"C’est une émotion particulière, un Printemps de Bourges particulier pour tout le monde qui vient écouter les chansons des Rita Mitsouko, vu l’absence de Fred Chichin", lance Catherine Ringer lors de son entrée en scène au Palais d’Auron, l’une des salles du Printemps.
A peine ces mots prononcés, elle reçoit une ovation des 2 500 spectateurs. Car elle a repris sa tournée en mars, moins de quatre mois après la mort de Fred Chichin le 28 novembre à 53 ans, d’un cancer foudroyant.
Vêtue de noir et entourée d’un guitariste, d’un bassiste, d’un batteur et d’un clavier, elle ouvre le concert par L’amie ennemie, tirée du dernier album des Rita, Variéty, sorti il y a un an.
Malgré ces circonstances particulières, Catherine Ringer ne donne pas dans le pathos : elle sourit, s’amuse de la présence incongrue d’un petit chien monté sur scène et prouve qu’elle a toujours l’une des voix les plus remarquables de France.
L’impression est étrange de la voir chanter sans Chichin à ses côtés, tant leur duo fonctionnait largement sur le contraste entre la personnalité de cette cantatrice destroy et celle, plus discrète, du guitariste à la dégaine de marlou dégingandé.
Et si le public lui montre son affection sur les morceaux les plus récents, c’est un déluge d’applaudissements qui salue la cinquième chanson du concert, C’est comme ça, le plus gros tube des Rita. "Allegria !", s’exclame la chanteuse.
Eurovision érotico-kitsch
Plus tard dans la soirée, le fantasque chanteur électro Sébastien Tellier a joué dans la petite salle du 22 Ouest (350 places). Au-delà de la polémique suscitée à droite par le fait qu’il représentera la France à l’Eurovision avec une chanson en anglais, il a apporté une démonstration éclatante de ses talents de compositeur et de showman décalé.
"On va commencer tranquillou, bien relax", lance-t-il en entamant son concert par Kilometer, tirée de son dernier album, Sexuality.
Aussi brillant et inclassable que son auteur, ce disque à l’esthétique érotico-kitsch est sorti fin février et a été produit par l’un des deux Daft Punk, Guy-Manuel de Homem-Christo.
Une flûte de champagne à la main et d’énormes lunettes de soleil sur le nez, le musicien aux cheveux longs et à la barbe hirsute enchaîne avec la chanson qu’il interprétera à l’Eurovision, "Divine", dont les ch¦urs synthétiques rappellent les Beach Boys.
"J’espère gagner à l’Eurovision, comme ça je pourrai enfin payer son opération à ma mère", plaisante-t-il avant de faire un brin de provocation : "La prochaine chanson est en français". Il s’agit de Roche, l’un des meilleurs morceaux de Sexuality.
Tellier, cigarette au bec, interprète ensuite Une heure, Fingers of steel puis deux morceaux de Politics, son album précédent, la sublime La ritournelle et Ketchup vs. génocide.
"Chabal, à poil !", l’apostrophe un spectateur en faisant allusion à sa ressemblance avec le rugbyman. "Je ne peux pas, je n’ai pas fait de sport depuis 15 ans", rétorque-t-il, goguenard.
Après son concert, Tellier a indiqué à quelques journalistes qu’il chanterait un passage de Divine en français pour l’Eurovision.
Parmi les autres artistes à l’affiche vendredi figuraient Laetitia Sheriff, Daniel Darc ou la rappeuse Keny Arkana. L’Anglaise Adele, elle, a annulé son concert prévu au petit théâtre Saint-Bonnet.