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Bernard DARRETCHE / directeur de la CCI de Bayonne
"Si on continue d’être négatifs à l’égard de l’industrie, on déclinera"
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La Chambre de Commerce et de l’Industrie de Bayonne (CCI) a publié le mois dernier son rapport d’activité de l’année 2007. C’est l’occasion de revenir sur l’économie du Pays Basque nord avec Bernard Darretche, le directeur de la CCI. S’il salue une évolution dynamique, son sang ne fait qu’un tour en constatant que le secteur industriel reste irrationnellement rejeté.
Une étude de la CCI a compté 29759 entreprises en Pays Basque. Quelle dynamique cela représente-t-il?
Cela représente une progression de l’économie du Pays Basque, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, en terme d’entreprises mais aussi d’emplois. Le nombre d’emplois réel a augmenté de 5%. Au niveau de la création d’entreprises, c’est +15%. Et c’est un dynamisme qui touche tous les secteurs d’activité: l’industrie, le commerce, les services... tous sont positifs, et c’est là qu’on voit qu’ils progressent ensemble. Quand l’industrie progresse, le pouvoir d’achat et la consommation progressent aussi.
Et sur le plan qualitatif? Quel type d’entreprise progresse?
Il y a des secteurs particulièrement positifs. Je pense à l’aéronautique qui est en très bonne santé. Dassault et Turbomeca gèrent une grosse activité de traitance et de sous-traitance. Même s’il y a toujours un risque avec l’euro fort, car cela reste un marché côté en dollar.Un autre secteur qui se porte bien est l’agroalimentaire, malgré les tensions qu’il existe en terme d’emploi, car il est difficile de pourvoir aux emplois qualifiés. C’est dû à la qualité des produits fabriqués, et aux gros investissements. Boncolac, par exemple, est le leader mondial de la fabrication du gâteau basque. Les fromageries aussi tournent bien. Le secteur de la glisse est une industrie émergente qui s’est beaucoup développée, et génère 3500 emplois sur la Côte basque et le sud des Landes. Aujourd’hui, dans le monde, il y a trois zones de développement dans ce domaine: l’Australie, la Californie, et le Pays Basque. Le Pays Basque est devenu une zone commerciale de niveau régional, qui touche plus de 450000 habitants. Ce n’est plus du commerce de proximité. C’est pour cela qu’on s’est battu pour qu’Ikea s’implante chez nous à Bayonne, d’ici 2010. En général, Ikea s’installe dans des zones de chalandise d’un million d’habitants. Si Ikea vient, cela attire les clients et fait marcher le commerce.
Les deux gros viviers d’entreprises sont bien sûr la CABAB (52,9% des entreprises basques) et la communauté de commune Sud Pays Basque (21,7%). Est-ce une tendance qui va se confirmer ou voit-on poindre d’autres zones de création?
Malheureusement, ce mouvement va continuer, tant qu’on continuera à refuser de manière inexplicable des entreprises comme Andros dans la zone rurale de Mendionde*. A Saint-Palais, l’entreprise Jez (technologie ferroviaire), veut s’implanter, mais son permis de construire a été attaqué par la CAF de la Gironde, qui possède un château. Mais le problème est moins géographique que sociologique.
C’est-à-dire?
L’industrie fait peur. Au sujet des laminoirs à Bayonne, plusieurs élus, que je ne citerai pas, ont déclaré que "les laminoirs émettent des poussières contenant des métaux, des dioxydes de soufre et d’azote, des composés organiques volatils et des dioxines"**. C’est complètement faux et irresponsable de dire ça! On effraie les gens. Vous savez ce que l’on fait dans les laminoirs? On prend des barres de métal et on les aplatit en les faisant passer entre deux rouleaux. On ne génère aucune poussière, aucune pollution. Pourquoi avons-nous dans ce pays cette attitude négative à l’égard de l’industrie? Les laminoirs, c’est 120 emplois, Andros 160, Jez 80! Un emploi en industrie génère trois emplois créés indirectement du fait de son activité! Cela permet de garder les jeunes, de créer de la qualité et du pouvoir d’achat. Pourquoi le Pays Basque sud a de si bons résultats économiques? C’est parce qu’elle dispose d’une véritable activité industrielle! Si on continue à être négatif, on déclinera.
Il y a plus de 108000 emplois au Pays Basque nord, pour un taux de chômage de 7,1%, légèrement inférieur à la moyenne de l’Hexagone. Pourtant, les jeunes quittent le pays pour trouver du travail ailleurs. Comment expliquez-vous cette contradiction?
Le problème, c’est qu’il y a des secteurs en tension, comme le bâtiment, l’hôtellerie-restauration, l’agroalimentaire, la mécanique... Soit les demandeurs d’emploi ne sont pas qualifiés pour les postes proposés, soit ils les refusent. Il y a 8000 intentions d’embauche au Pays Basque, alors qu’il y aégalement 8000 chômeurs. C’est un vrai problème, il y a un déphasage entre l’offre et la demande d’emploi.
Quelles sont les grosses entreprises qui vont s’installer prochainement dans la région et justement générer des emplois?
En 2010, Ikea apportera 700 emplois. Au port, les laminoirs vont générer 120 emplois. Jez va en créer 80. Le permis de construire attaqué va freiner son implantation, mais ils vont s’installer. Il y aura aussi Leroy Merlin à Boucau, mais on n’est pas trop au courant.
Le rôle de la CCIest-il simplement d’accompagner les entreprises, ou est-il plus politique, pour orienter cette économie?
Les deux. Nous accompagnons les hommes et femmes qui font l’économie basque, nous aidons toutes les entreprises, y compris les plus petites, pour évoluer et ne pas faillir. Nous en avons accompagné plus de 500, par exemple en les formant aux techniques de numérisation par exemple. Mais nous analysons aussi la situation et menons des politiques pour corriger des problèmes, cibler certains secteurs prioritaires. Par exemple, nous avons créé l’ESTIA en 1996 afin d’investir dans la formation supérieure. Le Pays Basque manquait de cadres, nous étions en retard dans ce domaine il y a 15 ans. Aujourd’hui, ce retard a été rattrapé. L’ESTIA est une école d’ingénieur de 520 étudiants qui en sortent trilingues grâce aux accords transfrontaliers que nous avons passés. C’est aussi un centre de technologie et une pépinière d’entreprises qui insuffle de la matière grise dans la région.
* Andros avait abandonné en mars2007 son projet d’installation sur le domaine de Garroa face à l’hostilité des habitants, notamment de Biharko Garroa. ** Il s’agit des élus angloys issus de la liste d’opposition "Vivons Anglet naturellement".
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