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Le JPB > L'opinion > Un coup d'oeil sur 2008-06-06
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Finkielkraut et les idiots

Tout le monde déteste Alain Finkielkraut. La tribune qu’il vient de faire paraître dans Le Monde, suivie de ses propos sur les plateaux TV, si elle m’a réjoui, ne plaira pas à tout le monde, c’est certain. Autre raison de s’en réjouir ! Rien que cela me semble être un argument suffisant pour le défendre.

Bien sûr j’exagère : tout le monde ne déteste pas Finkielkraut. Plus nombreux sont ceux, et c’est heureux, qui apprécient ou simplement respectent ses prises de positions (comme Philippe Bilger), voire aiment débattre avec lui (tel Edgar Morin). Chaque semaine, depuis de nombreuses années, son émission Répliques sur France Culture et l’une des plus passionnantes d’un paysage audiovisuel. Bref, l’autodidacte que je suis est reconnaissant à Alain Finkielkraut de lui avoir ouvert l’esprit.

Seuls les pleurnichards, les braillards, les victimisateurs, les dames patronnesses des sociétés des bonnes ¦uvres, d’Acrimed à Novo Press en passant bien sûr par la bible de la bien-pensance laïque et obligatoire, Le Monde diplomatique, c’est-à-dire les phares de la pensée occidentale (exit Simon Leys, George Steiner, François FejtoŠ), le détestent. Dans cette école de la détestation, les freluquets ne sont pas en reste : à Sciences-Po, à la Sorbonne. Quand Finkielkraut explique que le mouvement lycéen est un mouvement gâteux, ce qui me fait rire ce n’est pas son propos, mais les réactions indignées. On n’a jamais vu tel déchaînement. J’adore cette époque qui banalise ses indignations.

Certains qualifient même Alain Finkielkraut de suppôt de la droite populiste. Vous verrez que bientôt on l’accusera d’égorger des petits-enfants. J’admire le philosophe de résister avec un tel aplomb face à la malveillante adversité de ses détracteurs sûrs de leur bon droit.

Leurs attaques injustifiées, car ad hominem et donc déloyales, ne m’inspirent que du dégoût. Heureusement Finkielkraut peut se défendre lui-même. Et puis si j’apprécie Alain Finkielkraut ce n’est pas parce qu’on l’attaque, ce n’est même pas pour ses opinions avec lesquelles je ne suis pas forcément, et de loin, d’accord, mais parce que j’ai toujours préféré la raison à l’irrationnel, j’ai toujours préféré une pensée clairement exprimée aux embrouilles idéologiques. Je préfère son courage solitaire aux imprécations des imposteurs.

On lui reproche de s’en être pris successivement à Mai-68, à Debord, à la modernité. Et alors ? On lui reproche ses prises de positions lors des émeutes de 2005. Curieux comme les gardes rouges de la démocratie se déchaînent après lui. Sauf quand il s’attaque à Nicolas Sarkozy ou quand il lui demande d’arrêter avec le jogging. Là, c’est bien, c’est dans la ligne. Quand il s’en prend à l’équipe de France « black, black, black » là, on comprend que ça émeuve. Mais quoi qu’il dise, les donneurs de leçon ne peuvent être d’accord. Ils ignorent ce qu’est un esprit libre.En réalité, on lui reproche d’être ce qu’il est, ce qui l’a façonné. On lui reproche son histoire, on lui reproche sa culture. On lui reproche non pas de camper sur ses positions, ça serait trop simple, mais d’habiter carrément sa pensée. Celle-ci découle d’une réflexion et d’une histoire.

Quand, dans Le Monde (29 mars 2007), il dit « Les juifs de France n’ont d’avenir que si la France reste une nation ; il n’y a pas d’avenir possible pour les juifs dans une société multiculturelle, parce que le pouvoir des groupes antijuifs risque d’être plus important », il a raison. Et plus le temps passe plus on constate avec effarement combien ce constat s’affine, se précise chaque jour davantage. Je ne pourrais pas vivre dans un pays où il n’y a plus de Juifs. En revanche, je pourrais très bien vivre dans un pays sans fascistes, sans alters, sans paranoïaques de toutes sortes.

Un jour, j’ai été de gauche. J’ai failli ensuite être de droite. Je suis maintenant libre de toute attache. Et je regarde de très haut tous ceux qui revendiquent le fait d’avoir des idées. Et qui en sont si fiers. N’importe qui peut avoir une idée. C’est très vulgaire les idées. Rien ne vaudra jamais un vers de Michaux, de Char ou de Prévert, trois notes de MonkŠ Pour ça, il faut être un génie. Mais Finkielkraut, me direz-vous, ne manie que les idées, les concepts.

Certes, mais comme je préfère Rimbaud à Maurice Carême, je préfère un philosophe talentueux avec qui, pourquoi pas, je ne suis pas d’accord à un vulgaire ratiocineur, haut-parleur d’une doxa sans couleur, sans saveur. Vide.

J’espère que mon papier déplaira au plus grand nom


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