Nathalie VALLES / membre de ANITZAK Ekimena
Un día más de vergüenza
A quelle distance jugerons-nous nos actes ? Qui les regardera ? Qui sera juge ou analyste de ce que nous laissons vivre et construire ? La chose politique comme la chose publique claque à l’oreille, à la bouche de ceux et de celles que cela passionne à la fois comme un challenge, un diktat. La morne passion pour un sport politique et public devenu l’arme qui fait attendre à certains la guerre espérée, inspirée. Hurler dans les stades mais la guerre est déjà là. Mercredi 18 juin après la proposition du 5 du même mois, le parlement européen va renforcer la législation européenne sur les immigrés. Hurler dans les stades mais les camps sont déjà là. Aux nouvelles frontières des Etats européens, élargies aux frontières des anciennes colonies. Nous monnayons un semblant d’économie, contre un semblant d’ordre. Celui d’humains dont l’Etat, s’il est une grande puissance, donne le droit de vivre et de travailler partout dans le monde et celui d’humains rattachés à leur statut d’Etats colonisés ou de démocraties autoproclamées retrouvant tour à tour les délits imputés à leur statut d’immigrés, de clandestins. A ces humains qui cherchent simplement le droit de vivre nous laissons l’Europe attacher des notions de flux, de délits, de compétences, de langues, de cultures, de religions, de légitimité des violences subies comme autant d’obstacles. En droit civil qui est à la langue ce que la philosophie est à la pensée, on vous lance, on vous tance pour que sur la première page de la première leçon vous écriviez "le Droit n’est pas la Justice". Il semblerait que la régulation des rapports constitutionnels entre les Etats et les citoyens inscrive désormais cette leçon comme la première aussi. A tous ceux et toutes celles qui luttent aujourd’hui, chacun(e) à leur manière pour que justice leur soit rendue à eux-mêmes et à tous les hommes, femmes et enfants. A tous ceux et celles qui rêvent d’être sujets de droits comme on penserait de justice morale et sociale, on oppose un statut de sous-sujets assujettis à l’économie, à la géographie de la guerre, de la diplomatie. Aux 27 Etats j’ai envie de dire que l’histoire est versatile. Aux 2 Etats qui façonnent et manipulent l’histoire de mon pays et de mon quotidien j’ai envie de rappeler, pour l’un, que la puissance est aussi éphémère que l’écriture d’une page d’histoire, à l’autre devenu dans les mots puissance et démocratie quand vous signez de cette main schizophrène un acte européen comme un pas de plus vers la barbarie, ne croyez pas que vos nouveaux partenaires vous respectent pour la reconquête de votre puissance coloniale en ayant oublié le statut donné à "vos" émigrés sur leurs terres. A ceux et celles qui croient être définitivement sujets de droits, je rappelle que la répression des Etats est elle aussi versatile, aveugle mais exercée et calculée par la puissance de l’argent, et de la guerre. A ceux qui croient encore que l’égalité des droits est une utopie, je redis qu’elle est tout simplement l’expression du bon sens. Seule l’égalité des droits donne à l’individu sa place dans la communauté de devoirs que nous avons envers notre bien commun "l’humanité". Seule l’égalité des droits et les attributs qui lui sont rattachés "toit, travail, éducation, santé etc." défont certains contentieux et permettent de voir à qui profitent les crimes contre les immigrés. Car ce sont des crimes et l’histoire les jugera comme tels. Je sens dans mon c¦ur la main de mes oncles attachée à celle de ma grand-mère franchissant la même frontière inhospitalière de la seconde guerre mondiale, que celle de l’enfant caché dans un train d’atterrissage, que celle de celui qui embarqué de son Maroc natal touchera la rive probable d’une prison française ou espagnole, des millions de mains qui cherchent simplement une issue. Quelle puissance régalienne se donne le droit d’attribuer à l’un ou l’autre si ce n’est la puissance de l’argent, celle de la guerre. Ne doutons pas qu’en acceptant cette guerre où les cris de ces millions de victimes sont tout simplement tus, les territoires mêmes de la guerre envahiront nos jardins. "L’égalité des droits" reste le seul avenir de la démocratie effective.
Para mi abuela, "yaya" palabras a ésta mujer que no sabía leer y escribir, yo, Nathalie, Salvadora VALLES nacida de los "flujos migratorios".
* ANITZAK ekimena est une plate-forme de personnes migrantes de toutes origines qui vivons en Pays Basque.
** Mardi 17 juin à 20h rassemblements pour dénoncer les nouvelles directives européennes à Iruña et Bilbao.
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