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Le JPB > Sujet à la une 2008-04-25
ENTRETIEN | Helen GROOME / Responsable de l’agro-environnement et des transgéniques de EHNE
"Les Etats-Unis veulent diriger les OGM vers l´aide alimentaire"

Au moment où dans l’Etat français des lois concernant les OGM ont été votées, nous avons voulu connaître la situation de l’autre côté de la Bidasoa. Pour cela, nous nous sommes adressés à Helen Groome, responsable depuis 20 ans des thèmes de l’agro-environnement et des transgéniques au sein du syndicat agricole EHNE.

Quelles sont les lois applicables en Pays Basque sud ? Depuis quand ?

C’est en général les mêmes que celles appliquées dans le reste de l’Union Européenne comme par exemple, la directive 2000/18 concernant la libéralisation délibérée. Actuellement, il n’y a pas de réglementation de coexistence car l’Etat espagnol n’a pas légiféré sur ce cas. Ces lois sont en vigueur depuis son entrée dans l’UE (1986). Concernant les normes d’étiquetage, la première fut définie en 1997 et a été modifiée depuis. En ce qui concerne la libéralisation délibérée en plein champ et les laboratoires, la première loi fut votée en 1990. Pour les brevets sur les "inventions biotechnologiques" elle fut adoptée en 1999. Et concrètement la CAB créa une Commission Interdépartementale sur les OGM avec des pouvoirs uniquement sur l’aspect développement et recherche (D+I).

Dans le cas où un agriculteur voudrait semer par exemple du maïs génétiquement modifié, est-il dans l’obligation de respecter un quelconque périmètre de sécurité pour ne pas polluer d’autres productions avoisinantes ?

En ce moment, au niveau de la CAB un moratoire de facto est en place. Par contre, en Nafarroa il est libre de semer des OGM. Dans la pratique, tout agriculteur peut semer du transgénique en Pays Basque sud car le Gouvernement Basque n’a aucun pouvoir qui lui permette d’imposer son moratoire et donc c’est la législation de l’Etat espagnol qui s’applique. Néanmoins, la seule variété légalement admise sur le marché est celle du MON810. Vu que cette variété est dans un processus de revalorisation, nous estimons qu’elle devrait être interdite à la vente. L’Etat espagnol n’a toujours pas décrété de normes sur la coexistence des cultures et donc aucune distance ni périmètre ne sont à respecter. Il n’y a pas non plus de registre public où sont indiquées les parcelles cultivées en OGM. Par conséquent, les voisins n’ont aucune possibilité de se protéger. De toute façon, nous estimons qu’il n’y a pas de possibilité de protection.

Quelle est la position des scientifiques du Pays Basque sud au sujet des organismes et plantes génétiquement modifiés ?

Notre cas est semblable au reste du monde. Certains scientifiques remettent en question l’application du génie génétique dans le domaine des plantes car celle-ci a soulevé des questions de nature diverse : rôle des acteurs industriels, propriété intellectuelle applicable à ces innovations, débat sur les effets sanitaires et environnementaux des plantes génétiquement modifiés susceptibles d’être cultivées et/ou commercialisées. D’autres, qui travaillent dans des services D+I de génie génétique, y sont favorables en Nafarroa et à la CAB.

Quelle est la position des associations de consommateurs des quatre herrialde du sud Pays Basque ?

La plupart, celles en tout cas de la CAB, une fois qu’elles ont été suffisamment informées se positionnent contre les OGM. Nous n’avons pas eu pour l’instant de rapport avec celles de Nafarroa.

Le principal argument pour les défenseurs des OGM est que ceux-ci favoriseraient l’éradication de la faim dans le monde ? Quels sont les arguments qui réfutent cette idée? Y a-t-il d’autres arguments en faveur des OGM ?

A l’heure actuelle c’est le soja OGM qui est le plus cultivé au monde et résiste aux herbicides. Les récoltes sont essentiellement orientées vers l’alimentation animale en tourteaux de soja. Dans une moindre mesure il est utilisé pour l’élaboration d’aliments. Depuis 1996, date de la première production commerciale d’OGM au niveau mondial, la faim sur notre planète n’a cessé d’augmenter, il est faux de dire que les transgéniques sont la solution miracle.

Propos recueillis et traduits par Amaiur BELAUSTE

Sécurité alimentaire mondiale et OGM

Sur notre planète, il y a aujourd’hui, 6,3 milliards d’habitants dont près de 5 milliards dans les pays en développement. La production agricole mondiale permet d’assurer un apport moyen journalier et par habitant de 2 780 calories. Le minimum "vital" est de l’ordre de 2300 calories. Il n’y a donc pas de déficit physique de la production agricole. Malgré tout, 800 millions de personnes meurent de faim et il existe dans le monde 2 milliards de sous-nutris. Sur le plan géographique, c’est l’Afrique qui pose le plus de problèmes. L’avenir de leur sécurité alimentaire est très lié à la gestion de l’eau. A l’évidence toute amélioration des conditions physiques de la production agricole ne peut être que favorable aux pays en développement mais celle-ci dans bien des cas sera marginale par rapport à d’autres causes, économiques, sociales ou politiques. Le progrès technique est nécessaire mais il ne peut servir d’alibi aux pays industrialisés pour fermer les yeux sur d’autres facteurs de sous-développement sur lesquels ils ne sont pas sans influence.

Qu’en sera-t-il demain ? La population du monde devrait avoisiner 7,8 milliards en 2025 pour plafonner à 9,5 milliards avant la fin du XXIe siècle. La croissance de l’agriculture va se heurter, comme dans les pays industrialisés au mur des grands équilibres environnementaux de notre planète (ressources en eau, disponibilité des sols, biodiversité,...). Les biotechnologies peuvent jouer un rôle mais il doit être ciblé et évalué avec réalisme. L’eau sera d’ici 2025 l’élément limitant de la production agricole. Or, chacun sait que dans beaucoup de pays, y compris industrialisés, 75% de l’eau est perdue entre le point où elle est recueillie et le point où elle est utilisée. Economiser, par exemple, grâce à des OGM, 20% de la consommation en eau des plantes est quelque chose de bienvenu, mais ne représentera globalement, que 5% d’économie. Et le risque est grand qu’on puisse laisser croire à des décideurs politiques que le choix des biotechnologies est une solution miracle et qu’ainsi on les finance au détriment de solutions plus efficaces.

Les "zones sans OGM" s´affirment

Par-ci par-là des zones sans OGM fleurissent au Pays Basque. Au total, elles sont 305 au Pays Basque sud (exploitations privées et municipalités confondues). En mars, de nombreux acteurs sociaux se sont retrouvés à Leioa (Bizkaia) pour réaffirmer la déclaration des "zones libres d’OGM". Ils venaient des Etats espagnol et portugais et ont échangé leurs réflexions sur leur péninsule, ce territoire dont la superficie semée d’OGM est la plus grande de l’Union Européenne.

Leur point commun est la volonté de développer une souveraineté alimentaire et une agriculture sans OGM. Dans ce sens, les participants ont confirmé la nécessité de garantir une agriculture et une alimentation sans OGM. Ainsi, la "tolérance zéro" s’impose et la coexistence entre les deux types de culture est "impossible", selon eux. En définitive, ils demandent aux gouvernements un moratoire et s’engagent à promouvoir des "zones sans OGM".

Le syndicat agricole basque EHNE est revenu sur l’engagement pris en 2007 par le Gouvernement Autonome Basque de ne pas utiliser d’OGM. Il observe que le risque zéro n’est pas garanti dans ce territoire.


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