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Le JPB > Pays Basque 2008-05-31
Ainhoa ETXAIDE / Secrétaire générale du syndicat abertzale LAB
« Nous proposons un syndicalisme de confrontation pour construire un autre modèle au Pays Basque »

La nouvelle secrétaire générale du syndicat abertzale LAB symbolise le rajeunissement et la féminisation de la direction du syndicat. Etxaide veut poursuivre la voie tracée par l'ancienne équipe, tout en s'adaptant aux nouvelles réalités des travailleurs. D'ailleurs, elle annonce la tenue à Bayonne en juin du congrès fixant les priorités de LAB au Pays Basque nord pour les prochaines années.

Le dernier congrès a marqué un rajeunissement et une féminisation de la direction de LAB. Cela constitue-t-il un changement de cap dans votre stratégie ?

Absolument pas. Nous pouvons affirmer que la continuité sera notre créneau. L'objectif est de rester fidèle à notre stratégie, mais avec le souci de prendre en considération les nouvelles réalités des travailleurs, et les nouveaux besoins du Pays Basque.

Avec cette nouvelle direction, nous voulons aller de l'avant, en donnant aux femmes la place qu’elles méritent, en intégrant une dimension nationale, avec des représentants de tous les territoires du Pays Basque. Nous voulons être un syndicat qui répond aux nouvelles réalités des travailleurs, et la nouvelle direction traduit cette volonté.

Personnellement vous prenez le relais du secrétaire général historique de LAB, Rafa Diez, qui est une référence au niveau syndical et politique au Pays Basque. Comment abordez-vous cette nouvelle fonction ?

C'est vrai que c'est une responsabilité importante, mais je ne veux pas appréhender cette nouvelle fonction comme un poids. J'ai beaucoup appris à côté de Rafa, et il continuera à apporter son expérience à la nouvelle direction, car il va continuer à militer dans le syndicat. Cela étant, notre priorité est de donner une identité propre à la nouvelle direction. Personnellement, j'ai aussi cette ambition. J'ai une voie à construire en tant que secrétaire générale. Bien sûr, l'expérience et les acquis du passé ne seront pas oubliés, mais je ne veux pas être juste la remplaçante de Diez.

Lors de votre récent congrès, quelles priorités avez-vous marquées pour les futures années ?

Notre plan stratégique s'articule autour de trois axes. La première priorité est de faire en sorte que la classe travailleuse du Pays Basque prenne la place qui lui correspond dans les décisions qui sont prises. Nous ferons en sorte que la voix des travailleurs soit entendue. Pour ce faire, nous croyons au rapport de force face au patronat, et il est indispensable que les travailleurs se réapproprient les mécanismes de ce rapport de force.

Vous envisagez aussi le syndicalisme comme un outil pour un changement de modèle de société ?

Tout à fait, c'est notre deuxième axe prioritaire. Le syndicalisme est un outil pour porter des revendications afin d'en finir avec ce modèle néolibéral. Nous savons que la majorité des travailleurs partagent cette ambition, et c'est pour cela que nous allons nous interroger sur l'efficacité des luttes pour arriver à ce changement. Si nous proposons des luttes efficaces, des formules utiles, les travailleurs se joindront à ces luttes pour arriver à renverser le modèle de société actuel.

Sur quelles revendications concrètes mettrez-vous l'accent ?

La défense d'un secteur public basque est une priorité, indispensable pour renverser le modèle néolibéral. De plus, nous allons travailler pour réclamer un emploi de qualité. La précarisation du monde du travail a énormément progressé et il faut récupérer la revendication du droit à un emploi digne. Avoir un emploi digne est un droit. Nous croyons aussi aux droits des personnes. Les travailleurs, nous sommes des personnes avec des droits, et notre situation ne doit pas fluctuer selon les lois du marché. Bien évidemment, l'égalité de droits et de chances entre les hommes et les femmes nous paraît essentielle, et cette préoccupation apparaît de manière transversale. Enfin, nous sommes partisans d'un modèle économique respectueux de l'environnement, raison pour laquelle nous nous opposons fermement à la LGV qui traverserait le Pays Basque.

Les femmes souffrent en général d'une situation plus dégradée que les hommes dans le monde du travail. Comment arriver à une égalité entre les hommes et les femmes ?

Nous envisageons cette question autour de deux clefs. Tout d'abord, nous avons intégré dans nos axes de lutte des points précis qui répondent à la situation spécifique que vivent les femmes. Nous avons élaboré une stratégie particulière aux femmes, qui se raccorde à notre stratégie globale, car les femmes vivent une situation particulière, qui nécessite des réponses précises.

De plus, il est indispensable, à long terme, pour arriver à une vraie égalité entre les hommes et les femmes, et non pas juste à des améliorations secteur par secteur, de renverser le modèle patriarcal dans lequel nous vivons. Donc, les mesures que nous proposons doivent à la fois être applicable dans la situation d'aujourd'hui, mais toujours en ayant pour objectif d'en finir avec le modèle patriarcal. Dans cet esprit, nous exigeons aux institutions de prendre des mesures à caractère obligatoire, pour arriver à une vraie égalité. Les politiques incitatives ne résolvent rien.

