Martine MAILLEFERT / Porte-parole de la LCR Pays Basque
Mai 68, c’était hier et c’est demain !
En voulant "tourner la page une bonne fois pour toutes" de Mai 68, Sarkozy n’a fait qu’ouvrir le débat et même en raviver la flamme. Bien sûr, il y a ceux qui, comme Cohn-Bendit font dans la repentance et nous intiment de façon péremptoire d’oublier 68. Mais il y a aussi ceux qui, comme nous, pensent que prendre parti reste plus que jamais d’actualité. L’heure n’est pas à commémorer Mai 68 mais à en continuer les combats en en retirant toutes les leçons.
Parmi les éléments qui ont annoncé Mai 68, il y a eu les mobilisations contre la guerre au Vietnam qui ont radicalisé une partie de la jeunesse, il y a eu le printemps de Prague contre le despotisme bureaucratique soviétique, il y a eu la montée des luttes ouvrières dans de nombreux pays, notamment en France, où l’on dénombrait déjà, en 1967, 4 500 000 journées de grève.
La jeunesse, plaque sensible qui ressent fortement les contradictions de la société, a été le fer de lance du mouvement. Le mouvement étudiant a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres face à une société fortement hiérarchisée et rigide. Son premier objectif était de faire sortir la police qui avait occupé la Sorbonne pour empêcher les étudiants de se réunir. A partir de là, le mouvement s’est étendu comme une traînée de poudre dans toute la France durant la première quinzaine de Mai avec le cycle "action / répression" qui s’en est suivi.
Les luttes ouvrières de Mai 68 sont peu relatées aujourd’hui par les médias qui préfèrent mettre en évidence le caractère spectaculaire de la révolte étudiante. Or, Mai 68 est un événement majeur de la lutte des classes en France. Sans consignes syndicales, des grèves spontanées éclatent les 14 et 15 Mai dans une série dŒentreprises. Puis, la force de Mai 68 sera la grève générale qui démarre à partir du 17 mai et finira par s’étendre à 9 millions de salariés.
Cette grève générale se transformera, à son apogée, en "grève politique" qui va ébranler l’Etat gaulliste. Elle va poser objectivement la question du pouvoir. Réalisant plus de 20% des suffrages à chaque élection, hégémonique dans les secteurs les plus radicaux de la classe ouvrière, le parti communiste refusera d’ouvrir une crise politique. Malgré la massivité et la radicalité du mouvement, le PCF refusera de l’apprécier autrement que dans sa dimension syndicale et revendicative. Sa politique restera totalement subordonnée à celle de l’URSS qui redoutait plus que tout que soit bouleversé le statu quo international signé à Yalta, lors du partage d’influence, qu’elle avait opéré avec les pays occidentaux. Alors que le pouvoir devient vacant à partir du 24 Mai, le PCF ne donnera aucune perspective de débouché politique, il attendra le 29 Mai, pour exiger le départ de De Gaulle et parler de "gouvernement populaire". Trop tardifs et dépourvus de la moindre concrétisation, ces objectifs demeureront purement incantatoires. Cela permettra à la droite, dès le 30 Mai, de prendre l’offensive et d’envahir les champs Elysées pour retourner la situation en sa faveur.
On peut tirer quelques enseignements pour, dans des conditions différentes, aboutir demain à un Mai 68 qui réussisse. Ce qui a manqué en Mai 68, c’est l’existence d’une force politique bien implantée et reconnue, avec un programme crédible qui parte des préoccupations du monde du travail, pour aboutir à des mobilisations qui remettent en cause le système. De même, il est décisif que les travailleurs en lutte se donnent leurs propres structures de représentation : comités de grève avec des délégué(e)s élus et révocables, coordonnés au niveau national. Ainsi, ils représenteraient la légitimité du pouvoir des gens mobilisés face à celle du gouvernement. Lorsque le problème du pouvoir est posé, cette structure peut devenir le contre pouvoir crédible à opposer aux gouvernants.
C’est dans cette perspective que nous nous attelons aujourd’hui à la création d’un nouveau parti anticapitaliste qui aidera, dans les conditions actuelles, au succès d’un nouveau Mai 68, plus indispensable que jamais.
|