonneur Mario Ledesma qui est le troisième marqueur du club (6). Puis vient le pilier géorgien Davit Zirakashvili (5), remplaçant de luxe qui ne doit sa titularisation qu’à la blessure de l’international argentin Martin Scelzo. L’autre "Puma" de la première ligne, le talonneur Mario Ledesma, s’en amuse. "J’ai marqué six essais, mais j’aurais pu faire mieux si les trois quarts ne s’en étaient pas offusqués. Depuis quelque temps, ils ne me donnent plus de ballons !" A 35 ans, Ledesma vit une seconde jeunesse. Présent sur tous les points d’impact, il se montre aussi régulièrement en position d’ailier. Ne néglige ni le coup de pied par dessus, ni la passe croisée. Vous avez dit complet ?
"Aujourd’hui, non seulement on assure la conquête mais on est obligé d’apporter beaucoup défensivement et offensivement. Il faut qu’on ait un corps de première ligne mais un jeu de troisième ligne", estime-t-il.
Son grand mérite, à un âge où on est plus prêt de la semi-retraite en Fédérale que d’une finale de Top 14, est d’avoir repoussé sur le banc l’un des meilleurs spécialistes au monde sur le poste, le champion du monde sud-africain John Smit, recruté en début de saison. Un demi-échec, Smit ? Pas si l’on considère ses innombrables entrées en match, à tous les postes de la première ligne. Smit, sans doute, est moins joueur. Mais il est polyvalent, en acier, et Vern Cotter, entraîneur de l’ASM, n’est pas du genre à renoncer à la puissance.
"Vern est un entraîneur porté sur les avants et une personne intelligente", estime Byron Kelleher, le demi de mêlée All Black de Toulouse. "Il apporte en France cette dimension de puissance, pour s’assurer que l’opposition subit la pression (...). Et quand l’adversaire subit la pression, il fait des erreurs stupides. Evidemment, il choisit les joueurs qui vont avec ce style de rugby".
Mais que les tenants de l’orthodoxie se rassurent. Un pilier reste un pilier. Et la finale de ce soir se jouera d’abord sur ce mano a mano aussi physique que technique qu’est la mêlée fermée. "Ils ont une très bonne mêlée, ils ne sont pas là par l’opération du Saint-Esprit, ils ont une conquête très performante, et ce sera un secteur de jeu déterminant en finale", assure Laurent Emmanuelli, pilier gauche. Formé en troisième ligne, avant de passer à la "pile", ça ne s’invente pas.
Clermont-Toulouse en finale, Acte IV
La finale du Top 14 2008 au Stade de France aujourd’hui offre la quatrième édition de l’opposition Clermont-Toulouse, un choc qui, à chaque fois (1994, 1999, 2001), a tourné à l’avantage des Toulousains.
1994 : Toulouse 22 - Clermont 16. La 10e finale de Toulouse en dix ans, la première pour Clermont (alors Montferrand) depuis un quart de siècle. Deylaud, décisif (17 pts), fait claquer un drop, puis une pénalité tuant le match en 2e période. Le Stade de N’Tamack, Berty, Carbonneau, Cazalbou et Cigagna soulève le 11e Bouclier du club. L’ASM de Saint-André, Lhermet, Marocco, y a cru 70 minutes, a sans doute produit plus de jeu, mais a manqué de maîtrise et d’expérience.
1999 : Toulouse 15 - Clermont 11. La deuxième finale jouée au Stade de France oppose cinq survivants de 1994 dans chaque camp. Les Toulousains, avec Lee Stensness décisif à l’ouverture, font preuve de réalisme en une finale serrée. Le premier All Black du Stade, neuf ans avant Kelleher, intercepte un coup de pied d’un Merceron malheureux pour inscrire un premier essai (32). L’ASM revient (10-6) au score mais la défense de Toulouse, courageuse et bien organisée, tiendra bon. Les Ougier, Garbajosa, Labit, Pelous, Tournaire, Califano offrent au Stade son 15e titre, le 5e en six ans. Pour Jean-Marc Lhermet, c’est une dernière amère.
Génération Michalak
2001 : Toulouse - Clermont 34-22. L’ASM s’est imposée deux fois face aux Rouge et Noir cette année-là, dont une fois à Toulouse (24-29). Mais 2001 est un de ces crus classés dont le Stade a le secret, des "vintages" de classe qui se consomment très jeunes, et qui portent le nom de Michalak, 18 ans à peine, Poitrenaud, Jeanjean, Bouilhou. Mais ces splendides vainqueurs, aussi prometteurs soient-ils, n’ont plus jamais gagné de titre depuis. A noter que cinq des acteurs de samedi prochain étaient de cette finale-là : Audebert et Rougerie en jaune et bleu, Poitrenaud (blessé), Pelous et Bouilhou en rouge et noir.
|