Enfin, notre souci est d'offrir aux femmes qui veulent lutter pour cette égalité, un outil efficace, leur permettant de mener à bien cette lutte. Il faut prendre en compte que la précarité que vivent les femmes travailleuses est très grande, et il est de notre devoir d'adapter les outils que nous offrons aux femmes, depuis LAB, à cette précarité, et de les aider à mener la lutte.

Le monde du travail a évolué vers plus d'incertitudes et de précarité (CDD, hausse du travail intérimaire, stages...). Comment faire en sorte pour attirer ces travailleurs précaires à votre syndicat ?

C'est le défi majeur que tous les syndicats avons devant nous. Il est évident qu'un employé précaire n'est pas en condition pour rentrer dans un rapport de force avec son patron. La clef est de proposer un syndicalisme, bien sûr, présent dans les usines et les lieux de travail, mais aussi au delà. Le syndicat doit être un mouvement social, qui lutte, au travers du monde du travail, pour défendre un autre modèle de société que celui que nous vivons. Les conflits du travail ne se limitent pas à un conflit entre tel patron et tels travailleurs, ils sont l'expression d'un modèle de société. En effet, un jeune qui a un contrat précaire ne peut pas lutter contre son patron, or ce qu'il peut faire, c'est militer, lutter en dehors pour arriver à un modèle de société ne faisant plus la part belle aux contrats précaires, et en général, au jeu du marché. C'est cela que doit proposer le syndicat à tous ceux qui veulent un autre Pays Basque, c'est pour cela que le syndicat doit être un vrai acteur du mouvement social.

Une des manifestations du syndicalisme actuel est la cogestion, le dialogue social entre syndicats et employeurs. Quelle est votre position sur cette question ?

Il y a deux aspects dans cette question de la cogestion. Pour nous, le secteur public basque doit être construit. Pour ce faire, il est indispensable de créer des mécanismes participatifs, pour assurer que les travailleurs participeront à la construction de ce secteur public.

La deuxième question est celle de la culture syndicale. En effet, notre objectif est de proposer une alternative au modèle néolibéral. Or, nous ne voyons aucune volonté de la part du patronat et des institutions d'en finir avec ce modèle. Tant qu'il en sera ainsi, les syndicats devront être en face du patronat et des institutions. Les syndicats doivent être un contre pouvoir. Ces dernières années, un secteur réformiste a pris de l 'ampleur au sein de plusieurs syndicats. Le fait que les syndicats soient allés de la main avec les institutions dans les réformes libérales a décrédibilisé au sein des travailleurs le syndicalisme.



«Nous sommes une alternative au Pays Basque nord »
LAB est présent au Pays Basque nord depuis six ans. Quel bilan tirez-vous ?

Le bilan est positif. Le fait d'avoir assuré notre présence en Pays Basque nord depuis six ans est en soi positif. En venant au Pays Basque nord, nous ne voulions pas seulement affirmer notre caractère national en tant que syndicat basque.

Nous voulions surtout proposer aux travailleurs du Pays Basque nord une nouvelle offre syndicale, que ce soit au niveau du modèle syndical, en proposant un vrai modèle de syndicat d'opposition, que ce soit au niveau du modèle économique que nous proposons face à la situation actuelle du Pays Basque nord. Je crois que c'était nécessaire que nous soyons présents pour que les travailleurs puissent débattre du modèle économique, social, que nous voulons pour le Pays Basque nord.

Nous proposons aux travailleurs un autre modèle pour le Pays Basque nord, qui garantisse sa pérennité économique et sociale, et qui soit ancré dans le Pays Basque. Le bilan est donc positif, car nous avons attiré des travailleurs en accord avec notre syndicalisme de confrontation, mais aussi parce que nous avons rejoint en tant que syndicat les nouveaux défis que se fixe le Pays Basque nord quant à son futur.

Votre stratégie est nationale, mais veut s'adapter aux réalités locales. Quels axes développerez-vous pour le Pays Basque nord ?

Nous croyons que les axes globaux cités auparavant ont un champ d'application sur tout le Pays Basque nord, cela n'enlève pas que la mise en place concrète doit s'adapter aux réalités locales, très diverses au Pays Basque du fait de son morcellement institutionnel. C'est pour cela que nous allons organiser en juin un congrès à Bayonne, qui fixera la stratégie de LAB pour les quatre prochaines années au Pays Basque nord, en adéquation avec les grands axes nationaux.

Depuis votre arrivée ici, l'attitude des autres syndicats a été pour le moins distante. Est-il possible de dépasser ces oppositions ?

L'attitude de certains syndicats, va au-delà de la distance, et manifeste une véritable opposition à notre encontre, et elle est assez représentative de l'état d'esprit de ces syndicats. Ceux qui doivent décider si un syndicat comme LAB a sa place au Pays Basque nord, ce sont les travailleurs eux-mêmes et non tel ou tel syndicat, ou le patronat local. Le travail que ces syndicats effectuent pour nous mettre des bâtons dans les roues, pour faire en sorte que LAB ne soit pas présent dans les entreprises... est antidémocratique, et reflète certainement leur peur. C'est aux travailleurs de décider si nous sommes légitimes.

Face à cela, nous restons les bras ouverts. Nous croyons sincèrement à la coopération intersyndicale. En même temps, nous sommes convaincus que les travailleurs du Pays Basque nord ont le droit d'avoir à leur disposition un outil comme LAB, et nous persisterons dans cette voie.

E. Z.


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