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Le JPB > Pays Basque 2008-05-17
Alain LAMASSOURE / Député européen
"L’Europe participe en finançant des investissements tels que la LGV"

Député européen depuis 1989, Ministre aux Affaires européennes dans le Gouvernement Balladur (1993-1995), Alain Lamassourre est pour une Europe qui facilite la vie aux citoyens. Aujourd’hui, il part en guerre contre l’administration française coupable selon lui des principaux blocages. Alain Lamassourre, membre de l’UMP, dont il est secrétaire national en charge des questions européennes, répond à nos questions tant sur la place de la France que sur le rôle de l’Europe au Pays Basque.

Le 1erjuillet 2008, l’Etat français assurera la Présidence de l’Union Européenne. Après le référendum et le rejet du Traité constitutionnel en 2005, quelle est aujourd’hui sa place dans l’Union?

La France a toujours été présente et a très largement participé aux progrès de l’Europe depuis le 1er traité de 1951, puis avec les traités de Rome et de Maastricht. Hélas, depuis les résultats malheureux du référendum de 2005, la France s’est retrouvée en queue de peloton. Avec le nouveau traité et l’action de Nicolas Sarkozy, notre pays retrouve son rayonnement et l’Europe attend beaucoup de la France. Onze pays ont d’ores et déjà ratifié le Traité de Lisbonne. Seize pays doivent procéder à un référendum ou à la ratification d’ici la fin 2008. Le prochain pays à se prononcer sera l’Irlande le 12juin prochain.

Dans certains pays, les débats sont difficiles, comme en Irlande ou au Royaume-Uni ou compliqué comme en Belgique. C’est pourquoi, il faut éviter de lancer des idées ou des initiatives politiques qui viendraient perturber les ratifications comme cela s’est produit en France, en 2005, lorsque l’on a débattu de l’entrée de la Turquie ou de la directive Bolkestein, sujets qui n’avaient rien à voir avec le traité constitutionnel.

Présider l’Europe, qu’est-ce que cela veut dire?

C’est proposer l’ordre du jour, présider les réunions et avoir un rôle d’arbitrage. A l’automne 2007, le Président Sarkozy a annoncé ses priorités européennes: la relance de politique de Défense, la politique énergétique et le développement durable, l’immigration et la réforme budgétaire, notamment celle de la PAC (Politique Agricole Commune). Le Président français devrait détailler ses propositions dans les prochaines semaines.

Le rôle de l’Europe pour les Basques?

L’Europe participe en finançant de nombreux investissements et projets comme les Universités, les infrastructures routières, portuaires ou la Recherche. Par exemple: la ligne TGV Paris-Madrid, le Port de Bayonne. Beaucoup de ces réalisations ne verraient pas le jour ou seraient longues à mettre en ¦uvre sans le concours de l’Europe. Le citoyen ne sait pas toujours que l’Europe est intervenue car souvent les élus préfèrent mettre en avant leur propre rôle.

Ainsi, entre2000 et2007, 2000 projets ont été financés par l’Europe. Malheureusement dans les prochaines années, avec l’élargissement de l’Union, les budgets octroyés à notre région vont être révisés à la baisse. En effet, les pays nouvellement entrés dans l’Europe, principalement les pays de l’Est, vont avoir besoin, à leur tour, d’infrastructures et de se mettre à niveau par rapport aux autres pays membres.

Voici quelques années, le projet Eurocité voyait le jour. Où en est-il?

Il s’agissait de mettre en place une coopération nouvelle. Je dois dire que ce projet est aujourd’hui en roue libre. Mes successeurs ne semblaient pas animer de la même motivation. Le nouveau Président, Jean Grenet devrait redonner une impulsion politique forte et favoriser le développement de ce projet original.

Entre Bayonne et San Sebastien, il s’agit avant tout d’un espace de vie spontané: les Espagnols viennent faire leurs achats dans les magasins de Biarritz ou de St-Jean-de-Luz et les Français vont faire la fête en Espagne. Nous allons aussi y acheter cigarettes et essence. Ces produits y sont moins taxés. Un jour ou l’autre, il faudra une harmonisation fiscale pour qu’il n’y ait plus d’écarts de ce type entre les pays.

Vous faites également partie d’Euromot (prononcez Euromotte). Qu’est-ce que c’est?

Il s’agit d’un réseau permettant les échanges d’expériences et la coopération transfrontalière. Ainsi une nouvelle entité, le GECT (Groupement Européen de Coopération Transfrontalière) devrait voir le jour sur notre territoire et je souhaite que la Communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz y joue un rôle important.

