Une bande de frères aux commandes
Douze ans après avoir pris part au premier tournoi de l’histoire du football croate, l’Euro-1996, cinq hommes peuvent écrire depuis le banc une autre page glorieuse de la sélection au damier, qualifiée pour les quarts de finale de l’édition 2008.
Il y a le sélectionneur, Slaven Bilic, et ses quatre adjoints: le génie d’alors Robert Prosinecki, son ami d’adolescence du Dinamo Zagreb, Niko Jurcevic, le "cerveau" du milieu, Aljocha Asanovic, et le gardien réserviste, Marijam Mrmic. Une scène résume leurs liens : lors d’un entraînement à leur camp de base autrichien, tandis que leur équipe fait un footing, Prosinecki, Jurcevic, Asanovic et Bilic (pas le plus à l’aise) se lancent dans un joyeux concours de gestes techniques. "Les liens sont très forts", explique Bilic. Ils remontent à 1996. Quand ils arrivent en Angleterre, la paix est vieille de six mois à peine dans leur pays. "C’était un tournoi important pour nous, essentiel pour notre pays", se souvient Bilic qui, comme la quasi-totalité de ses équipiers jouait à l’étranger (à Karlsruhe, en Allemagne), autant pour monnayer son talent que pour se mettre à l’abri.
Quatre ans plus tôt, la Yougoslavie avait été exclue de l’Euro-1992, et la guerre faisant rage, ses anciennes Républiques n’avaient pas été admises aux qualifications du Mondial-1994. "On avait 27, 28 ans et plus de temps à perdre. On avait faim", ajoute-t-il. Seul Prosinecki (buteur pour la Yougoslavie au Mondial-1990) avait un vrai passé d’international.
Symbole de l’identité nationale
Le sélectionneur Miroslav Blazevic, nationaliste convaincu, les investit d’une mission: faire entrer leur pays dans l’Europe du football. Vainqueurs de la Turquie (1-0) et surtout du tenant danois (3-0), ils font trembler l’Allemagne en quarts à Manchester avant de céder sur un but de Mathias Sammer (1-2). Mais les fondations de la troisième place du Mondial-1998 sont posées. Surtout, la sélection est depuis un symbole fort de l’identité nationale. Quand il est nommé sélectionneur des Espoirs puis des A, Bilic se retourne naturellement vers ses ex-équipiers. Aujourd’hui, il assure que leur méthode de travail "n’a rien de particulier". Rien n’est moins sûr. Jeunes (ils ont entre 39 et 43 ans), ils ont une relation unique avec leurs joueurs, dont ils étaient les héros d’enfance. "On est plus tolérants, parce qu’on était à leur place il n’y a pas longtemps", explique Bilic. Respectés, ils sont des mentors autant que des confidents. C’est Prosinecki qui a recommandé à Niko Kranjcar de rejoindre son ancien club de Portsmouth. Ils ont aussi adopté la méthode de gestion de Blazevic, "M. Optimisme", qui affirmait à qui voulait l’entendre que ses joueurs étaient les meilleurs et allaient gagner l’Euro ou le Mondial. Bilic ne dit pas autre chose.
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