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Le JPB > Sujet à la une 2008-05-17
Aitor Mendizabal : Eros et Thanatos
Pour sa première exposition de la saison, le Musée de Guéthary invite dans ses murs, le sculpteur gipuzkoar Aitor Mendizabal. Cet artiste de stature internationale fête cette année ses trente ans de carrière et présente ici ses dernières réalisations, une quarantaine de pièces en bronze et cuivre, ainsi qu’une dizaine de dessins à l’encre de Chine

Yann HERVE-KERSUYAN

Le leitmotiv est la vie et la mort : Eros et Thanatos en grec ; “un escalier à double évolution ; le double versant ; l’adret face à l’ubac” écrit Aitor Mendizabal dont l’œuvre s’inscrit dans un symbolisme universel.
Cet artiste né en 1949 à Caracas, au Venezuela ; où son père s’était réfugié en 1936 pour fuir un pays gangrené par le franquisme ; revient au Pays Basque à l’âge de neuf ans. Après une scolarité en Suisse où il apprend le français, il entreprend des études de sciences économiques avant de choisir à 27 ans le métier de sculpteur. Il effectue alors un cursus d’art à l’école de San Pedro de Aia, près de San Sébastian. Après avoir obtenu le 1er Prix du concours des jeunes créateurs de sculpture de San Sébastian, il décide de partir pour l’Italie en 1979. Il y demeurera dix ans. Pendant cette période il travaillera la pierre, notamment le marbre, dans une démarche d’inspiration classique, inspiré entre autres par Michel Ange.

En 1989, il revient s’installer au Pays Basque car, dit-il “l’art méditerranéen m’étouffait un peu… L’art méditerranéen est figuratif, l’art atlantique, dont l’art basque fait partie, est abstrait.” Ce sont donc des œuvres non figuratives qui sont présentées au public du musée, un ensemble de quarante sculptures en bronze et cuivre sur le thème complémentaire de la vie et de la mort.

La cohérence de cette exposition est ce qui frappe d’emblée le visiteur. Chaque pièce présentée répond aux autres dans un cheminement philosophique où se dégage la volonté d’expliciter la dualité de la destinée humaine. Par cette fusion de l’abstrait et du figuratif, Aitor Mendizabal explore le double concept d’Eros et de Thanatos, inscrit au plus profond de l’être.

Après avoir fait le choix de l’abstraction, c’est par l’emploi du métal, et plus particulièrement le bronze et le cuivre, que le sculpteur a choisi de s’exprimer.

Les pièces de bronze, de petites tailles, présentées au musée, réinterprètent le surréalisme dans sa composante onirique et l’exploration de l’inconscient. Ces œuvres décortiquent les thèmes universels de la vie, de la mort, de l’amour et du sexe. Les sculptures, rêves matérialisés, incarnés dans le métal, magnifient la nature intemporelle des sentiments et la permanence de cette nature sans cesse réinventée.

Série de grands formats

Dans ses séries de grands formats intitulées : Errance initiatique, Psyché ou encore Tabou ; constituées de feuilles de cuivre froissées, malaxées et fixées sur des panneaux d’aluminium et de bois ; l’artiste réalise des totems muraux, sortes d’ex-voto offerts aux dieux de la création. Ces images barbares et émouvantes recèlent un mystère sacré, une invocation de l’âme immortelle.

L’œuvre d’Aitor Mendizabal est terrible et magnifique. Chez lui, ni tiédeur, ni compromis, il affirme avec force la singularité de sa démarche, le questionnement du monde actuel auquel il appartient pleinement. Une dizaine de dessins à l’encre de Chine, installés dans la salle située à l’entresol du musée, complètent l’exposition. Ces œuvres sur papier représentent certaines des sculptures exposées. Bien que l’on soit tenté de les assimiler à des travaux préparatoires, la qualité de ces réalisations leur confère une autonomie propre. Ces dessins aériens, minutieux, dans lesquels on voit s’exprimer une grande liberté d’expression, nous renseignent d’une façon plus intime sur la personnalité de l’artiste, l’excellence et la maîtrise de son métier.

Ce sculpteur, d’origine basque, se veut avant tout citoyen de ce monde qu’il sait si bien retraduire dans son art. Il appartient bien, sans conteste, à cette fratrie d’artistes dont l’œuvre est universelle.


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