Le Grand Lille a été pionnier dans le domaine, à l’initiative de Pierre Mauroy. Plus souple que les Communauté de Communes, cette nouvelle structure doit permettre de développer des projets communs transfrontaliers aujourd’hui compliqués à mener à bien pour des raisons juridiques et de la multiplication des intervenants: région, départements, communes, Communautés de Communes, etc., pour l’Etat français et de même pour les Espagnols.

Et Pays Basque 2020?

Lancé en 2005, c’est un objectif de développement durable à long terme pour guider les collectivités locales et l’Etat. Les négociations ont pris du retard en raison des élections municipales. Elles devraient être finalisées d’ici la fin juin.

Toutes ces structures ne favorisent-elles, en partie, le rejet de l’Europe par les citoyens?

Certainement pas. L’Europe est un formidable progrès! Vive l’Europe! C’est la bureaucratie française qui est la cause des blocages.

Le Président Sarkozy m’a confié une mission relative au citoyen et à l’Europe. Je dois lui remettre mon rapport dans les prochains jours. Je peux déjà vous dire que le constat est accablant pour notre administration. Ce rapport devrait faire beaucoup de bruit. On parle toujours des technocrates de Bruxelles; ils n’existent pas. Les technocrates sont chez nous.

Les lois européennes sont mises en application par l’Administration française. Lorsqu’il s’agit des lois françaises tout se passe bien mais pour les textes européens, il en va tout autrement. L’Europe doit faciliter la vie des gens et la vie des entreprises et non pas le contraire. Un salarié doit, par exemple, pouvoir travailler dans un autre pays européen en bénéficiant des mêmes avantages que dans son pays d’origine. C’est la même chose pour le droit des personnes, le droit civil et le droit de la famille. Aujourd’hui 350000 mariages binationaux sont célébrés. On sait gérer le droit entre deux pays mais si des enfants naissent dans un troisième pays et que des acquisitions immobilières sont faites dans un quatrième pays, c’est l’impasse totale.

Les prochaines élections européennes ont lieu en 2009, serez-vous candidat?

Oui. Je souhaite poursuivre mon action d’autant que le Traité de Lisbonne va donner de nouveaux pouvoirs au Parlement Européen.



L’identité basque, un atout pour l’Europe
Jean-Roch Guiresse vit à l’heure européenne. De ses bureaux à Bidart, en réunion à San Sébastien, en conférences à Bilbao ou en Grande-Bretagne, Jean-Roch Guiresse, Directeur de l’Ecole d’ingénieurs et d’Estia Entreprendre, souhaite faire partager sa passion pour la formation et pour les échanges internationaux.

"Nous avons la chance de vivre sur un territoire où l’économie et les ressources humaines sont de formidables atouts" dit-il très enthousiaste. Et de poursuivre "nous bénéficions ici de personnes bien formées et d’une identité basque très forte de part et d’autre de la frontière. Nous sommes fiers d’être basques. Ici, nous voulons réussir notre vie et réussir dans la vie".

Pour Jean-Roch Guiresse se parler, échanger, d’un pays à l’autre, notamment au Pays Basque, tant espagnol que français, est essentiel. "Nous devons être compétitifs, nous encourager et ensemble rechercher des solutions". Pour lui, l’Europe se vit chaque jour: avec l’Université, ce sont des échanges de professeurs, l’accueil d’étudiants européens, des travaux de recherches et avec l’entreprise, ce sont de nouveaux contrats et donc de nouveaux emplois.

Et si le projet Eurocité est en hibernation "ce sont les difficultés politiques et territoriales qui en sont la cause; il est compliqué pour les entités espagnoles, très autonomes, de travailler avec des administrations françaises qui n’ont pas les mêmes pouvoirs".

En revanche, Jean-Roch Guiresse, qui est également membre du Conseil de Développement du Pays Basque, veut croire que les acteurs économiques sont beaucoup plus dynamiques que les politiques. "Nous veillons, dans notre pépinière d’entreprises, à ce que les créateurs développent leurs activités à l’étranger et notamment en Europe. Nous savons que les entreprises espagnoles sont beaucoup mieux armées que nous car elles bénéficient notamment de réseaux d’accompagnement de qualité. Nous devons mieux informer les entrepreneurs sur les possibilités de financements européens".

Formation professionnelle

Conscient qu’aujourd’hui les entreprises doivent aussi s’implanter en Europe de l’Est, pour le dynamique directeur de l’ESTIA, l’avenir passe par un rééquilibrage des pouvoirs d’achat des Européens, la poursuite des efforts en faveur de la Recherche et surtout par la mise en ¦uvre d’une réelle politique de formation professionnelle tout au long de la vie. "Il est aussi indispensable que l’Europe harmonise les diplômes. Nos étudiants doivent pouvoir travailler partout en Europe dans les mêmes conditions que dans leur pays d’origine".


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