Thérèse JAUFFRET
"Un taux de réussite excellent!": le directeur de l'école primaire du Ziegelwasser ne cache pas sa fierté en rendant compte de la performance de ses élèves qui ont su résister pendant 10 jours à la tyrannie de la télévision, des consoles de jeux et d'internet.
A mi-parcours, ces 250 enfants de 6 à 11 ans avaient engrangé plus de 90% des points pouvant être gagnés s'ils laissaient fermer tous les écrans, indique vendredi Serge Hygen, de l'institut strasbourgeois Eco-Conseil. Notant leurs activités au quotidien, chacun pouvait gagner jusqu'à 5, voire 7 points par jour s'il parvenait à n'allumer aucun écran.
Au-delà des points, le plus important, c'est le défi qui a été gagné au niveau de l'enfant, de sa famille et de son quartier, estime le directeur Xavier Rémy.
"C'étaient dix jours intenses", décrit-il. "Des journées exceptionnelles", appuie sa collègue Cécile Zirn, enseignante.
Contre l’ennemi
La bataille menée contre "l'ennemi" fut rude et les protagonistes - équipe éducative, familles, associations et enfants - accusent un certain contrecoup après l'expérience.
"Le plus dur, ça a été pour ma plus jeune, Géna, 6 ans, qui avait l'habitude de voir une série à 8H00 avant l'école", raconte Marie-France Pierson. "Maintenant, je n'allume plus la télé le matin, et c'est mieux : tous les enfants sont prêts à l'heure pour l'école!"
L'une des initiatives préférées Marie-France, c'est l'atelier de couture qu'elle a dirigé avec d'autres mamans. "On avait 30 à 40 enfants dans l'atelier, ça m'a plu, et ils m'ont demandé de continuer...»
Des cours de cuisine proposés comme alternative aux écrans ont eu également un franc succès, ainsi qu'une sortie à vélo et une visite au... commissariat du quartier.
Amorce du dialogue
Pour Cécile Zirn, la suppression de la télé a rendu les discussions en classe bien plus riches : "Au lieu de parler du film de la télé, les élèves avaient beaucoup d'autres choses à raconter, ils avaient fait chacun des tas de choses différentes !"
"Et les parents aussi ont redécouvert les discussions au bas de l'immeuble", se réjouit-elle, tandis que sa collègue Marie constate avec un grand sourire que "tous les tissus sociaux se renouent pour se substituer à la télévision".
Autre bienfait de l'opération "sans écran" : les heures de sommeil gagnées par certains enfants - une minorité - habitués à veiller tous les soirs jusqu'à 22H00 ou 23H00.
"Je me sens tout bizarre ce matin, je me suis couché à 9H00 hier soir", a ainsi raconté un enfant à sa maîtresse.
La plupart étaient cependant plus nerveux pendant cette période d'abstinence, reconnaissent parents et enseignants. Mais peut-être étaient-ils excités par les médias venus de toute la France ? Ou peut-être était-ce la manifestation d'un certain manque ? "Les jeux vidéo sont un vrai défouloir pour quelques enfants", a constaté un enseignant, Emmanuel.
L'aventure ne restera pas sans lendemain. Les enfants vont très vite s'atteler à répondre aux quelque 400 lettres et cartes d'encouragement reçues de France et de l'étranger.