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Top 14 - 26e journée - Biarritz Olympique-Castres
Levez-vous et applaudissez, Serge s’en va
·Serge Betsen dispute aujourd’hui (15h15) son dernier match à Aguiléra sous les couleurs du BO. Le quatrième chapitre se ferme
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Serge Betsen quitte le Biarritz Olympique et c’est aujourd’hui qu’il disputera ses dernières minutes sous le maillot rouge et blanc. Cette rencontre entre Biarritz et Castres d’un premier abord sans importance, revêt tout d’un coup les habits d’un "Pobre de mi" grandeur humaine pour Serge le magnifique. À l’instar des Iruñar, les Basques du nord vont-ils joyeusement troquer leur tunique rouge et blanc pour celle plus sombre célébrant la fin de 17 ans de festivités au côté de "la faucheuse" comme l’ont surnommé ses adversaires. Comment sera-t-il célébré sur son pré d’Aguiléra ? A sa juste valeur nous l’espérons.
Né à Kumba au Cameroun, Serge Betsen ne se dirigeait pas vraiment vers un destin ovale à ses débuts sur la terre ronde africaine. La trajectoire qui le mènera à Biarritz et au XV de France n’a donc rien d’ordinaire. La première vie de Serge se déroule sur la terre ocre d’Afrique, dans les rues de cette ville du sud-ouest camerounais réputée pour son Kumba main Gate (le marché central) par lequel transitent les marchandises en provenance du Nigeria voisin. Deuxième morceau de vie, à neuf ans, le petit Camerounais débarque en France où il rejoint sa mère Ma’ installée en région parisienne, à Clichy. C’est là, dans cette banlieue d’Ile de France et à mille lieux du Sud-Ouest de l’Hexagone, terre de rugby, qu’il fera connaissance avec cet étrange ballon ovale aux rebonds capricieux. C’est Stéphane Zubiarrain, fils de l’entraîneur du CS Clichy, qui va rabattre la joyeuse colonie multicolore, les frères Larbi, Thai-Khang Vuong, Osmane Direkze et Serge Betsen vers le stade de rugby local. Comme le dit si bien Serge lorsqu’il parle de ce premier club dans son livre "Faire le soleil" : "Bienvenue à l’ONU". Sa mère lui a inculqué le goût de l’effort, du devoir, le plaisir du partage, le rugby de Clichy va lui apprendre les valeurs de combat, du don de soi. Ainsi se construit le rugbyman, l’homme Betsen. Ce groupe d’amis joue le rugby et vibre rugby à la vue de l’exploit de Jean-Pierre Rives et du XV de France les seules rencontres rugbystiques diffusées à la télévision de l’époque. À 15 ans, victime d’une blessure à l’arcade zygomatique, il regarde en larmes jouer ces copains du bord du terrain. C’est décidé, il sera rugbyman même si le rugby d’alors ne paye pas encore son homme (du moins officiellement) car non professionnel.
Serge Betsen décide de partir poursuivre ses études à Bayonne pour intégrer la section sport-études de rugby du Lycée Cassin. Il prend dans le même temps une licence au Biarritz Olympique du grand Serge Blanco et commence une troisième tranche de vie, marquée par un nouveau déracinement qui va l’endurcir.
Aller à la source
"Aller là-bas puis à Biarritz c’est vivre et connaître ce qu’est vraiment le rugby", expliquera plus tard Serge. Ce qui frappe ses coéquipiers lorsqu’il débarque en sport-études : sa polyvalence et sa détermination. Diamant brut, il sait déjà tout faire sur un terrain au point de se balader allégrement à tous les postes. Il se stabilisera naturellement en 3e ligne, le plus complet. Les orfèvres, Pierre Perez, entraîneur du sport-études de Bayonne puis Patrice Lagisquet à Biarritz, se chargeront de parfaire le diamant Betsen à la mesure du rugby de très haut niveau.
Obtenant en 1994 la nationalité française, c’est en toute logique qu’il intégrera l’équipe de France de rugby en 1997 pour affronter l’Italie. Mais sa trajectoire jusqu’alors linéaire va connaître un accroc. Victime de son impulsivité, il sera écarté du XV de France, coupable de trop de fautes. Sans crier à l’injustice de sa non-sélection (il aurait pu), Serge va faire comme à son habitude, balayer devant sa porte, travailler sur lui-même. En compagnie d’un sophrologue, il va se canaliser, prendre du recul, gommer ces défauts et en 2000, il rejoint de nouveau le groupe France.
Meilleur joueur du monde
Serge est alors bien plus fort au point d’être élu meilleur joueur du monde en 2003. Il est vrai que l’année 2002 qui précède a été prolifique en titres, un premier Bouclier de Brennus avec le Biarritz Olympique et un grand schelem avec l’équipe de France. Vainqueur de la Coupe de France en 2000, champion de France, 2002, 2005 et 2006, il chutera avec Biarritz en finale de Coupe d’Europe face aux Irlandais du Munster en 2005. Malgré 63 sélections en équipe de France et deux grands schelems en 2002 et 2004, Serge n’aura jamais connu de finale de Coupe du Monde, arrêté deux fois par ces "maudits" Anglais en demi-finale, Australie 2003, France 2007.
Veut-il conjurer ce sort et devenir roi d’Angleterre, c’est bien à Londres que Serge a décidé d’ouvrir un nouveau chapitre de sa vie en prenant la direction des Wasps de Raphael Ibanez. L’homme va de nouveau apprendre à s’imprégner d’une nouvelle expérience pour encore grandir, et sa réussite ne surprendra finalement personne. Surtout pas Kais et Faosi Larbi, Thai-Khang Vuong et Osmane Direkze, ses potes de Clichy que l’Angleterre et l’Eurostar vont rapprocher.
Pour cette histoire et pour tout ce qu’il va encore accomplir dans sa vie d’homme, Serge Betsen mérite le plus grand des hommages aujourd’hui à Aguiléra. Levez-vous et applaudissez.
Dupuy et Avril aussi
Outre Serge Betsen, d’autres joueurs emblématiques du Biarritz Olympique Pays Basque fouleront une dernière fois la pelouse d’Aguiléra sous les couleurs rouge et blanc. Julien Dupuy et Denis Avril auront aussi droit à leurs adieux au public biarrot. Le premier évoluera l’an prochain au Leicester tigers (Angleterre), et le second sous le maillot du voisin bayonnais. Les entraîneurs biarrots ont la bonne idée de faire débuter ces trois joueurs face à Castres.
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