Ce qui était prévisible est arrivé. Comme le redoutait Dominique Plihon lors de la conférence organisée par Attac Pays Basque à l’automne, la crise immobilière de l’été 2007 aux États-Unis a dégénéré en crise bancaire et financière dont l’effondrement des valeurs boursières au milieu de janvier 2008 a été un symptôme. Mais cette crise vient en réalité de plus loin.
Elle est le produit de la financiarisation de l’économie capitaliste mondiale, menée tambour battant depuis trois décennies par les politiques néolibérales. Les maîtres du monde qui se réunissent chaque année en conclave du néolibéralisme au forum de Davos peuvent être fiers. N’avaient-ils pas réclamé et obtenu la liberté totale de circuler pour leurs capitaux afin de conduire les restructurations industrielles (fusions, absorptions, délocalisationsŠ) ? N’avaient-ils pas obtenu le feu vert pour créer d’innombrables "innovations" financières en transformant tout produit (matières premières, quotas de carboneŠ) en titres, c’est-à-dire en objets de spéculation ? N’étaient-ils pas ainsi en mesure de faire réaliser de mirifiques plus-values boursières aux actionnaires, en plus de dividendes augmentant proportionnellement au chômage et à la précarité?
La crise actuelle est un atterrissage forcé, marqué par l’entrée probable en récession de l’économie des Etats-Unis après la crise du crédit et celle de la Bourse. Une récession sans doute plus difficile à contrecarrer que d’autres, et qui, comme de coutume, sera suivie de perturbations similaires en Europe et dans le reste du monde. Nul n’ignore ce que cela signifie : chômage, pression accrue sur les pouvoirs d’achat et les protections sociales, délocalisations, exportation de capitaux. La nouvelle récession servira de ressort pour de nouveaux ajustements. Dans une économie mondiale où les frontières commerciales et financières ont été ouvertes, chaque nouvelle perturbation contribue à la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, avec à la clé la montée des inégalités. Et chaque crise accroît les risques de conflits géopolitiques dans un environnement où institutions financières et fonds souverains se disputent le leadership d’un monde sans autre boussole que la rentabilité financière.
D’ores et déjà la crise immobilière aux Etats-Unis a poussé les spéculateurs vers d’autres marchés, à commencer par celui des céréales dont le cours international est fixé à Chicago, contribuant à la flambée du prix des céréales dont les effets sont meurtriers dans les pays pauvres importateurs ; les émeutes de la faim à Haïti, en Afrique ou en Amérique latine en sont le corollaire.
Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obligataire américain ; 1997 et 1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008 enfin, crise immobilière et peut-être crise financière globale.
Pourquoi une telle répétition ? Parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’"innovation" financière ont été abolies. Quant aux banques centrales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se précipiter au secours des banques et des fonds spéculatifs en mal de liquidités.
Il ne faut pas attendre la prochaine crise sans rien faire et supporter plus longtemps les extravagantes inégalités que la finance de marché fait prospérer. Parce que l’instabilité est intrinsèque à la déréglementation financière, comment les dérisoires appels à la "transparence" et à la "moralisation" pourraient-ils y changer quoi que ce soit - et empêcher que les mêmes causes, de nouveau, produisent les mêmes effets ?
Y mettre un terme suppose d’intervenir au c¦ur du "jeu", c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures. Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier. Il faut obtenir l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société et obtenir aussi la restriction de la "liberté d’établissement" (art. 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables.
C’est pourquoi Attac soutient l’initiative lancée autour du site www.stop-finance.org et appelle à diffuser et faire signer sa pétition.