Aitor Mendizabal : Eros et Thanatos
Pour sa première exposition de la saison, le Musée de Guéthary invite dans ses murs, le sculpteur gipuzkoar Aitor Mendizabal. Cet artiste de stature internationale fête cette année ses trente ans de carrière et présente ici ses dernières réalisations, une quarantaine de pièces en bronze et cuivre, ainsi qu’une dizaine de dessins à l’encre de Chine
Yann HERVE-KERSUYAN
Le leitmotiv est la vie et la mort : Eros et
Thanatos en grec ; “un escalier à double évolution ; le double versant ; l’adret
face à l’ubac” écrit Aitor Mendizabal dont l’œuvre s’inscrit dans un symbolisme
universel. Cet artiste né en 1949 à Caracas, au Venezuela ; où son père
s’était réfugié en 1936 pour fuir un pays gangrené par le franquisme ; revient
au Pays Basque à l’âge de neuf ans. Après une scolarité en Suisse où il apprend
le français, il entreprend des études de sciences économiques avant de choisir à
27 ans le métier de sculpteur. Il effectue alors un cursus d’art à l’école de
San Pedro de Aia, près de San Sébastian. Après avoir obtenu le 1er Prix du
concours des jeunes créateurs de sculpture de San Sébastian, il décide de partir
pour l’Italie en 1979. Il y demeurera dix ans. Pendant cette période il
travaillera la pierre, notamment le marbre, dans une démarche d’inspiration
classique, inspiré entre autres par Michel Ange.
En 1989, il revient
s’installer au Pays Basque car, dit-il “l’art méditerranéen m’étouffait un peu…
L’art méditerranéen est figuratif, l’art atlantique, dont l’art basque fait
partie, est abstrait.” Ce sont donc des œuvres non figuratives qui sont
présentées au public du musée, un ensemble de quarante sculptures en bronze et
cuivre sur le thème complémentaire de la vie et de la mort.
La cohérence
de cette exposition est ce qui frappe d’emblée le visiteur. Chaque pièce
présentée répond aux autres dans un cheminement philosophique où se dégage la
volonté d’expliciter la dualité de la destinée humaine. Par cette fusion de
l’abstrait et du figuratif, Aitor Mendizabal explore le double concept d’Eros et
de Thanatos, inscrit au plus profond de l’être.
Après avoir fait le choix
de l’abstraction, c’est par l’emploi du métal, et plus particulièrement le
bronze et le cuivre, que le sculpteur a choisi de s’exprimer.
Les pièces
de bronze, de petites tailles, présentées au musée, réinterprètent le
surréalisme dans sa composante onirique et l’exploration de l’inconscient. Ces
œuvres décortiquent les thèmes universels de la vie, de la mort, de l’amour et
du sexe. Les sculptures, rêves matérialisés, incarnés dans le métal, magnifient
la nature intemporelle des sentiments et la permanence de cette nature sans
cesse réinventée.
Série de grands formats
Dans
ses séries de grands formats intitulées : Errance initiatique, Psyché ou encore
Tabou ; constituées de feuilles de cuivre froissées, malaxées et fixées sur des
panneaux d’aluminium et de bois ; l’artiste réalise des totems muraux, sortes
d’ex-voto offerts aux dieux de la création. Ces images barbares et émouvantes
recèlent un mystère sacré, une invocation de l’âme immortelle.
L’œuvre
d’Aitor Mendizabal est terrible et magnifique. Chez lui, ni tiédeur, ni
compromis, il affirme avec force la singularité de sa démarche, le
questionnement du monde actuel auquel il appartient pleinement. Une dizaine de
dessins à l’encre de Chine, installés dans la salle située à l’entresol du
musée, complètent l’exposition. Ces œuvres sur papier représentent certaines des
sculptures exposées. Bien que l’on soit tenté de les assimiler à des travaux
préparatoires, la qualité de ces réalisations leur confère une autonomie propre.
Ces dessins aériens, minutieux, dans lesquels on voit s’exprimer une grande
liberté d’expression, nous renseignent d’une façon plus intime sur la
personnalité de l’artiste, l’excellence et la maîtrise de son métier.
Ce
sculpteur, d’origine basque, se veut avant tout citoyen de ce monde qu’il sait
si bien retraduire dans son art. Il appartient bien, sans conteste, à cette
fratrie d’artistes dont l’œuvre est universelle.
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